Simetierre |
(19-20) |
|
Toute la force d ce film est de ne pas être un
film d’horreur ou d’épouvante au sens accepté
et souvent réducteur du terme. Ici l’épouvante n’est
qu’un prétexte poétique et morbide à la réflexion
que nous apporte Stephen King. Mary Lambert a mis au point la plus brillante
adaptation d’un livre de cet auteur : jamais œuvre du 7ème
art n’aura traité aussi brillamment du probléme sociologique
qu’est la mort (son acceptation par les enfants et par les adultes
lorsqu’il s’agit de leurs propres enfants). Le film, au-delà
de sa naturelle aisance à nous terrifier (Mr Goldenthal peut se
vanter d’avoir filer des cauchemars à toute une génération
: il a composé un chef-d’œuvre), nous gratifie de scènes
inoubliables (l’accident avant toutes les autres, l’enterrement
sous forme d’électrochoc hyper-réaliste, ainsi que
toutes les scènes mettant en avant le petit Gage, entre terreur
pure et larmes sincères…) et une véritable réflexion
intelligente sur l’unité familiale, l’inéluctabilité
de la mort et son aspect naturaliste inhérent à la vie.
Tout les cateurs sont presque des inconnus, ils le resteront, sauf pour
tout ceux qui ont vu ce film où ils donnent le meilleur d’eux-même.
M. Lambert a le sens inné des images, les cadrages sont troublants,
toujours au niveau de l’histoire, angoissant, ils captent merveilleusement
bien ce qui est resté invisible tout au long de ce film : la peur
! Reste à saluer les effets choquant car très réalistes
(les morts y sont plus vrai que nature et d’autant plus «
sensibilisant »). Vu au cinéma à 18 ans, c’était
un chef-d’œuvre du cinéma d’épouvante (pour
un habitué c’est une date), revu à 20 ans il conserve
toute sa puissance terrifique et laisse d’amères souvenirs
qui sont autant de points de repère cinématographiques et
émotionnels. Enfin une nouvelle vision à 25 ans –devenu
entre temps père- et on ne sait retenir ses larmes et ses frissons,
ni se dire que ce chef-d’œuvre d’un soit-disant sous-genre,
vaut pour la justesse de son propos et de son ton et qu’il reste,
sans appel, un chef-d’œuvre du cinéma tout court. N’hésitez
plus à venir voyager dans le domaine interdit de la mort, là
où nous devenons tous égaux. |