J'en parlais récemment avec des amis : difficile de trouver de bon film au cour d'une année, de s'éclater et s'enrichir intellectuellement en allant au cinéma... alors pour ce qui est de crier au chef-d'oeuvre ! Mais voilà qu'aujourd'hui, en cette fade après-midi de novembre, je suis tombé sur cette perle rare, ce film extraordinaire qui aurait grand mérite à être diffusé et débatu dans les collèges et lycées de France et d'ailleurs pour faire barrière à quelques extrêmismes néo-nazis ou assimilés, de près ou de loin. Voici un film qui ose aborder de front un sujet des plus délicats, des plus sérieux et des plus profonds, sans vous donner une irrémédiable envie de dormir ! Bien sur, ceci grâce à une réalisation appliquée, remuante et à un montage serré et d'une très grande vitalité ; une sorte de mixe entre "Entre les murs" pour l'immersion dans une classe, "Le cercle des poètes disparus" pour le rôle incroyable de l'enseignant, "Fight club" pour le côté rentre-dedans et l'activisme latent, et "American history X" pour le fond du sujet. Mais le coeur du débat n'est pas là : ce film va prendre 1h45 pour répondre à la question suivante et essentielle : "Une dictature peut-elle renaitre dans l'Allemagne contemporaine ?". En décortiquant jusqu'à la moelle, expliquant de façon lucide et limpide, et en appliquant in vivo ces principes, le film essaie de faire comprendre les mécanismes perfides, politiques, sociaux ou économiques, des dictatures, des autocraties. C'est une oeuvre vécue de l'intérieur qui évoque tout les préceptes de l'extrême droite : le communitarisme, l'entre-aide et l'unité du groupe social (qui solidifie la société mais conduit à s'élever contre tous les opposants, de la pire des manières), la discipline (qui fait régner l'ordre au dépend des libertés fondamentales), l'identification à un groupe (afin de réunir les brebis égarées de la société et tout autant les monter contre cette même société) et la suppression des différences sociales (qui va finir par entrainer le rejet de ces mêmes différences et la violence). En nous présentant des personnages à vif, des ados proches du documentaire, crédibles, réalistes, confrontés à des problèmes contemporains et similaires aux notres, le film peut nous toucher au plus profond et l'étude prendre un côté "gênant" en fonction de l'appréhension du problème selon les différentes personnalités des personnages (la scène finale devrait laisser des traces indélibiles...). Des thèmes anexes sont également traités avec autant de ferveur et d'intelligence : celui du rôle de l'enseignant, de la transmission du savoir à des personnes n'ayant pas forcément le recul nécessaire, la manipulation d'un groupe par une personne intellectuellement plus mature... une réflexion âpre mais nécessaire. Finallement le film répondra à cette question essentielle ("Nos démocraties modernes, avec leur histoire en rapport avec les extrêmismes, pourraient-elles connaitre une résurgeance de la droite extrême ?") par une affirmation terrible que tout un chacun mettra à profit en allant voter aux prochaines élection ou en se demandant si, dans un pays comme la France, où l'on interdit certains mouvements religieux pour leur dangerosité, où l'on refuse sous couvert de laïcité cette même liberté religieuse, il ne faudrait pas s'interroger sur la légitimité de certains parties politiques au nom d'une autre liberté... La liberté politique au risque de voir l'histoire et ses atrocités se répéter ??? La liberté d'expression peut-elle inclure la liberté de haïr ?
Ce ne sont évidemment que des questions, chers lecteurs...