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Tenet
Budget = 214 M$
BOX OFFICE France = ? / 236 390 - 948 000 - 2 349 000 entrées
BOX OFFICE USA = 20,2 / 58,5 M$
BOX OFFICE Monde = 363,7 M$
 

A rebrousse-poil et à rebrousse-temps : Nolan joue une nouvelle fois avec le concept du temps (un peu comme il le fit avec Interstellar ; voir Memento) et avec celui de réalité (à l'image de Inception) et avec Tenet il se pourrait qu'il mette un terme à une espèce de trilogie / cycle temporelle.
Tenet a pour ambition de nous proposer une nouvelle forme de cinéma, à commencer par la relecture audacieuse d'un genre qui nous est plutôt familier : le film d'espionnage façon "James Bond" ou "Mission : Impossible" ; qui ne sont eux-mêmes que des films d'action. Mais le génie du film est qu'il ne s'arrête pas à l'intention de seulement jouer avec des genres sclérosés et bien souvent vieillissant, il les fera également et littéralement / littérairement exploser : en reprenant la structure basique de chacun d'entre eux, il propose une lecture nouvelle, intelligente car totalement déstructurante. Et je ne parle pas encore d'inversion !
Pour être on ne peut plus clair, dans ce type d'oeuvres l'histoire se construit forcément autour d'un objectif clair, d'un méchant ostentiblement établi, d'une mission quasiment en ligne droite, de corps à corps et de poursuites motorisées pré-accordées.
Nolan va alors déstabiliser le spectateur qui voudra bien l'être par la grâce d'une nouvelle structure et l'apport d'un élément clé et inexploré : car si la trame de Tenet reste limpide, l'élément temporel va tout venir brouiller ; et je nai pas dit "embrouiller"... Comme le dit si justement la scientifique au début de l'histoire -un clin d'oeil évident aux divers "Q" vus dans les James Bond- : il ne faut pas comprendre ce qui va se passer, mais ressentir. Effectivement ce qui va secouer les spectateurs c'est que l'objectif reste d'emblée très flou (sauver le monde : de quoi ?), le méchant longtemps fantômatique (extraordinaire K. Branagh), la mission tout à fait opaque (on avance mais sans savoir où l'on va ; on est dans la même position aveuglante que le héros). Les combats en corps à corps et les poursuites automobiles seront totalement déboussolantes, nous faisant agréablement perdre tous nos repères. Mais pourtant, sur la base, il s'agit bien d'une investigation où chaque élément emmène le héros vers un autre, d'indice en indice qui le rapproche de son objectif ; aussi indistinct soit-il.
En réalité si Tenet nous ébranle autant c'est parce que, au-delà de son scénario, le film qui parle beaucoup de cinéma... de structure cinématographique et scénaristique. Allant jusqu'à jouer avec l'art du montage.
Temporalité, paradoxes temporels, voyage dans le temps : ce film est une démonstration inédite, posant sur un genre -et sur le 7ème art- un regard puissamment novateur, jouissant d'une surprenante et immense liberté de ton (dans les dialogues mais surtout dans cet art de l'ellipse cher à l'auteur, porté ici à son paroxysme) et possédant un souffle absolument unique.
Il est clair que de nombreux détails resteront obscurs à la première vision et il est évident qu'une seconde séance s'impose : d'ailleurs la scène en forme de palindrome (au milieu du film ?) demande une étude plus approfondie, les faux twist nous invitent à une relecture du scénario, et on se rend compte que la seule complexité de l'oeuvre se trouve que dans l'art du détail, ceux avec lesquels elle joue avec délectation. La double lecture du scénario ne fait aucun doute. Et, enfin, l'avantage de ces séquences d'action définitivement inédites -avec parfois la relecture de scènes précédentes- c'est que le film ne demande qu'à se (re) dévoiler au fil des regards.
N'oublions pas la musique surpuissante et trouble qui restera inaudible sans les images mais qui nous perd et nous enveloppe autant que le travail éloquent sur la bande-son.
On émettra cependant quelques menues réserves : Les ambitions de l'auteur n'étant que purement cinématographiques, elles auraient pu dépasser ce stade (au risque de rendre l'oeuvre incompréhensible ? De perdre les repères du genre qu'il sert ?). Les possibilités semblent tellement infinies au final qu'il vaut sans doute mieux éviter de penser au-delà du film. Et puis j'ai trouvé que les motivations du bad guy restent on ne peut plus classiques, presque décevantes : mais ne constituent-elles pas un ultime clin d'oeil au genre ?
En tout état de cause Tenet va beaucoup faire parler de lui...

NOTE : 17-18 / 20

La critique des internautes
 

 

NOTE : -/20

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