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Premier contact

Denis VILLENEUVE
(17-18)

Non Carpe Diem... Un film en forme de message asséné à toute l'espèce humaine : tout du moins voilà comment je l'ai compris. Passons déjà sur les qualités techniques de l'oeuvre avant de rentrer dans le vif du sujet. Car, finalement (et l'emploi de ce mot n'est pas anodin), la première scène du film donne le "la" de toute l'oeuvre : c'est une scène choc, mais au sens psychologique du terme, rien à voir avec ce que nous propose ad nauseam les actioners modernes. Elle donne le tempo du scénario : réfléchi, assez lent, sombre d'une certaine manière, mais surtout porté par la réalisation douce, toute en légèreté de Villeneuve ; un peu à l'image quasi obsessionnelle de ces nuages, de cette brume, totalement métaphoriques. La bande-son y est puissante, la musique parfaitement intégrée dans le sujet ; et à partir de là on sait que l'on a affaire à une oeuvre à part, au format général assez inhabituel, tournée autour de la réflexion, libre dans le ton, le rythme, les personnages, loin des standards hollywoodiens auxquels je suppose qu'il sera difficile de revenir après cette véritable expérience autant sensorielle qu'intellectuelle. Oui : une expérience rare et non formatée -ni parfaite d'ailleurs, réaliste et magnifiquement déconcertante. Bande son incroyablement fouillée et musique à l'avenant.
On part sur une oeuvre qui se veut être un hommage à peine déguisé et moderne au travail d'un Champollion, par exemple, ou mieux encore à Rencontre du 3ème type ; et elle s'achève avec sa propre vision de la tour de Babel. Travail qui semble être le nerf, le moteur du scénario : qui sont ces extra-terrestres ? D'où viennent-ils et surtout que veulent-ils à l'humanité ? Mais ne nous y trompons pas : le sujet nous emmenera tout ailleurs, pas si loin, vers un héros d'une certaine façon "messiaque" (ses facultés, la révélation, son rôle déterminant, son sacrifice...etc) et un message à l'ambition jamais déguisé : la paix après laquelle court l'humanité depuis la nuit des temps tourne autour d'un élément essentiel... Il y a tout d'abord ce que je nommerai la "Première partie" du message délivré : inciter les gens à travers le monde à communiquer, échanger, sans quoi on en revient à éternellement faire parler les armes. Apprendre à se connaître, connaître les autres cultures pour mieux les appréhender, s'apprécier et surtout apprendre à communiquer afin de laisser courir la réflexion, ciment de la paix. Puis il y a la "Seconde partie" du message, à travers ce qui est moins un twist qu'une explication somme toute logique et dans la droite continuité de l'histoire ; à travers l'intriguant montage alterné qui n'aura de cesse de nous perturber pour finir par nous faire comprendre que le film est une espèce de boucle, et le cadeau des E.T. une clef pour nous ouvrir les yeux, clef elle-même nécessaire pour que le message soit délivré. La boucle / cercle étant omniprésent dans le film, jusqu'à la forme même du langage alien, la reprise de certains plans (début-fin). Et en découle de toutes autres émotions : celle de la découverte (la naissance d'un enfant) et celle de la perte.
(Même si le coeur du sujet est révélé à peu près à la moitié du film, impossible pour ma part d'éviter les fameux Spoilers !!).
Peut-être un petit peu dépassé par son ambition, le film va paraître abscons à certains, voir vaseux à force de trop réfléchir à ses principes (le temps, la communication, la paix) : le message que j'y ai lu y est pourtant clair (après 2 visions) et vraiment présent dans sa très dense dernière demi heure. Et il est le suivant : le but du film reste de savoir pour quelle raison ces visiteurs sont venus sur Terre. La réponse est qu'ils sont venus offrir une arme de paix à l'espèce humaine. En tous les cas nous sommes en présence d'extraterrestres non-violents et même pacificateurs, qui viennent sauver l'humanité d'une fin proche (liée à ce manque de communication) ; et le film délivre un formidable message de paix. Mais pas seulement. La scène où les dirigeants internationaux célèbrent l'unification des peuples, scène qui montre aux spectateurs le changement de point de vue du militaire chinois (très important), est une scène essentielle dans la boucle scénaristique, la réflexion sur le temps. Ainsi nous est-il suggéré de profiter de l'instant présent, sans pour autant y vivre essentiellement. Avoir une vision de notre avenir (et même se rappeler du passé, dans le cas du militaire) permettrait à chacune de nos décisions de s'en trouver radicalement bouleversées. Mais je vais peut-être chercher trop loin... Pourtant la future mère choisit le bonheur d'avoir un enfant, même si ce bonheur sera de courte durée ; elle profite de l'instant présent dans l'hypothèse avancée et même assumée d'une avenir sombre.
En tout les cas Premier contact possède a minima cet avantage unique dont si peu de films peuvent se targuer : celui de nous ouvrir tout un pan de réflexion longtemps après son visionnage. Carpe diem, profitons du présent, mais pas sans un regard tourné vers le futur. Essentiel.



