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Star wars épisode 2 : l'attaque des clones

George LUCAS
(17-18)

Les critiques aimeront-ils cet épisode ? J'aurais eu tendance à répondre par l'affirmative avant de voir la volée de bois vert reçue pour accueillir ce nouvel opus de George Lucas. Mais que leur faut-il donc, eux qui se pâment devant des immondices qui n'ont rien à voir avec le cinéma, ni dans la forme (paresseuse et ennuyeuse), ni dans le fond (rien à dire mais toujours la gueule ouverte) ; nous ne citerons que les cas extrêmes de " Venus beauté institut ", "L'humanité " ou n'importe quel Rohmer . Mais nous sommes là pour parler de cinéma... et si " La menace fantôme " en avait déçu bon nombre (les moins fans en réalité, les autres auront eu de quoi pêcher dans ce qui restera, malgré tout, le moins bon épisode de la saga), cette fois Lucas a retrouvé toute sa verve. Jugez plutôt...

Pour le plaisir des critiques il n'a pas respecter le schéma classique en oubliant le méchant (Dooku et le Fédération sont rare, Darth Sidious invisible ; le méchant, ici, il est en devenir...). Il a abandonné Jar-Jar (sa seule grande scène : il commet une erreur diplomatique en demandant à Palpatine de prendre les pleins pouvoirs !). Il nous congratule d'une photo et de propos bien plus sombres et proche de l'esprit originel (mais le 1er épisode n'était que le commencement). Pour le plaisir des cinéphiles il nous caresse le regard d'une réalisation moins austère, bien plus élaborée (certains plans sont franchement magnifique : Yoda dirigeant ses troupes sur le champ de bataille), reste en droite ligne avec ses effets de montage en parallèle qui entretiennent à merveille le suspens (et nous rappelle au gré d'une scène -celle du bar- qu'il est un monteur hors-pair), s'offre encore les services du maître Williams, aussi bon qu'il sait l'être et dirige un acteur plus que prometteur, qui a su avec subtilité et brio jouer les Jedi troublés, entre charme vénéneux et haine, Christensen est vraiment impressionnant. Pour le plaisir des intellos il se concentre bien plus sur les humains (plus, ou presque, de Gungans, de Jar-Jar, de Sebulba ou de Watoo ou de droïdes stars), laissant les aliens graviter autour d'eux comme de simples fils conducteurs, nous assénant moins de nouvelles têtes, ou seulement au détour d'une image ; en clair il est plus sobre, ou plutôt, aussi sobre qu'il a pu l'être (En 1981 "L'empire contre-attaque" était considéré par 90 % de la critique comme un film d'effets spéciaux sans âme...). L'histoire d'amour n'est pas flagrante, comme je le craignais en entrant dans la salle, très subtile, entre passion démesurée et rejet, elle ne va pas là ou on l'attend (amour impossible qui va conduire Anakin à se détruire, une histoire en filligramme) et ne manquera pas de toucher un public exigeant. Anakin est rongé d'amour et fait face à une indifférence polie ; cet amour semble devoir le perdre malgré qu'il soit presque impalpable. C'est une histoire originale entre 2 êtres à la forte personnalité. Ajoutons une once de réflexion sur le système démocratique : Palpatine seul maître à bord, l'armée nécessaire mais suffisamment dangereuse pour être la cause de leur futur perte ; les Jedis étant en train de s'autodétruire. Et enfin Pour le plaisir des millions de fans et aux autres, passionnés par les histoires bien racontées, il effectue un fabuleux retour en arrière sur Tatooine (le sort de Shmi, la présentation de Lars, Beru -trop habitués à voir les droïdes des Jawas et les considérant assez mal pour s'en souvenir bien plus tard- et leur père), poursuivant par-là même la saga de nos deux droïdes favoris. Il révèle à nos yeux ébahis les origines des futurs soldats impériaux (stormtroopers, entre autres), construit pour la République, clones d'un certains Fett père, et nous apprend l'origine de Boba ; un vrai coup de théâtre ( à ce propos, recherchez dans les premiers croquis de Ralph Mc Quarrie, son étude sur le casque de Boba