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Mother !
Budget = 30 M$
BOX OFFICE France = 1 166 / 36 529 - 190 000 - (350 000) entrées
BOX OFFICE USA = 7,5 / (17,9) M$
BOX OFFICE Monde = (41,4) M$
 
(Quelques menus spoilers ici -indiqués-, mais surtout les clefs d'une intrigue que vous aurez peut-être plaisir à découvrir par vous-même...)


Chapeau bas à la Paramount pour avoir osé parier sur un film aussi abscons. Car il va vous falloir accepter d'être secoué : pas en tant que spectateurs de film fantastique / horrifique, mais en tant que spectateurs du 7ème : si vous n'aimez que le cinéma, pour ne pas dire réaliste, en tous les cas concret ; fuyez !! Ce film est une espèce de symbiose artistique de toute l'oeuvre de Darren Aronofsky, et principalement de ses obsessions, des thèmes qui la traversent depuis près de 20 ans. Alors ce n'est pas forcément le film de l'auteur par lequel il faudrait débuter si vous ne connaissez pas son oeuvre...
Cependant, même les néophytes y trouveront une réalisation aiguisée, caméra à l'épaule, collant aux visages des personnages, les plaçant au centre du récit (la "mère" tout d'abord, puis son mari). Vous ne pourrez manquer de trouver chacun des acteurs exceptionnels : sans cela le film aurait eu toutes les peines du monde à tenir debout. C'est aussi simple que cela. Mention toute spéciale à la géniale Jennifer et au merveilleusement ambigu Javier. Et, comme à l'accoutumée, il y a cette photographie qui vous imbibe : grisâtre, pâle, terne, avec des nuances "chair" et, surtout, beaucoup de grain. Vous êtes dans une espèce de cauchemar et il est impossible de l'oublier : il existe dans ce film, dans chaque recoin du décor, à chaque scène, loin des clichés habituels d'un genre auquel de toutes façons il n'appartient pas, il existe une tension sous-jacente qui vous happe dès les étranges premières images et qui ne vous lâchera plus. Les premières images : des mûrs comme des pans de chair, des sons stridants, des objets, des visions entraperçues...etc. Ecoutez bien ce film : pas un brin de musique ne viendra perturber vos sens ; non pas le silence mais les bruits d'une maison, les pas, les meubles, les portes ou le bois qui craquent, une mouche, une respiration, un courant d'air...etc. Terriblement angoissant.
Entrons dans le vif du sujet : car sans comprendre de quoi le film retourne, il vous sera, je pense, difficile d'y adhérer. Pourtant Aronofsky ménage ses spectateurs : son scénario est progressif, hautement mystérieux, donnant des pistes dont on ne sait trop si elles vont aboutir, et ce à quoi elles vont aboutir ; il distille des détails incongrus, des images insensées, pour le moins étranges, empreintes de folie (si bien qu'on croit l'héroïne paranoïaque) et nous inonde de questions pas forcément rhétoriques : de quoi souffre l'héroïne (elle prend des cachets) ? Quel est ce passé étrange qui hante son mari ? Et quel est cet objet de verre si précieux ? Quelles sont les véritables raisons de la visite de ces inconnus ?? L'oeuvre commence par nous interroger, puis elle va peu à peu nous déranger, nous brusquer, nous mettre dans une position fragile.
Le film est double. Dans le sens où il nous offre deux thématiques : la principale, sur laquelle nous reviendrons amplement, et celle qui est soulignée dans la première partie. Au début la maison est ici le symbole de l'intimité, cette intimité de couple que l'on construit au fil du temps, à force de se connaître et de se reconnaître, celle que l'on glisse secrètement entre 4 mûrs ; voilà ce pourquoi cette bâtisse semble vivante, avoir un coeur dans ses entrailles. Presque saigner. Elle est le symbole du "nous", presque une nouvelle personne. Cette intimité sera peu à peu mis à mal par ces inconnus au but mystérieux, cette intimité qui sera peu à peu détruite par le nouveau statut du mari, son succès... apocalyptique. On retrouve d'ailleurs ce thème de l'intimité dans le génial Black swan. Voilà, je pense, la première clef de l'énigme que peut être ce film. Même si je dois bien avouer que la dernière partie en fait peut-être un peu trop, les scènes sont poussives, excessives, et s'égarent aux limites de ma modeste compréhension... Seul bémol pour ma part. Mais ce bémol devrait être balayé au fil des visions.

