Inception |
(17-18) |
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Attention... film déstabilisant et original.
Je ne vais pas du tout me lancer dans les explications métaphysiques
de telles ou telles scènes, décortiquer les éventuelles
erreurs (pourquoi Saito est-il vieux alors que Cobb et sa femme n'ont
pas pris une ride en 50 ans ? Pourquoi ne les apperçoit-on qu'une
seule fois avec des rides ?...etc), mais bel et bien effectuer une critique
pure et dure du film en question. Nolan, plus dans la veine de son chef-d'oeuvre
Memento, prend le
pari d'explorer le domaine complexe et délicat du rêve, ses
diverses strates, son mode de fonctionnement, tout en nous offrant une
véritable réflexion sur les complexités de l'esprit
humain ; le tout sur un air d'espionnage industriel... Dans le fond l'auteur
a réalisé un film parfait, parfaitement équilibré
entre ses analyses, ses ramifications et les scènes dites "d'action",
presque "bondiennes", un vrai actioner cérébral
et réflexif. Pourtant il n'atteindra jamais le stade du chef-d'oeuvre...
Pourquoi ? Passé l'acceptation du principe obscur de pouvoir pénétrer les rêves (domaine de l'irréalité et de l'immatérialité ; mais nous sommes dans un film de SF, n'est-ce pas ?), on se plonge dans une première partie un peu bancale qui n'est autre que le mode d'emploi de la seconde partie, un guide explicatif qui nous permettra de décoder le long final (l'architecture des rêves, leur mode de fonctionnement, les niveaux de rêve dans le rêve, le sommeil artificiel) ; sans doute que cette partie, prenant l'ascendant scénaristique d'un Ocean's eleven onirique assez classique (recrutement de l'équipe, plan d'action, mise en pratique), n'est pas assez relevée, trop démonstrative, elle empêche le film de décoller correctement bien que l'on soit, comme dans les rêves, directement plongé dans l'action. Dans le même but, le personnage de Cobb va très vite prendre beaucoup de place, s'épaississant psychologiquement au fil des minutes, s'étoffant brillamment mais ne laissant que peu de place aux rôles secondaires (c'est un film sur "lui" me direz-vous... et sur sa femme) qui resteront des faire-valoirs scénaristiques, efficaces s'il en est, mais un peu creux. Mais la profondeur du personnage principal est telle qu'on ne saurait en tenir rigueur à Nolan : jamais un trauma, une histoire d'amour aussi complexe, n'aura été exploré jusque dans le subconscient de son personnage, décortiqué à un point tel que son côté émotif en est presque amoindri... Finissons-en avec ce brillant scénario, ce véritable concept, ce film-miroir (rêve / réalité - Rêve 1 / Rêve 2...etc) qui trouve son apogée dans sa longue et sublissime seconde partie... sans doute moins complexe qu'on veut bien nous le faire croire. C'est un final alambiqué à l'écriture rigoureuse (même si, une fois encore, d'aucun trouverons quelques détails gênants...) qui reste l'une des scènes les plus stimulantes pour l'esprit auquelle j'ai eu le plaisir d'assister, une espèce de jeu vidéo se jouant sur plusieurs niveaux à la fois, interagissant entre eux et jonglant avec leurs diverses réalités, s'enfonçant dans les souterrains des enfers de l'esprit humain. Extraordinaire. Même les scènes d'action trouvent toutes leur justification : le secret à percer étant extrèmement bien gardé et la vérité... autre. D'ailleurs tout contribue à notre adhésion : l'ambiance musicale du décidément génial Hans Zimmer qui nous est imposée comme un cauchemar (un simple regard vous fera peut-être tressauter...), donnant une épaisseur hors du commun et réellement oppressante à l'oeuvre ; inquiétant. Autre chose, plus subtile : les décors reprennent un schéma assez constant, celui du quadrillage (regardez les arrière-plans, les fenêtres surtout), symbole labyrinthique de notre esprit... Et n'oublions pas la réalisation savoureuse de Nolan, l'utilisation ingénieuse de ses ralentis (uniquement pour signifier des éléments temporels, notamment la réduction du temps de la réalité qui permet de mettre en exergüe celui du rêve dans la scène finale avec la camionnette) et la beauté sans pareil des effets spéciaux. Alors il faut en venir à cette foutue dernière scène... la logique veut que Cobb ait laissé sa femme au passé, retrouvé Saito et vu à nouveau le visage de ses enfants. Nolan laissera pourtant planer un doute : la toupie tourne en continue, comme dans un rêve, et le film s'arrête alors que celle-ci semble vouloir tomber et donner une certaine logique à cette scène. Est-ce innocent de la part du scénariste ? Est-ce possible ? Cobb ne s'est-il finalement pas réveillé ? Le visage de ses anges ne sont-ils que des souvenirs retrouvés ? Qu'importe... Bien sûr le film s'ouvre également sur d'autres réflexions : l'inception ne se pratique-t-elle pas réellement lorsqu'une personne manipule une autre personne plus faible (je pense aux sectes notamment), leur faisant oublier que l'idée "inceptée" par une tierce personne ne vient pas d'eux et ne leur convient pas, ayant germé dans un tout autre but ? Je vais sans doute un peu loin là !!! La dernière scène pose tout de même la question de savoir si, finalement, les rêves ne seraient pas plus beaux que la réalité (nous les contruisons à notre image... mais ne les maitrisons pas complètement ; la douleur du rêve est moins physique que psychologique : n'est-ce pas une douleur plus intense ?) et pourquoi le rêve, qui fait partie de l'être humain tout comme la respiration ou la nutrition, ne serait-il pas aussi "réel" que ce spectacle parfois grossier qui se joue tous les jours devant nos yeux ???? Je pense que ce film devrait trotter encore quelques jours (semaines ?) dans nos pauvres têtes... |
| La critique des internautes |
JUJU |