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Angel heart

Alan PARKER
(19-20)

Un faux film policier au final abasourdissant : intriguant, dérangeant, séduisant, assourdissant et troublant... Car il y a avant toutes choses une ambiance tangible, palpable et tellement forte et omniprésente qu'elle ne peut que nous subjuguer, dépasser la barrière de l'écran et nous saisir le coeur ; la musique du film, ses saxo langoureux et affutés, son atmosphère New Orleans, finissent par nous mettre mal à l'aise. Les plans biscornus et géniaux de Parker, génie décrié, sa caméra qui met en avant les ombres menaçantes d'un monde malade, plonge le film dans une espèce de malaise difficile à cerner de prime abord. La photo grisâtre de New York qui contrebalance celle humide et faussement chatoyante de Louisiane et fait également balancer notre coeur. Les effets de montage percutants qui donne un rythme fabuleux à l'oeuvre. Les obsessions du réalisateur qui deviendront autant d'indices pour résoudre un mystère dont le dénouement est stupéfiant : les ventilos qui ne tournent pas toujours rond (comme la vie de Angel), les ascenseurs dont le final révèle la teneur, et surtout cette folie de l'eau qui coule (censé laver, rendre propre) et dont l'interprétation restera libre. Par delà les qualités purement esthétiques de l'oeuvre on y découvre une enquête policière fascinante, empreinte des films noirs ; mais loin de Los Angeles et de ses privés à qui tout fini par réussir. Angel heart est un film désespéré, composé de thématiques foudroyantes et d'une puissance rarement atteinte sur un écran : la fin est un pur cauchemar et cette oeuvre unique devient l'une des plus sulfureuses jamais envisagée (cf. les scènes déjà chocs qui prendront une signification encore plus terrifantes, où tout devient lourd de sens). Le film pose des questions essentielles : qui sommes-nous réellement ? Qu'est-ce que le Mal ? Où comment renouveler génialement le mythe de Faust : Angel est à la recherche d'un homme qui a sombré dans le Mal et va devoir payer ses fautes de la pire des manières. Rourke compose un détective fascinant et au charisme impeccable ; L. Bonet explose littéralement de sensualité dans le rôle de sa carrière. A savourer comme l’ultime film d’épouvante, celui qui vous menera par le bout du nez, dans la droite lignée de "L’échelle de Jacob" ou "Sixième sens".