[Spoilers] Mais le vrai sujet du film, intimement lié à celui-ci, est tout autre... Mother ! est une oeuvre qui disserte sur la création, en générale, et plus particulièrement sur la création artistique (Cf. Black swan) : "Ouvrir la porte à des idées" dit le personnage. Ici l'artiste laisse libre cours à sa créativité, laisse les idées, les personnages envahir son esprit, quitte à ce que ceux-ci empiétent sur le domaine privé (l'intimité dont on a parlée ci-dessus). Il devient même une espèce de vampire affectif, ce que semble nous dire la toute fin. L'artiste -intègre et ouvert d'esprit- qui crée, écrit, devient alors une espèce d'erzat de dieu, de substitut à Dieu, capable de créer un univers qui lui est propre. Car ce film possède les mêmes résonnances religieuses que quasiment tous les films de Aronofsky, de Pi à Noé : et ici il s'agit de la déification d'un artiste, son culte jusqu'aux extrêmes, les symboles qui lui sont liés, les reliques lui appartenant, jusqu'à la notion d'éternité (ou de boucle : comme dans de The fountain) qu'il convient de préciser ici. L'art rend éternel, l'art est un renouvèlement créatif constant, un cycle : vie / amour / naissance / mort. Troublant. Choquant.
La création en générale, disais-je ? L'héroïne est une créatrice elle aussi : elle reconstruit de ses mains la maison. Elle va créer, elle aussi, à différents niveaux : jusqu'à enfanter. La muse de l'artiste enfante, se hissant elle-aussi au rang de "créatrice" et soulevant la jalousie de son maître qui cherchera à s'approprier son "art" / voler le bébé pour le donner en pâture à ses fans... La maison est elle-même une immense matrice : matrice de l'art (l'inspiration de l'écrivain provient de l'extérieur mais est générée à l'intérieur), matrice quasi-biologique (son "coeur", la manière dont elle saigne, la façon dont les mûrs tremblent lorsque la véritable mère accouche).
C'est enfin un film sur l'amour : l'amour d'un couple, l'amour des couples, l'amour pour ses enfants, l'amour pour un artiste. [Spoilers]

Quintessence du film d'atmosphère, exercice de style et métaphore cinématographique : l'oeuvre est loin d'avoir livrée tous ses secrets à sa seule première vision, tant elle est touffue, complexe et riche. Le trou dans le plancher et la tâche de sang sont des symboliques sexuels très intéressantes ; pourquoi semblent-ils réapparaître lorsque des gens brisent l'intimité du couple ? L'absence de nom des personnages laisse imaginer que l'oeuvre n'est pas une histoire mais une allégorie, une oeuvre générique ; où tout aure chose ??
Aronofsky est l'un de ces rares artistes a n'avoir pas vendu son âme à Hollywood. A l'instar d'un D. Cronenberg, auteur du Festin nu, abordant lui aussi le thème de la création. Fin ?

Compléments et pistes supplémentaires

[Spoilers] Fin ? Non : car il faudra absolument une seconde vision -je l'avoue, avec les clefs donnés par le réalisateur dans une interview- pour comprendre de quoi il retourne. Car il y a une explication qui éclaire bien des scènes du film : et elle se trouve dans la Bible. Et je pense qu'un non-croyant peut aisément s'y retrouver, pour un peu qu'il ouvre son esprit...

- La maison est la Terre, au milieu de l'univers (La Nature / la Mère, ne semble pas pouvoir la quitter) ; voir l'univers lui-même.
- Le Mari est Dieu, ou un dieu créateur (la nature pour un non-croyant) : il écrit une oeuvre qui pourrait être la Bible / le Nouveau Testament / Le Coran. Il est amplement miséricordieux envers les Hommes. Pour un incroyant, pourrait-il être un artiste adulé, celui qui laisse sa vie privée, sa nature même, son environnement, se faire dévorer par le public? Oui mais cela réduit l'interprétation de la seconde partie...
- La Mère n'est autre que la Nature (Mère-Nature dit-on), celle qui peut engendrer (On pensera aussi à la Vierge Marie qui enfante et dont le Fils nous a appris : "Mangez, ceci est mon corps...), complètement connectée avec la Terre / La Maison ; ou encore la Terre au milieu de l'univers, planète que Dieu ensemence.
- Les premiers visiteurs sont Adam et Eve, l'inévitable premier couple de croyants (les 1ers hommes, incroyants dans l'autre cas) ; la blessure d'Adam représentant la fameuse côte créatrice : Eve apparaissant juste près cette vision.
- Les deux frères sont bien évidemment Abel et Caïn (la lutte fraticide de l'humanité : les hommes sont tous des frères qui s'entretuent depuis la nuit des temps).
- Le "cristal" représente tout à la fois le péché originel et l'amour, celui qui est au coeur de l'Homme et reste après lui ; Adam et Eve le cueille / le brise comme ils croquent la pomme au jardin d'Eden (le bureau de Dieu). Ils en seront chassés...

Voilà pour ce qui serait la Génèse / Création du monde : les bases de l'humanité.

La bruyante seconde partie montre les différents âges de la planète, guerres, destructions, migrations, pollution... jusqu'à nos jours où elle parait se mourir. Et elle mériterait amplement que l'on s'y attarde un peu, ce que je ferai plus tard...


