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Joker
Budget = 55 M$
BOX OFFICE France = 6 083 / 291 152 - 1 576 000 - (5 494 000) entrées
BOX OFFICE USA = 93,5 / (332,1) M$
BOX OFFICE Monde = (1 054,9) M$
 

N'y allons pas par quatre chemins : je suis sorti tétanisé, déboussolé, estomaqué, bouleversé, ému de ce film. Car après sa vision je me suis clairement dit qu'il y avait un Joker qui sommeillait en chacun d'entre nous ; pour un peu que la société ne parvienne pas à guérir l'un de nos maux, pour un peu que cette dernière dérape, se trompe virulemment... pour un peu que...
Les bien-pensants sont tombés à corps & âme perdus sur la violence inhérente du Joker. Mais la lecture de ce film me laisse plutôt et même clairement envisager que c'est bel et bien l'analyse de la violence sociale est au cœur de tout, et que c'est elle, et à juste titre, qui est sauvagement pointée du doigt par les auteurs de ce brûlot social sans concession.
Car c'est moins un film politique -je rejoins à ce propos le réalisateur- qu'un film social décrivant un monde devenu malade à cause de sa trop grande richesse, une civilisation au bord d'une implosion violente, une société qui crée des monstres à partir du moment où elle laisse tout un pan de ses citoyens sur le bord de la route, à partir de l'instant où elle n'accepte plus la moindre différence (la normalisation par l'argent, la réussite et la beauté physique : regardez ce qu'il adviendra du nain...), ne l'intègre plus comme une constituante humaine, simplement humaine.
Le Joker n'est que le fruit d'une société souffrant de son propre inhumanisme, le Joker n'est qu'un simple miroir de ce mal. De la même manière qu'un enfant battu a de grandes chances de devenir un père, ou une mère, pétrit de violence envers sa progéniture. Joker n'en est pas la cause mais le média, même si d'autres paramètres -psychiatriques notamment- viennent un temps brouiller les pistes : n'oublions pas le rôle des services compétents (et donc, cette fois, de la politique) dans le drame de cet homme ; même si cela n'excuse pas son comportement... Reprenenez le cour du film à sa sortie, changer un seul paramètre (l'argent mis dans les services sociaux) et il y a de grandes chances que vous modifier toutes les données de l'histoire à venir, que le film devienne quand même assez politisé malgré tout, puisque tout se décide via la politique. Le scénario osera alors la question : qui du "héros" ou de ce monde est en pleine décrépitude ? Lequel des deux s'avère être le plus violent ?
Arthur Fleck se cache derrière un rire frénétique -maladif ?-, une solitude âpre qui constituera l'un des enjeux majeur de son changement de "personnalité", un puissant et inexorable besoin de reconnaissance de la part d'une société individualiste et anonyme (reconnaissance que lui donnera le crime). Présent dans quasiment tous les plans du film, Arthur devient peu à peu psychotique derrière son physique ingrat, écoeurant, rachitique, malingre, et pourtant il se dégage de lui une incroyable empathie, celle que le peuple trouvera également en sa personne. Empathie, pitié qui nous prend par la main, nous emmène subtilement dans sa folie, nous y enfonce par strates pernicieuses, parfois anodines, parfois même sans que l'on ne s'en rende réellement compte. C'est simple : cette main nous serrera progressivement le cou dans la somptueuse et dernière demi-heure, pour ne plus nous lâcher. Jamais. Tétanisant vous dis-je...
En guise d'apothéose finale on trouvera une scène de dialogues complètement éloquente entre Arthur et l'animateur (un De Niro sobre), un raccrochement proprement génial à l'univers DC et un final en forme de gag chaplinesque... Absolument parfait.

Mais si dans 100 ans on continuera de parler de ce film, brutal s'il en est, ce n'est pas uniquement pour l'intelligence et la finesse de son propos : techniquement il n'y a strictement rien à jeter. La photographie très 70's, piquée, grisâtre, sale, blafarde, commence à vous mettre dans un état fébrile, à vous plonger dans cet univers assez inhabituel de la part d'Hollywood. Et puis il y a l'étonnante réalisation du non moins surprenant T. Phillips : et je dois dire que je l'attendais au tournant, espérant des folies visuelles au fur et à mesure de la progression de l'état de cet exorbitant Joker. Mais le choix fut tout autre et O combien judicieux : sa caméra s'avère être un couperet qui permet à chacune des scènes de se révéler sous son plus grand jour ; si bien que, j'avoue tout haut, bien des fois des larmes de jubilation me sont montées aux yeux et la chair de poule à envahit mon âme : à commencer par la séquence charnière qui se situe dans l'hôpital psychiatrique.
Je ne suis en rien musicien et je sais trop comment saluer la performance exceptionnelle de Hildur Guonadottir ("Tchernobyl") : une composition qui m'a tout particulièrement remuée, un travail remarquable qui souligne à la perfection l'atmosphère du film : lourd, épais, coupant, brutal, assourdissant.

Dernier détail, non des moindres, que je tenais à souligner : la complète maîtrise du budget, loin des indécences marvellienne et DC. La moindre des choses.

P.S. : Joaquim Phoenix...

NOTE : 19-20 / 20

La critique des internautes
 

 


NOTE : -/20

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