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Crash

David CRONENBERG
(19-20)

Film-pulsion trop souvent incompris (les gens oublient qu’ils ont des pulsions, eux aussi, qui peuvent être ou sembler illogiques pour les autres, mais que l’art tire du domaine privé un exposé public et parfois indécent). Voilà ce que j’y est vu.
La scène de photographie des accidentés est superbe : voyez ces crétins qui ralentissent sur les autoroutes quand un accident s’est produit en sens inverse… ils veulent voir quoi ? Du morbide ? De la douleur ? Du sang (la plupart tournerait de l’œil s’ils en voyaient)? La mort ? C’est une pulsion qui a toujours existé (Cf. les mises à mort en place public, les jeux du cirque…).
Il y a une mise en avant, une fascination de la non-perfection mise en abime par cette passion des tôles froissées / des corps abimés (le corps comme objet modulable renvoie au sexe). Les blessures deviennent des trophées, des images fantasmatiques, érotiques comme autant de traces de jouissance indélébiles. Tout est glacé dans ce film : la musique implacable, qui joue les couperets, la photo qui efface les lignes, les contrastes, un peu gris, un peu nocturne, couleur métallo-vivant. Enfin il y a le visage de l’actrice principale (je l'adore...) et la réalisation impeccable de Cronenberg. Celui-ci, par ailleurs, s’éloigne étrangement et irrémédiablement du système, il se complait dans son travail d’auteur, réalisation étudiée, fine et très, très intelligente à l'appui. Une réflexion sur notre société sans âme, asexuée ou plurisexuelle, mécanique. Les gens sont comme des véhicules : ils ne semblent aller nulle part. Le scénario peut se lire non-chronologiquement, comme le chaos ; les voitures ne sont que des éléments interchangeables comme les pièces surréalistes de l’auteur. Les voitures sont à la fois des lits, des nids d’amour et, donc, en rapport à la théorie freudienne d’Eros et Thanatos, des lits de mort. Le morbide, l’horreur sont des drogues psychiques comme la bouffe, le sexe, le tabac, la vitesse… Tout n’est qu’histoire de pulsions primaires, on prend un exemple et on peut le généraliser. Il est vrai que la vitesse procure un excitement (le corps humain n’a pas été conçu pour ça) et se pourrait bien être, comme le dit l’auteur, une certaine fascination pour la mort qui en est la cause. Dans ce cas l’homme et la machine ne font plus qu’un (acte sexuel) ; il y a symbiose et contact physique entre eux ; ils s’assemblent psychologiquement et physiquement lors de l’accident. La ferraille pénètre la chair (il y est dit : « il y avait du liquide, du sang ou de l’huile »). Je ne crois pas que le film soit bêtement sexuel car chaque scène est différente, apporte quelque chose de nouveau, à une nouvelle raison fantasmatique d’exister et procure elle-même un nouvel excitement. Un choc pour tout esprit habitué au développement bête et simpliste d’une histoire. Un chef-d’œuvre pour les autres.