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Zombie

George A. ROMERO
(15-16)

Un film aussi repoussant que défoulant ; le deuxième tome de la trilogie est une critique absolument géniale de notre société de consommation de masse (post-reaganienne ici) et l’analyse des comportements humains (les zombies ne se souviennent que d’une chose : ils allaient au supermarché ! Ils n’ont plus qu’un réflexe : bouffer et bouffer encore !). Violent comme ça n'est plus permis (une tête qui explose, des gosses mitraillés...etc), c'est douloureux (les chairs déchiquetées), l'ambiance est glauque et ça sent la mort jusque dans le salon... et je ne vous parle pas du gore quantifiable à l'hectolitre (MONSIEUR Savini, s'il-vous-plait). La violence y est également jouissive : la jouissance d'un joueur de video game qui tue sans conséquence, juste pour le plaisir morbide de sacrifier l'interdit. Bien sûr ces zombies représentent le "Moi" social, socialisé, la globalisation (réthorique de la trilogie où le fléau se répand) et ils deviennent une société à part entière, une espèce, faite de codes, d'un semblant de culture, d'un mode d'alimentation... une espèce animal qui renvoit l'homme à ces origines (confiance en l'instinct, peur du feu, comportement primaire, langage fait de grognements, existence portée par le besoin de se nourir...). Le traitement de cette zombification évoque bien entendu l'épidémie, celle que l'on ne peu enrayer sans dégats, sans combats, la contamination amenant l'extermination de l'humanité par... elle-même (est-ce le racisme ? Le flic raciste se fait assassiner à la premier bobine et le noir, à la fin, survit et part avec la femme blanche...). Le groupe de "vivants" n'en est pas moins intéressants : il représente les rebelles à l'ordre établi, les résistants qui, de toutes façons (légalement ou par le vol), succomberont aux sirènes du paradis consumériste ; un Romero plus pessimiste que jamais. En poursuivant ces analyses un peu pompeuses mais dont on ne peut se passer on pourrait, à l'infini, décoder de nombreuses et superbes séquences : je pense notamment à celle ou le magasin, soudain emplit de lumières et de musiques, semble vivre alors que les "clients" sont morts ; où quand l'homme n'est plus homme lorsqu'il est face à ces besoins, ou plutôt ces envies. Finissons par cette phrase superbe, qui servit d'accroche publicitaire au film, "Lorsqu'il n'y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur Terre" ; est-ce à dire que nous sommes devenus si mauvais que l'Enfer ne puisse plus contenir nos âmes ? George en est apparemment persuadé... La seule critique possible, à mon sens, c'est la musique, pourtant efficace, qui a assez mal vieillit (les Goblins, pourtant) et le look un peu trop bleuté des macchabée. Trois fois rien, à moitié excusé par le budget.