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Avengers
Détails du film sur InCiné

Joss WHEDON
(17-18)

On ne reviendra pas dans cette critique, ou subrepticement, sur les éventuelles et surtout originelles distorsions qu'il existe entre nos bons vieux comics découverts dans les années 70 et la nouvelle mythologie, extrêmement logique, que Marvel est en train de mettre en place exclusivement pour le cinéma et dans un but évident de ne pas être redondant. Il n'empêche que pour simple information l'équipe de papier des premiers Vengeurs -comme on les nommait en cette lointaine époque- comprenait Ant-man et la Guêpe, certainement pas Captain America (arrivé au bout de quelques numéros), que le S.H.I.E.L.D. n'avait pas encore grand chose à voir avec leur histoire et que le fameux manoir me manque déjà... Qu'importe : qu'en est-il de la substance et surtout de la qualité tant encensée de ce méga crossover ?
Je viens ni plus ni moins d'assister à l'archétype du film d'action "parfait" (mais la perfection est-elle de ce monde ?), un film d'action d'un genre nouveau -nous y reviendrons- assurément léger mais absolument brillant dans son domaine, et totalement assumé. Dès l'introduction, les toutes premières images dévoilées, le scénario va droit au but, dans la directe continuité des précédents films et notamment de Captain America (tant pis pour ceux qui n'ont pas suivi, ils perdront une partie de la saveur de cette oeuvre) et se permet de nous surprendre sans nous laisser souffler. Et à partir de là on a du mal à savoir par quel bout prendre ce satané scénario : sans doute en évoquant un humour jamais déplacé qui m'a autant déboussolé que satisfait (pourtant on avait l'habitude avec Tony...), un humour à se tenir le ventre, osant même de légères boutades qui devaient être à la limite de la suppression du montage final (le video game) ; le film reste sur la corde raide mais ne sombre jamais, même lorsque celui-ci ose un langage pseudo-scientifique qui parlera, chantera même, aux oreilles de tous les fans.
Mais rentrons plutôt dans le vif du sujet : le gros, l'énorme avantage du film est à n'en point douter de pouvoir se concentrer autant sur les multiples personnages, si ce n'est plus, comme on va le voir, que sur l'action. Car ces personnages ont déjà été créés auparavant, ils possèdent une personnalité, une histoire complexe et, forcément, une présence importante à l'écran dès que chacun d'entre eux pointe le bout de son nez. Il ne reste plus qu'à les faire évoluer, à leur permettre de poursuivre leur route en regard de ce qui avait déjà été développé ; chacun apportant, par leur rencontre parfois explosive, une pierre à l'édifice formidable de ce film, l'équilibrant presque par miracle. Captain America, un peu ringard dans son langage (très réussi par ailleurs) mais dont l'héroïsme passé apportera un vrai mental, une véritable réflexion guerrière à ces montagnes de muscles, commençant à se métamorphoser en un futur et emblématique "chef des Vengeurs", donnant une leçon incroyable au prétentieux T. Stark... Un Iron man égal à lui-même puisque déjà héros de 2 oeuvres, un Thor dont le rôle reste assez central dans l'histoire dans la mesure où il en est à l'origine, et un Hulk qui, je trouve, reste un peu trop effacé malgré son potentiel (je ne retrouverai donc jamais le Hulk de A. Lee...), trouvant pourtant lui aussi sa place grâce à... vous imaginez quoi ; bien que son visage, aussi sublime soit-il, reste une petite hérésie. On y retrouve avec plaisir un Loki jamais cabotin, sans pitié, manipulateur, fin et imbu de sa personne (pas suffisamment effrayant ?). Il ne reste que la présentation plus en avant de la Veuve noire, celle de Hawkeye et de leur relation. Vous brassez tout cela et obtenez un film qui disserte finalement moins de la guerre qui menace le monde (certaines scènes sont par ailleurs assez et volontairement elliptiques à ce sujet afin, sans nul doute, de facilité la fluidité et la lisibilité littérale de l'oeuvre) que du rassemblement de ces personnages, donnant au thème de ce film un véritable ton indépendant, assemblant autant les personnalités que les forces en présence. A noter les dialogues particulièrement étudiés et assez inhabituels dans ce type de production.
Ce qui nous empêchera nullement d'apprécier la valeur du clash qui magnifie ce crossover : le choc entre Thor et Iron man, celui entre Thor et Hulk (dont la conclusion en forme de gimmick tient tout simplement du chef-d'oeuvre !), les diverses tensions dûes au choc des personnalités (on en revient encore à l'épaisseur des personnages) ; à hurler de bonheur, en bon fan qui se respecte. Et puis il y a de l'action, poussée dans ses derniers retranchements, jusqu'à son paroxysme, mais tout en restant parfaitement intégrée à l'oeuvre. Pourrait-on lui reprocher la simplicité de sa trame (l'éternel méchant qui veut conquérir le monde) ? Non : car c'est tout d'abord un évident et respectueux clin d'oeil au premier méchant qu'eurent à affronter les Avengers dans leur première aventure, cette trame est une fois de plus parfaitement intégrée dans un assemblage complexe qui n'aurait peut-être pas supporté trop de complexité en guise de toile de fond et, ensuite, il faut rappeler que cette intrigue n'est pas aussi rectiligne qu'elle le laisse supposer : Loki n'est en rien le véritable bad guy du film (Mon Dieu quelle scène post-générique : mais bien sûr c'est lui qui veut le cube !!!!!) et la personnalité ambigüe de Fury va jouer un rôle très important... Je le répète : le sujet central du film, c'est la création des Vengeurs, le reste n'est que décors.
Mais je crois que ce qui m'a le plus impressionné reste la réalisation : car je ne m'attendais pas à autant de talent. Bien au-delà de la joie de filmer de Whedon, plaisir totalement communicatif que fait passer cet époustouflant réalisateur -on n'est pas loin de la fascination-, c'est bel et bien l'intelligence de ses plans qui saute aux yeux, la finesse de ses choix, entre des contre-plongées totalement maitrisées, une caméra qui fait vivre l'action au-delà des effets spéciaux, des scènes posées qui osent le jeu des différents plans et des scènes amenées à devenir mythiques : la première dispute des Avengers, qui va cimenter leur union, filmée sans plan de coupe, dans un magnifique traveling ou encore le faux plan-séquence de ces mêmes Avengers en plein combat, un à un... j'en avais presque les larmes aux yeux... Touche finale : une 3D pas forcément toujours utile mais qui vous fera bondir de votre siège dans la seconde moitié du film et une musique moyennement inspirée, un peu passe-partout mais loin d'être mauvaise puisque visant l'efficacité et y parvenant haut la main.
Conclusion : une bombe de film survitaminé et intelligent, sans vraies fausses notes, avec son lot de passage marquant (Ah ! Ce traveling autour des Avengers enfin côte à côte...) me permettant d'affirmer qu'il rejoint les Die hard et autres Arme fatale au panthéon des plus grands actioners de l'histoire du 7ème art. Il est clair que pour la suite des évènements, puisque suite il y aura et que celle-ci se risque à lui ressembler comme deux gouttes d'eaux, il faudra épaissir la dramaturgie et poursuivre encore plus loin le travail effectué sur ces super-héros.

