Envoutant, original, sophistiqué, vénéneux… Kubrick n’a pas changé, où alors seulement de sujet, comme à l’accoutumée, il joue sur tout les niveaux, autant technique que scénaristique… et une fois de plus il gagne. Quand les français n’ont de cesse d’interroger la chair, Stanley nous offre enfin une variation plus cérébrale sans être pour autant intellectuel ; son film est un immense fantasme où un couple (plutôt l’homme d’ailleurs) se rend compte que la fidélité tient à peu de choses. De désirs en plaisirs visuels, le personnage de Tom Cruise va effectuer un parcours initiatique torturé à travers de New York, chantre de la dépravation. Sur ce thème se greffe foule de personnages énigmatique (le loueur de costume qui prostitue sa fille, la pute adorable, le pianiste mystérieux…) et, surtout, la peur, la peur du sexe sans amour matérialisé, d’une part par la prostituée séropo et d’autre part par cette société secrète qui a élevé le sexe au rang de religion ‘appuyé par la réalisation extraordinaire du maitre et par la musique) tendance fanatique et dangereuse. L’analyse de l’âme de cet homme devient bien vite clinique (cf. la tonalité bicolore de la photo, jaune/bleu, le jaune dominant pour le sexe ; voir la scène où il est avec la pute, éclairée en jaune comme l’était son foyer et, lorsque sa femme lui téléphone, derrière elle, les couleurs sont bleues froides) ; clinique car on a l’impression qu’il s’enfonce peu à peu, le petit bourgeois cauchemarde, il entre-aperçoit sa vie sans la femme qu’il aime plus que tout, sans sa famille, sans stabilité, il cherche à s’émanciper et manque de se perdre.
Des réserves ? Trois. Deux sur la longueur (même si le temps n’est pas passé pour moi), les dialogues déclamés péniblement et sans raison (réalisme ?) et le manque d’ellipse à l’intérieur des scènes (filmée en temps réel). L’autre se nomme Cruisequi, me semble-t-il, se force un peu à être lui-même. Alors Kubrick ne rangera peut-être pas ce film aux cotés de « Orange mécanique », « 2001 », « Les sentiers de la gloire » ou de ces autres chef-d’œuvre, mais il est loin de faire pâle figure dans sa filmo pour la bonne raison qu’il a réalisé un vibrant hommage au couple, à la famille, à l’amour et… au sexe ; n’en déplaise à certains. »

P.S. : On m’a dit beaucoup de mal de la scène où N. Kidman rêve de tromperie et en fait tout un drame… oui, peut-être que le couple est un peu « vieux » pour paraître crédible sur leurs liens aux yeux de certains blasés. Je trouve que c’est seulement un peu exagéré, mais je comprend la démarche.