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Captain America : Civil war

Anthony et Joe RUSSO
(15-16)

Que les fans ne s'arrêtent surtout pas au titre, seul véritable "défaut" de ce film : oubliez le comics originel, la civil war n'est ici qu'une toile de fond, une version ultra-light qui sert de prétexte à un film différent mais tout aussi complexe : on assiste plutôt au "Soldat de l'hiver 2". Ceci posé, passons aux choses sérieuses : le Captain se bonifie avec le temps et son histoire s'intensifie avec intelligence et un brio hors du commun pour un film qui reste pourtant bel et bien une oeuvre made in Hollywood. Il est stupéfiant de voir la fluidité qui existe entre tous les épisodes, voir entre les divers films du MCU ; et ils sont tous hyper-connectés et d'une logique implacable. Mieux : l'influence des comics -pour qui s'y est quelque peu intéressé-, de l'univers étendue (TV) est parfaitement digéré dans ces toutes nouvelles aventures. Passons rapidement sur deux trois points excellents mais qui ne prêtent guère à être developpé ici : la composition musicale bien supérieure aux autres épisodes, un humour totalement bien intégré dans ce qui reste un drame plus pesant qu'à l'accoutumée, et une réalisation beaucoup plus que simplement efficace ; un travail très fin de la part des deux frangins qui s'améliorent de film en film.
Mais ce qui m'a réellement scotché reste la scénarisation quasi parfaite de ce film plutôt complexe à aborder : il prend son temps, sait se poser, alterner avec des scènes d'action sans pour autant avoir l'air d'obéir à un quota de production, il n'hésite jamais à se lancer dans de longs dialogues chiadés et lourds de sens, à débuter par une longue introduction afin de remettre le spectateur au coeur de la problèmatique, de le rattacher aux personnages. Personnages qui seront tous bien plus fouillés qu'il ne pourrait y paraître de prime abord : non seulement ils ont tous droit à de belles apartés, condensés et redoutablement efficaces, mais, sans vouloir aller trop loin dans l'analyse, cela va bien plus loin que cela : le cas de Vision commettant une erreur grave alors que la Sorcière est à terre est lourd de sens pour qui connaît leur future connexion ; la love story amorcée -seulement amorcée- entre Cap et Sharon ne semble plus tomber comme un cheveu sur la soupe pour qui a eu vent des liens qui unissent Steve et l'agent Carter... Des petits détails qui font toute la saveur d'un film qui possède plusieurs niveaux de compréhension finalement. Et puis l'histoire est tout simplement fascinante : un scénario avec en fond des drames qui prennent à nouveau toute leur ampleur, fouillés et dont les tenants, les aboutisants et les conséquences sont longuement expliqués, analysés afin d'y impliquer les spectateurs (coche complètement raté dans son soupirant DC Comics et qui en a laissé plus d'un sur le carreau...). Et par dessus tout cela on trouvera pas moins de trois niveaux d'intrigues : l'histoire en continuité de Bucky, celle de Zemo (devenu colonel à l'occasion et non plus Baron) et la fameuse scission des Avengers ; trois intrigues reliées par un fil d'Arianne et dont la conclusion, surprenante au possible, n'a nulle égale en puissance dans aucun film de super-héros vu à ce jour. L'oeuvre ménage de belles surprises, retournements de situations jusqu'à un dénouement somptueusement réussi. Concernant la civil war, dans chaque camp, chacun des protagonistes apporte sa personnalité son vécut, sa psychologie : Captain a déjà combattu pour préserver la liberté, Stark retrouve peut-être ses affinités premières avec le cadre gouvernemental, T'Challa a des intérêts tout personnel, Spidey y est clairement manipulé en raison de son jeune âge, la raison ou les divers traumas faisant le reste. D'ailleurs l'introduction de la Panthère noire et du tout nouveau Spidey est impeccable.
Réussi car le ciment de cette scénarisation au cordeau n'est autre que la thématique du film : la vengeance. Celle qui unit et désunit des personnages dont on a du mal à ne pas ressentir une empathie, pour chacun d'entre eux : difficile de choisir une équipe une fois la problématique exposée, de ne pas comprendre les points de vue de chacun ; difficile de condamner le bad guy une fois qu'on en apprend plus sur son histoire - à bon méchant, bon film. Vengeance qui est le point commun entre La panthère noire, Tony Stark et Zemo. Le film pose également la question -sous un angle fantastique- de la culpabilité : celle des Avengers face aux trop nombreux dommages collatéraux, celle de Bucky alors qu'il n'avait plus conscience de ce qu'il faisait et, bien sûr, celle du bad guy (j'ajouterai celle de Vision même si cela aurait pu être un peu plus fouillé).
Techniquement il n'y a aucune fausse note, ou presque : le film privilégie de nombreux effets de plateaux et cascades (bien appuyés par de très discrets effets numériques), les effets spéciaux ne sont jamais envahissants et seraient pas loin d'être minimalistes (finalement les super-héros en présence n'ont pas de pouvoirs démesurés) et le film n'est jamais étouffé par ce trop plein visuel qui caractérise trop souvent les films du genre. On se retrouve par conséquent en plein fantasme dans le grand combat central (Cap Vs Spider-man ! Ce qui arrive de Antman !...etc) même si celui-ci laisse vraiment de côté le sans doute trop puissant Vision... Le long combat magnifiquement orchestré entre Captain et Iron man jouit du même traitement et nous permet de vibrer jusqu'au bout.
C'est au final un film parfaitement équilibré, dialogué, aux scènes d'action pour autant très impressionnantes, fouillé de bout en bout, claire et à la fois profond, distrayant, intelligemment fait et avec beaucoup d'implications, même si celles-ci restent internes à l'univers du MCU ; en tous les cas pas loin d'une certaine idée de la perfection formelle et fondamentale. Le genre de film que l'on a immédiatement envie de revoir sitôt terminé !