N.B. Le film supporte formidablement bien une seconde vision : il défile tout aussi vite, les gags font tout autant mouche, des scènes nous font trépigner de bonheur (le plan séquence des Avengers est à mourir de plaisir ! On attend les gags de Hulk comme le messie), l'épaisseur des personnages prend toute sa saveur et on assimile beaucoup mieux l'intrigue, pas si tirez par les cheveux que ce que certains ont bien voulu l'affirmer ; les dialogues sont effectivemment une vraie force dans le film (revoir la scène où Loki est emprisonné et discute avec Fury prend une toute autre dimension, je trouve, lorsqu'on connait toute l'intrigue). Même la déception pour Hulk s'estompe : en tous les cas Ruffalo est impeccable et colle totalement au personnage. De plus, ce que j'avais omis de préciser précédemment, je viens d'assister à un film responsable et intelligent qui enterre des décennies d'actionners stupides ne prenant jamais en compte les dommages collatéraux (Cf. la séquence TV où les new yorkais pleurent leurs morts). Dernière chose : cet ensemble de films qui se recoupent et surtout se suive font évidemment penser au fameux sérials des années 40, notamment "Captain America" avec D. Purcell ou "Captain Marvel", réalisé par le spécialiste J. English... toute une époque !


La critique des internautes
 

Avengers au départ c'est une promesse. Une promesse de voir réunis quelques uns des chouettes super-héros de ces dernières années.
Au delà du coup marketing évident, chacun des différents films faisant office de trailer pour le suivant, The Avengers emportait les craintes et les espérances qui précèdent naturellement les gros blockbuster de printemps. Craintes, car certains des précédents film étaient particulièrement mous du bide (Iron-Man 2, Thor...) et sans être forcément mauvais, ni Hulk, ni Iron-Man, ni Captain America n'avait emporté notre adhésion comme l'a pu faire The Dark Knight, benchmark depuis 2008 de ce que doit être un film de super-héros au 21ème siècle (si on reboot spiderman, daredevil, les 4 fantastiques, superman, c'est bien parce que la chauve souris a changé la donne.) Mais je les entends déjà, les ayatollahs du comic book, à désespérer que l'on compare à chaque fois un film de "super" à batman made in Nolan. ("Nan mais Marvel ce n'est pas DC Comic, tu vois !") D'accord, ne comparons pas ce qui n'est, de fait, pas comparable... Mais espérances aussi, car un casting 5 étoiles, un budget confortable et le lot de grosses scènes bien bourrins qui sied au productions du genre nous permettaient d'attendre ce film comme étant un divertissement sympa, bien que pas forcément inoubliable. Un pétard mouillé en somme. Qu'en est-il finalement ?

