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Les gardiens de la galaxie
Détails du film sur InCiné

James GUNN
(13-14)

Je ne le cache pas : j'aurais rêvé d'un film dans la même tonalité que la première scène ; le tout souligné avec un trait d'humour, pour compenser, mais pas trop non plus. Bon : ce n'est pas tout à fait ce à quoi je m'attendais. Voici pourtant une oeuvre qui prouve que Marvel est capable d'évoluer, d'emprunter des sentiers un peu moins battus et d'allouer de lourds budgets à des projets présentant un certain risque, avec des personnages peu connus ou reconnus bien qu'estampillés. Risque encore plus assumé puisque Feige engage un réalisateur sorti de l'écurie "Troma", lui laissant carte quasiment blanche pour faire et montrer ce qu'il veut... presque... Car ce film, un peu à l'instar de la série des "Thor", ne présente pas de super-héros classiques voir classieux mais un univers bigarré, pas loin d'être kitsch : de la SF de grand-père comme les cinéphiles en rafolent, un space opera fringuant, un film d'aventure avec tout ce qu'il y a de grandiose doublé d'un humour, soyons franc, pour la majeur partie du temps ravageur. Comme tout bon film de SF il y a une multitude de personnages qui rend l'univers foisonnant, plus vivant, voir plus riche ; et parmi eux il y a des anti-héros particulièrement délicieux, et non plus des personnages héroïques et propres sur eux. Tous ont en commun d'avoir un traumatisme mais étrangement les plus attachants, les plus réussis, sont les moins "humains" : Groot ne nous donne qu'une envie, celle de le connaître encore plus, il est de loin le plus touchant de par son innocence doublée d'une force herculéenne (un clin d'oeil aux Avengers ?) et ce choc des sentiments occasionne les scènes les plus fines et les plus belles du métrage (les scènes de la fleur, des lucioles et l'inévitable final). Mais Rocket Raccoon n'est pas en reste : à l'inverse il est le penchant négatif de Groot, un être ignoble et désintéressé, une véritable ordure qui aura droit à son lot de scènes marquantes (le sauvetage de Gamorra Vs le crash). Mais le film laisse un petit arrière goût... d'inachevé. Gunn s'avère certe à l'aise avec un lourd budget et les contraintes qui vont avec, il fait bien son boulot mais il ne s'impose que rarement et j'avoue que, venant de lui, j'espérais des scènes un peu moins consensuelles (mais c'est un film grand public...), un ton plus trash, plus perso (mais Marvel doit rentabiliser son produit...). Et puis il y a cet humour qui, depuis Iron man 3, permet à l'entreprise de ralier un plus large public : mais les plus cinéphiles trouveront que son abus dégoupille quelque peu le trauma des personnages et donc l'intensité du film et son intéret, sa profondeur, voir son intégrité (les gags paraissent trop écrits et "sortent" le spectateur de l'histoire). Certe le film est avant tout fun, il s'appuie fortement sur ses personnages et un univers décalé, mais il est dommageable qu'il laisse un scénario en simple toile de fond, logiquement et bien qu'un peu simplement raccordé aux Avengers ; et ce ne sont pas ces "multiples" méchants qui effaceront l'impression d'assister à un éternel et très basique combat du Bien contre le Mal... même si, une fois de plus, le lot de personnages annexes et tout autant ambigus (Yondu en tête) permet de nuancer ces propos. L'enjeu du film s'en ressent forcément. Ce n'est pas, non plus, en donnant dans le référentiel tout azimuth et autre clins d'oeil planqués au fond de chaque plan, que l'on donne de la profondeur à une oeuvre... même si les références à J. Pollock et Indie sont vraiment juteuses ! Alors oui : on s'éclate, c'est proprement fun et funkie, la bande-son jukebox est une excellente idée (Marvin Gaye...), mais il manque cependant une réelle inventivité dans la trame, quelques chose pour aider ces personnages à prendre de l'ampleur, un véritable envol -même si l'équipe en elle-même fonctionne rudement bien- et également un ton moins... passe-partout. C'est un film osé mais commercialement mesuré, un louable mélange de genre, de couleur, de ton, une petite folie : entre manga et série B matinée de série Z (ce qui affaiblit le film), de SF de seconde zone, d'un côté flashy à 170 M$, de Flash Gordon et de H2G2, d'un studio de cinéma qui se moque de lui (mais uniquement lors de l'une des toutes dernières scènes) ; sans oublier l'inévitable et fameux gimmick Marvel du vaisseau qui se crash. La scène finale est d'ailleurs un peu à l'image du film : à la fois drôle et dérisoire. A voir en mode très détendue.