La critique des internautes
 

Là ou il nous avait dans l'ensemble convaincu avec "Sicario" ou "Prisonners". Voila que le réalisateur se lance dans la SF... Après tout pourquoi pas, puisqu'il possède un réel talent et ou le synopsis titille nos esprit ; mettant en parallèle d'autres films avec un sujet plus ou moins sur le même principe (enfin quant on part sur la SF, la base reste plus ou moins la même. C'est juste la façon dont cela est mis en scène et le traitement du sujet qui offre plusieurs chemins peuvent changer la mise). Mais bon, cela nous met un avant gout sur le futur Blade Runner 2...^^ Pour le coté SF, c'est du basique ou on ne fantasme pas sur un futur comme le présente certains films mais plutôt à une célébration du présent. Par rapport à la filmographie de D. Villeneuve, c'est une des oeuvres dans le SF ; la plus abouti et la plus poignante. Ne lachant pas prise durant les 2h. Rien qu'au vue de la BA, on sait d'office qu'on est bien loin des niaiseries façon "Independance Day et compagnie... Ici, les rencontres évidemment d'un autre type revêtent un caractère humaniste (là ou habituellement on est plutôt façon humanoïdes et j'en passe) incitant à étreindre éperdument la vie. Pas di explicitement, mais nous murmurant la chose dans un film à la fois bouleversant et majestueux. Et pour le coup, cela fait du bien:! Ne pas s'attendre à de la baston ou je ne sais quoi. On ait dans de la SF pure, simple et unique. Là ou le film est réussi, c'est qu'ils parvient à aborder les aliens mais sans tomber dans les clichés que nous livre la majorité des films de SF. Mais il invoque pourtant nos peurs les plus primaires (celle de l'inconnu par exemple), mais en les sublimant (à contrario les autres film de SF n'approfondissent pas sur ce coté là préférant touché le public sur l'action, les aliens (enfin la pseudo guerre future). Pour le coup, on est face un film intelligent et émouvant (que l'on pourrait classifier limite d'anti Independance Day. Donc aura ses détracteurs et des fans^^). Cette oeuvre est captivante assez rapidement, puisque le film ne met pas trop longtemps à se présenter (personnages et compagnie, l'avenir de l'histoire...) et donc pour un divertissement ; se montre audacieuse et aussi ambitieux qu'intelligent. Quelques flash-backs parfois complexe (mais bon, on visionne de la SF ou non^^) et ou l'on nous offre une beauté générale et laisse quand même un film aussi touchant qu'âpre. Comme si le réalisateur s'imprégné déjà du coté tragique de "Blade Runner 2049". Donc comme le veut la SF, on ait dans les vraies joies de l'imaginaire lié aux extraterrestres. Là ou le cinéma n'a que de rare exemple mais qui nous rappelle que l'addiction du désir de projeter enfin réalistement l'instant du 1er contact entre les humains et les extraterrestres. On est donc devant un mélodrame bouleversant (bon, on n'aurait pu y penser un peu en réfléchissant, mais là ; la façon dont cela est mis en scène et dont le déroulement du film se fait ; le rende pratiquement inclassable depuis bien longtemps dans le genre. Une superbe et agréable surprise, qui devrait en surprendre plus d'un! Bref, là ; ou la SF avait du mal à se renouveler. Denis V. arrive à renouveler les vieux thèmes que l'on a vu et revu dans le registre de la SF (mais bon, laissant quand même le coté mélancolique du moment (afin de porter le deuil de la à venir de notre monde et de la rendre plus réalisme pour un futur pas si loin si l'on y pense^^. Là la réflexion est là, et sans même nous poser la question ; on y réfléchis et on se pose des questions pouvant amener pourquoi pas ; de nouveaux sujets puisqu'il renouvelle totalement le genre. Ce qui devrait donc plaire aux nombreux fans du genre et au grand public. Bref, Denis V. qui s'essayer à la SF pour l première fois ; nous confirme la virtuosité ou il est capable d'aborder divers registres avec une grande puissance et une sensibilité touchante. Une excellente surprise qui devrait faire son bout de chemin!

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NOTE : 16/20

Benoit G.