avant sa finalisation... c'est flagrant) ! On voit de nouvelles contrées fabuleuses et hostiles qui nous transportent loin dans notre imaginaire, de nouveaux peuples plein d'histoire et de culture, de nouvelles technologies (un peu fort, il est vrai...), il nous présente un nouveau maillon de la construction impériale : Dooku. Et puis voir ce que l'on a lu très souvent reste... magique : c'est le cas du combat de Yoda (je vous rappelle qu'il saute car il peine à marcher). Il y a toujours autant de guest-stars -Quarren, Yak face, Jawas, Rodiens, Aqualish...). Gardons le meilleur pour la fin: une scène anthologique que nombre de cinéphiles ne sont pas près d' oublier : celle où Anakin s'explique avec Padmé après le massacre des Tusken raiders, nous révélant avec angoisse sa véritable nature : frisson, trouble et fascination garantis... Mais tout serait-il absolument parfait ? Pas parfait au sens où le film n'est pas un chef-d'œuvre : une poursuite au début trop poussive (ne quitter pas la salle : la scène est bête, impressionnante mais la suite est trois têtes au-dessus !), mal dégrossit ; des petits couacs de quelques secondes au gré de trois ou quatre séquences (un raccourci scénaristique par trop évident -la scène où Anakin retrouve sa mère-, une question embarrassante -comment R2 remet-il la tête de 3PO ?-, une blague lourdingue -" Je déteste quand tu fait ça ", le dressage du Reek) mais rien que du superficiel ; une overdose visuel au final (mais que vont ces droïdes et vaisseaux devenir puisqu'ils ne sont plus là à partir de l'épisode 4 ?) mais qui nous montre des vaisseaux s'affinant vers ce qu'ils seront : les croiseurs républicains, les AT-TE...
Mettons encore entre réussite et demi-échec ces séquences: R2D2 volant (pourquoi pas) et un final seulement à demi pessimiste (la symétrie avec l'épisode 5 n'est qu'à moitié respectée) : la guerre est véritablement lancée et elle se durcit, les Sith ont infiltré le Sénat. Point. Des détails, encore des détails... Si l'on recoupe l'avis des critiques (celles des spectateurs est excellente et non moins pertinente...), on reproche surtout à Lucas d'avoir pondu un piètre scénario auquel il manquerait un enjeu dramatique ; si l'on considère que l'on connaît déjà la suite des événements, je trouve que l'histoire de Fett et la relation qui l'unit aux clones ainsi que les origines de ses clones, la chute implacable du sénat, la recherche de la mère, l'histoire d'amour, constituent une fabuleuse façon de recoller les morceaux de l'histoire et par là même de créé, non pas un, mais de multiples enjeux dramatiques. Mais pour qu'il y est enjeu, il faut connaître les règles et avoir envie de jouer, car la saga Star Wars est un fabuleux puzzle; et puis l'intérêt d'un film ne se situe pas forcément dans sa conclusion mais dans la façon qu'il a de nous y emmener. Certains nous disent que l'on ne retrouve pas la poésie des trois premiers épisodes : ce n'était pas de la poésie mais de la magie ; une magie construite au travers de multiples facettes que l'on retrouve bel et bien ici (références aux samouraïs, aux westerns, à la chevalerie -initiation, traîtrises, héroïsme- ; on retrouve les mêmes mutilations -Cf. Persée-, les couleurs s'affinent -le blanc pure des clones-, l'idée que le Bien et le Mal habite la même personne, les symboles de consommations -tous les monstres-, la lutte homme/machine, le dépaysement, les chasseurs de prime, l'ombre de Kurosawa. Et même les prémisses d'une quête (" Je ne serais plus jamais faible, je ne me tromperais jamais plus "). Bien heureux les ignorants.... que les fans se rassurent : ils ne sont pas tout seul ! En tout les cas ce film se situe dans la droite ligne de la saga et, en termes purement qualitatifs, entre " Un nouvel espoir " et " Le retour du Jedi ". Un film rassembleur dans le bon sens du terme. Bref : une merveille que je vais m'empresser de retourner voir. Pas vous ? Si : rien que pour l'effet absolument soufflant de... la robe de Taun We...