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Un film éblouissant qui va bien au-delà
de cette violence graphique aussi bien dosée que jouissive. C'est
tout d'abord le compromis idéal entre l'hommage sincère
et modernisme ; on retrouve tout l'esprit d'un cinéma de genre
japonais : des couleurs pâles et grisâtres, des décors
évocateurs, beaucoup de pluie, de la musique respectueuse et des
thèmes bien rodés. Le Zatoichi originel vous explose à
la figure, on se sent vite embarqué dans un univers à part,
plein de ronin, de samouraï errants, de vengeance aveugle, de débordements
sanguinolents, jamais exempte de surprises ; le thème principal
restant, à mon sens, le travestissement, celui du corps, de l'âme...
les personnages n'étant jamais vraiment ce qu'il paraissent. Et
puis il y a Kitano qui, revisitant un passé sans nostalgie aucune
amis avec respect, apporte une solide dose d'humour, construit, varié
et irrésistible (le fou qui court, l'apprentissage du combat avec
des bâtons...), qui trouve son point d'orgue en un final qui passe
de la comédie musicale à une conclusion à l'ironie
mordante et morale. Et le plus beau dans tout ça a été
couronné à Venise : la réalisation du maître,
peut-être ce qu'il a fait de mieux à ce jour, toujours, me
semble-t-il, plus à l'aise dans les films mouvementés (Cf.
"Violent cop") : il parvient à sublimer -au milieu d'une
bonne dose d'extrême violence- un simple parapluie, joué
avec de la musique hors champs ou faire d'une scène de danse une
parabole sur la renaissance d'un être ; chaque plan est un régal
pour les yeux, et il faudrait savoir s'y arrêter dessus, leur assemblage
subtile en fait une merveille pour l'âme. Oui, il serait vraiment
dommage de s'arrêter aux magnifiques giclements de sang... |