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Fight club

David FINCHER
(19-20)

Mais où sont donc nos pauvres références ? Docteur Jekill et Mr Hyde par ici, pour la paranoïa aïgue, Crash, pour le sado-masochisme libératoire (mais à but sociologique pas sexuel) et Matrix, pour le souffle de révolution (plus ancré dans le réel et plus trash). Et Fincher ; qui ne sera jamais reconnu par ses pairs, car c’est un vrai génie. Voici un choc d’images qui soutient un propos des plus excitant, aussi excitant que délicieusement ambigu (chose rare dans le cinéma de tout bord…), en tous les cas suffisamment pour nous interroger. Enfin, un grand merci à Palaniuk qui a osé gueuler tout haut ce que tous les vrais anars du monde chuchotent entre eux. Et avec un humour décapant s’il-vous-plait. Un défouloir aux idées très nombreuses (cf. ci-dessous) qui vont toutes ce résumer dans cette véritable happy-end (après 100 ans de cinoche ça fait du bien !) dont la révélation en laissera plus d’un sur le cul ! Une œuvre qui va vous hanter des mois après sa vision, qui ne vous lâchera plus à cause des multiples questions, réflexions et discussions à creuser à loisir. Une œuvre à part et un chef-d’œuvre incontestable.
Six thèmes d’exploitation qui pourraient donner matière à six films :
- Le Fight Club : des hommes qui se battent sans raison (ni haine, ni gloire) si ce n’est pour se prouver par la douleur qu’ils existent, que ce sont des hommes, des être humains. C’est une thérapie physique et morale contre l’ennui d’une société normalisée, asceptisée, technocratisée, médiatisée et fausse ( l’homme n’est qu’une image, la violence qu’un miroir télévisuel, seul compte le pognon, il n’y a plus d’individus mais une masse homogène à pensée unique et globalisée…). L'ultime expression du désir d'auto-destruction de l'homme. Une violence juste rendue avec force et brio.
- La fabrique de savonnettes : la graisse qui est évacuée des corps bourgeois bien trop gras est recyclée en savon, afin que ces gens sans cervelle se nettoient avec leur propre merde, leur surplus corporel. Comme on ne sue plus au travail, il faut bien suer sur la table d’opération et le fruit de leur effort ne sert plus à se nourrir mais à se rendre encore plus propre physiquement ; et ils sont prêt à payer pour cela. Les riches ne sont regardant ni moralement, ni physiquement, leur apparences est plus importante que tout.
- L’idéologie : d’extrême-gauche. Un cri du cœur qui sort de chacune des phrases lancée par Tyler sur la nouvelle condition de l’homme (les divorses, la pub, l’identitée informatique, la révolution bourgeoise…) et la façon de s’en sortir en abandonnant notre mode de vie bourgeois, lisse et en redevenant nous-même, oubliant le superflu, l’absurde, le faux, oubliant de copier les images toutes faites que nous renvoient les médias.
- Les milices : une authentique armée anarchiste, presque sans chef, ni loi, ni ordre. Elle grandira comme une toile d’araignée, tentaculaire et réduira nos efforts de pseudo-civilisation à néant. Chaque corps fonctionne en totale autonomie ; Tyler crée l’armée et ses concepts, et l’armée agit en son nom, il en est le gourou spirituel, le messie qui a ouvert les yeux de ses gens. Ils obéissent à l’idéologie pas à l’homme.
- La double personnalité : inconsciente d’abord (imaginée à partir d’un personnage réel rencontré dans un avion puis approfondit après un coup de fil…? ?) elle représente les pulsions, la face sombre de nos désirs, nos « naturalités », elle est ce que tout un chacun combat pour ne pas sombrer dans les extrêmes, dans la violence, le terrorisme. Elle est notre Moi profond, celui que le personnage va combattre tout en sachant qu’il lui correspond, qu’elle est une pulsion naturelle de défense contre la socialisation forcénée et inhumaine.
- La scène finale : il est redevenu lucide mais a, finalement, tout fait sauter… Il va pouvoir repartir à zéro sur des bases saines, tout comme le monde moderne, avec sa nouvelle Eve. Il a recréé l’Apocalypse biblique en faisant sauter les banques de données des cartes de crédit, détruisant l’homme en tant qu’identitée électronique, numéro informatique, en lui rendant son humanité. Dans son malheur (sa rencontre avec son côté le plus obscur) il trouve le réconfort d’une idéologie accomplie.