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Elle (Paul VERHOEVEN)

Le film s'ouvre sur une scène de viol et l'ambiance détachée qui s'ensuit : le ton semble donné. Mais l'oeuvre et son ex-sulfureux de réalisateur ne tiendront jamais leurs promesses et livreront peut être ce que j'ai vu de pire en la matière (pas si éloigné que ça d'un Showgirls). D'emblée, et c'est très personnel, j'ai eu grand mal avec le personnage interprété par I. Huppert (j'ai d'ailleurs, avec tout le respect que je dois à cette immense artiste, beaucoup de mal avec son jeu) : une patronne / créatrice de société de video game avec des allures de bourgeoise "coincée" ? Une femme non ménopausée à plus de 60 ans ??? Et je ne sais trop si c'est son jeu ou le script, mais les dialogues sonnent immédiatement faux et m'ont laissé constamment en retrait ; les personnages mal dégrossis sont pour la plupart détestables alors que l'on sent que ce n'est pas le propos du film ; même s'ils se devaient de ne pas être trop hollywoodiens. Le film tente avec toutes les peines du monde de démontrer que la vie de l'espèce humaine tourne essentiellement autour de leurs histoires de cul (tromperies, viols...) jusqu'au moment d'une scène de masturbation tellement grotesque que le spectateur est effectivement gêné : pour la protagoniste et son interprète. Et je n'évoquerai pas ici le bébé mat et ubuesque devant lequel on perdra rapidement son sérieux - ce qu'un tel film ne saurait souffrir. Elle, oeuvre montée au burin et loin des exigences habituelles de son pourtant brillant auteur, se décante un moment lorsque le dit auteur retrouve ses marques : le trauma de l'héroïne lui permet de toucher à l'essence de son art (plus axée sur une réflexion autour de la violence) avant de se perdre à nouveau. P. Verhoeven a semble-t-il laissé sa griffe de l'autre côté de l'Atlantique, son oeuvre parait avoir été construite de bric et de broc, glâné ça et là, rapporté tel quels, postiche au possible, comme s'il appliquait une recette à la lettre, presque didactiquement, ratant le coche et sonnant faux de bout en bout. La vieille momie qui se tape des jeunes est d'ailleurs symptomatique de ce scénario qui met constamment sous le nez des spectateurs des pancartes avec marquées dessus : "Vous êtes dégoutés, là ?". Non. Le film devient vaseux et oublie sans nul doute l'essentiel : pour choquer le spectateur il faut le piquer au vif et ne pas rester en surface, même si la psychologie de l'héroïne restera le point fort de l'oeuvre. C'est aussi vulgaire qu'inoffensif et il faudra se replonger dans la filmo du maître, ou celle d'un Polanski (Le locataire) ou encore d'un Cronenberg (Crash) si l'on veut ressentir les tressauts d'un choc cinématographique profond, d'une brûlure de l'âme. Et puis franchement -attention spoiler- : préférer I. Huppert à V. Efira, ça ne tient pas debout une seconde ;)