Disons le tout net, The Avengers est un très bon film de super héros ! Il dépasse largement le niveau des 5 précédents et relève à la perfection le défi de réunir 6 héros dans un seul film et de les équilibrer. Car en réalité, il s'agit bien de cela, c'est bien le véritable enjeu du film : comment équilibrer 6 personnages, différents certes, mais au charisme élevé. Comment les faire interagir pour qu'ils ne se bouffent pas entre eux ? En effet, une technique simple de narration est de poser schématiquement UN seul héros, UN seul adversaire qui ont globalement le même objectif et de les faire combattre pour atteindre ledit objectif. Ici, comment, de fait, opposer le méchant Loki à 6 super-héros ? Et comment gérer autant de personnages forts et charismatiques en même temps sans que le film ne s’essouffle, se perdent en sidequest infinis, se fasse littéralement plombé par une narration proche de l'arythmie et du ballotage entre l'un et l'autre ?
Voyez plutôt, et le scénario de Whedon est à cet égard plutôt brillant : Whedon, enfant de la télé, maître dans la narration de séries, appréhende son film comme un pilote. Dans toute série feuilletonante, le pilote ne pose que les bases de l'intrigue et détermine surtout un réseau de personnages qu'il faudra tisser. Whedon se concentre alors sur l'enjeu essentiel du film : l'équilibre entre les héros. Pour ce faire, il exacerbe leurs différences. En effet, le seul moyen de parvenir à un équilibre et à une alliance qui fonctionne et "d’exagérer" leurs atouts et leurs faiblesses pour les rendre complémentaires. Stark n'a jamais été aussi égocentrique et lolilol, Banner n'a jamais été aussi relax, Captain America n'a jamais été si patriote et Thor n'a jamais eu un sens de la famille si développé.
Parenthèse : La veuve noire et Hawkeye sont, à mon avis, des jokers dans la narration. Ils ne font pas réellement parti du groupe dans le sens où ils ont à deux leur propre histoire secondaire. Ils ne se déterminent que l'un à l'autre alors que les autres se détermine par rapport à tous les autres...
Bref, une fois leur personnalité exacerbée, leur alliance s'équilibre alors beaucoup plus naturellement. Leur place dans le groupe devient nécessaire et la bataille finale se révèle être alors une suite de réjouissances décomplexées et assumées. Des baffes de Hulk au sacrifice de Stark en passant par cet émouvant plan séquence où l'on passe de l'un à l'autre, alors qu'ils sont submergés par des vagues d'aliens pas hyper friendly et pas du tout jolis, c'est un régal !
L'astuce ultime aura été de rendre l'adversaire principal humain. Un adversaire contre six héros apparait toujours irréel et beaucoup trop fort. Donc pas franchement fascinant. En mettant en avant la relation fraternel entre Thor et Loki, Whedon donne à ce dernier un visage plus humain, essentiel pour approfondir le personnage qui aurait paru vide sans cela.
Évidemment rien n'est parfait et quelques incohérences subsistent : Pourquoi diable Banner contrôle-t-il ses transformations à la fin mais pas au début ? L'emprisonnement volontaire de Loki était-il vraiment pour monter les Avengers les uns contre les autres ? C'est un rien cheap comme plan... Et puis qui veut le cube, pourquoi, tout ça, on s'en moque pas mal finalement.

Car finalement, comme dit Samuel one-eye Jackson à la fin, cette bataille n'était pas pour combattre un ennemi mais pour envoyer un message, une promesse. Et la promesse s'adresse, et je cite, "au monde, à tous les mondes".
Parenthèse "petite-théorie-analyse-du-film-en-mode-les-cahiers-du-cinéma" : La réalisation de Whedon est très propre, très lisible et très agréable. Mais un élément choque : Dans chaque scène les personnages sont filmés à travers du verre. Whedon s'attache, dans un plan sur trois, à filmer ses héros derrière du verre. Soyez attentif, c'est systématique : Une prison de verre qu'il ne faut pas briser, une tour de verre, un écran tactile en verre transparent... Pourquoi les personnages parlent toujours à travers du verre ou sont toujours filmé à travers lui ? Et qui est derrière le verre sinon le spectateur qui regarde le film devant son propre écran plat, de verre ? (voire du verre de ses lunettes 3D... en plastique !) En brisant le quatrième mur, le réalisateur nous montre que les Avengers s'adressent au delà du verre, au delà de l'écran donc, pour envoyer un message dans l'autre monde, dans la vraie vie, le monde des spectateurs. Un message, une promesse pour nous dire qu'ils sont là... et que la prochaine fois, sérieux, ça va faire mal !


Promesse tenue.

NOTE : 16-17/20

JEAN