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Robocop
Détails du film sur InCiné

Joe PADILHA
(13-14)

Un remake solide qui ne souhaitait pas se mesurer à la "boucherie Verhoeven" : grand bien lui en a pris. Joli nettoyage du matériau d'origine qu'est ce film, culotté même puisque c'est moins d'action ou d'une dénonciation en règle de la violence que d'un film cérébral dont il s'agit. Les scénaristes relancent l'éternel débat science-fictionnel du remplacement de l'homme par la machine, à des fins louables de prime abord (faire régner l'ordre sans perte humaine) mais aux conséquences lourdes : la déshumanisation, la non réflexion, la non-intelligence. Un débat frontal, pour le fun, mais qui possède des répercussion dans bien des domaines actuels et pourrait être d'actualité dès demain (les drones en sont les prémisses, la pseudo-guerre propre aussi...). Un film centré autour de l'hésitation latente entre la perfection et la réflexion consciente, film à la fois sociologique et politique où le personnage de G. Oldman est sans aucun doute le plus réussi : il personnalise l'esprit du film, la tentation et les remords, il est le docteur Frankenstein qui va se métamorphoser au fur et à mesure, par défi envers lui-même, va céder à la tentation ; pour que son travail, sa création soit parfaite, aussi parfaite qu'une machine, il va falloir en faire un nouveau genre de robot, déshumanisé, un mensonge pour le peuple, à des fins politiques, et pour sa famille, à des fins purement égoïstes... Tiraillements sensibles et sensés pour un film fin, psychologiquement marqué, touchant du bout des doigts l'aspect philosophique de son sujet. Il est par ailleurs inintéressant de noter que dans l'original le robot était décérébré dès le début, alors qu'ici il l'est après coup. Et derrière la caméra il y a de quoi être grandement impressionné par le travail de Padilha : en immersion totale, avec un sens inné de l'image, une grande maîtrise à l'intérieur de chaque scène et un travail formidable de mise en situation (voir la scène du rêve de Murphy) ; bien aidé par un photo froide et à l'avenant, pour un environnement hyper-crédible. Il y a même ce genre de scène que l'on voit extrêmement rarement au cinéma, qui vous marque à jamais, tant par son contenu visuel que par ses implications psychologiques qui font froid dans le dos : lorsque le docteur montre à Murphy ce qu'il reste de lui : partagé entre le dégoût et l'admiration, un choc certain. Une oeuvre cérébrale, surprenante, assez profonde, recentrée sur l'humain et non la surenchère visuelle (pas forcément réussi d'ailleurs), mais auquel il manque bien deux ou trois choses (finalement on ne voit pas assez la famille de Murphy pour que l'émotion finisse par l'emporter) ; et le passage de la chanson du Magicien d'Oz est un grand moment, tout comme les interventions hallucinées de S. Jackson au gré d'une émission bien plus ambigûe que l'originale...