Quoiqu'il en soit, le plus important c'est qu'en sortant de ce film chacun d'entre nous puisse s'y être projeté, y voir ce que son coeur lui dicte, y puiser, y réfléchir. C'est, j'en suis persuadé, toute la richesse, la puissance de cette oeuvre, que de pouvoir se l'approprier, l'enporter avec soi et en tirer partie, même des jours, des semaines après sa vision première. [Spoilers]

NOTE : 17-18 / 20

La critique des internautes
 


Mother ! Est un cri d'alarme sur la folie de l'Homme, homme demiurge et créateur de vie qui secontemple et prend toute la place de la création.
La maison représente la Terre-mère se confondant avec la Matrice génératrice de toute vie. Le poète est l'Adam demiurge insatiable dont le manque d'amour pour lui car prisonnier de ses peurs et de sa faiblesse contamine toute source de vie à commencer par ses enfants qui le vénèrent. Les parents personnifient les travers du demiurge qui composent pour la survie en divisant et en étant froid et distant. Irrespectueux et parasites, ils personnifient l'essaim des humains sur la planète et l'avarice du père, la castration de la mère sur ses fils sont la parabole de toutes les guerres fratricides de Abel et Cain à Romulus et Remus.
Le manque d'amour génère l'irrespect qui génère la violence, l’idolâtrie, l’égoïsme et la destruction. Le meurtre originel est le péché commis par le manque d'amour générant la culpabilité envers soi et les autres.
La mère aime la vie et ne veux pas céder au désespoir et la violence comme Cain car elle aime inconditionnellement le demiurge.
Les hommes cèdent au besoin de soumission à un pére extérieur à l’idolâtrie, au vampirisme, manger l’énergie de l'autre pour le posséder ce qui revient selon le réalisateur à se détruire et détruire la création.
Pardonner à tout bout de champ comme des enfants que l'on n’éduquent pas , tuer l'enfant Jésus comme le fil de Dieu le Messie et le manger pour se racheter se faire pardonner, la matrice le voit comme la faute absolu car en priant le disparu comme un cri vivant et le sanctifiant c'est sanctifier la Mort et la destruction et permettre le déchaînement de toutes les violences qui sont absout de fait en pleurant les morts comme des dommages collatéraux inévitables.
C'est la critique de notre société qui divisent en individu qui se contemplent en vociférant et en pleurant persuadés d'être pardonner et versant des larmes de crocodiles sur des morts en pompant leur énergie. Car vénérer le poète c'est lui donner de l’énergie comme celui ci se repaît de la souffrance des parents qui eux-même sont à son image.
Le regard aigri et culpabilisante de la mère en est la preuve. Elle casse le cristal car elle en tant que mére est incapable d'amour inconditionnel et ne vit que dans les apparences et l'illusion, la matérialité illusoire de la fonction de mère.
La beauté simple et qui se suffit à elle même est frustrant, il veut tout quitte à détruire pour recommencer.
L'amour et la bienveillance sont les clefs comme le cœur de cristal qui demeure éternel et fragile car il ne se possède pas.
Le don de la mère est sans limite, infini comme son amour qui passe par le sacrifice.
Les signaux d'alarme sont là, le scorpion qui se tue dans la cuvette, le sang indélébile, la cave et le nettoyage des vêtements oubliés.
Il y a également la symbolique de l’Atlantide avec l'eau et l’évier comme la terre qui n'est pas fixé. Le demiurge père se confond avec le fils qui demande à la mère de pardonner à ses fanatiques qui ne savent pas ce qu'ils font. Il y a une critique du christianisme monothéiste patriarcale dans ce surlignage du créateur qui n'a pas de prise sur ses sujets qui le réclament et l'acclament par égarement.
Le film souligne l'inhumanité de ce créateur qui attends, il a l'éternité pour lui, il est là et compte le rester quitte à détruire sa progéniture pour survivre.
L'impuissance du poète qui a besoin de destruction totale pour jouir et prendre toute la place.
Le film propose une vision apaisée à travers une mère sereine dont l'amour se suffit pour lui même car il est la Source créatrice du Tout. Enfin, il faut signaler que la fonction créatrice dans le film de la mère, contrairement au Poète qui se nourrit du malheur pour créer un beau qui se contemple lui même, celle ci capte le vivant et crée en conformité en harmonie avec la Beauté. Elle s'écoute, observe et retransmet en accord avec le Vivant et le Tout. Lui a besoin de voir la souffrance, la palper pour retranscrire une vision statique, qui ne reflète que sa propre illusion.
Constat pessimiste dans la forme hystérique du film d'horreur nous perdant dans cette maison nousmontre un cauchemar digne de l'Enfer de Dante et des peintures de Bosch propose au spectateur comme Goethe un message qui passe par « l’Éternel féminin nous sauvera » !

NOTE : -/20

David S