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Martyrs

Pascal LAUGIER
(13-14)

Dieu es-tu là ? Avouez que la réalisation en forme de couperet vous a coupé le souffle et participe pour beaucoup à l'ambiance décalée et nauséeuse du film. Débutons par les références : le film débute là où La dernière maison sur la gauche se termine, d'ailleurs on retrouve un thème cher à ce même Craven (Le sous-sol de la peur) et son côté "crade" de la première heure. Visuellement l'oeuvre est plus léchée, plus froide, plus pâle et bien plus maitrisée : on pense plutôt à Cronenberg... Mais Martyrs va beaucoup, beaucoup plus loin que les films sus-cités. Il est divisé deux parties vraiment distinctes, un récit à la brisure nette qui n'a rien de classique et surprendra le spectateur, guère habitué à ce genre d'oeuvres qui font semblant de s'achever au beau milieu du métrage. La première, plus attendue sans doute, brode sur le thème de la vengeance et du trauma extrême et intense, personnifié comme le fit d'une certaine façon Cronenberg dans Chromosome 3. La seconde partie est à la fois moins réussie car plus répétitive, paraissant trop poussive et démonstrative, manquante d'intensité dramatique, et pourtant elle va révéler la véritable nature de cette oeuvre qui, finallement échappe à toutes références ; à la fois lourd, fabuleusement dément et d'autant plus inhumain, le film expose un univers secret infâme, de ceux qui nous donne naturellement des frissons d'effroi, un univers qui éloigne soudainement toute la prétendue gratuité du film et dont l'idée dépasse merveilleusement la raison et justifie sans doute quelques longueurs. L'auteur nous fait donc découvrir les fondations de son film : l'homme à la recherche de Dieu, à la recherche scientifique de ce qu'il n'a pas le droit de connaitre, de réponses auxquelles il ne peut avoir accès (le suiccide final me semble clair), l'homme exploitant l'homme non plus pour la recherche médicale, mais pour une quête spirituel (?) vaine, comme un vulgaire rat de laboratoire (les richards qui paient ne cherchent-ils finallement pas qu'un simple "oui" ou "non", pour ensuite tourner les talons et trouver d'autres quêtes, ailleurs). Une ambiance abyssale qui ne peut que vous donner envie de réfléchir : pour un film d'horreur, c'est assez rare, non ? Abominablement démentielle et puissamment intelligent, dommage que les imperfections (rythme, dramaturgie) laissent quelques traces...

 

La critique des internautes
 



Après un premier film « Saint Ange » qui s’il bénéficiait d’un bon traitement visuel et d’une ambiance réussie trop sous influence , manquant de personnalité et peu compréhensible scénaristiquement , Pascal Laugier aura mis plus de 4 à se remettre de son premier et vient aujourd’hui avec un projet radicalement différent de son prédécesseur , un projet radical dans le fond et la forme , un projet qui se démarque totalement de la production hexagonale actuelle , pour faire simple je n’ai jamais rien vu de tel , une expérience unique , brutale , sauvage , radicale qui ne laissera personne indemne.
Meme si un caricaturé comme ça d’une certaine manière suite à son passage à la censure Martyrs n’est pas de ces films qui surfent sur la mode gore spectaculaire , Martyrs est déjà trop complexe pour se résumer au genre film d’horreur et bien que l’on soit face à un des films les plus éprouvants et traumatisant jamais vu Martyrs s’impose comme un film d’auteur , le film d’un cinéaste torturé qui témoigne ses démons intérieur à travers ce film.
Passé l’introduction du film Martyrs se transforme peu à peu en une œuvre viscérale , qui se vit et implique en permanence le spectateur émotionnellement d’où son impact énorme sur ce dernier , ce qui différencie une fois de plus le film des autres productions actuelles de genre c’est bien sur le scénario de Laugier qui est à la fois non dénué de rebondissements , cohérent de bout en bout , et qui recèle un vrai fond , des thématiques et des interrogations profondes qui tendent pour certaines vers l’essai philosophique (l'âme peut-elle transcender les limites du corps pour échapper à la souffrance ? , qui y’a-t-il après la mort ?)…Aussi l’histoire même telle qu’elle est peut-etre interprétée de plusieurs manières l’envie du réalisateur est celle d’un mélodrame sur la solitude , en ce point cela est juste bouleversant mais c’est aussi le constat d’une société en perte totale de valeurs…
Bref Laugier a blindé son film coté scénario ce qui déjà ne serait ce que de ce coté là rend nécessaire de nouvelles visions du film.
Mais on le sait un film de genre c’est en grande partie une affaire de mise en scène et sur ce point Pascal Laugier est impressionnant , sachant à la fois traiter la violence à l’écran avec ultraréalisme et une certaine distance qui évite de tomber dans le voyeurisme ou le spectaculaire gratuit , Laugier aussi une logique jusqu’au boutiste et filme tout ce qui lui semble nécessaire pour raconter son histoire , y compris les pires atrocités ( en atteste les 20 minutes finales sans le moindre dialogue , bluffantes de talent et tétanisantes sur la forme et le fond) , mais Laugier parvient aussi parfois dans les situations les plus extrêmes à installer du lyrisme et de la poésie à l’écran et procurer au spectateurs des larmes , cela est le fruit d’une mise en scène extrême associée à une Bo sublime et une photo magnifique. Il faut le dire niveau violence jamais il me semble on a osé aller aussi loin et en montrer autant pourtant dans Martyrs cette violence n’est pas gratuite , elle fait partie intégrante du film , elle n’est jamais jugée par le réalisateur jusqu’à un final inattendue qui plonge le film dans un tournant mystique qui instaure de la métaphysique dans le film et cloue le spectacle.
Le propos est encore plus riche , le film encore plus radicale et inclassable et le nombre d’interprétations encore plus grand.
A cela il faut ajouter le jeu des deux actrices principales tous simplement extraordinaires qui se fondent dans leur personnages et livrent des performances fragiles et douloureuses , Morjana Alaoui et Mylène Jampanoi habitent leurs personnages avec une rage et une frénésie qui laisse sans voix , pas de doutes ce sont deux révélations.
Martyrs est une claque monumentale, un film qui à coup sur fera date signé d’un metteur en scène qui a choisit de tourner le dos aux conventions pour faire son cinéma , le résultat est là , Martyrs est l’un des plus grand films de genre qu’il m’ait été donné de voir et d’ailleurs il s’affranchis du genre qu’il investit pour être un pur film d’auteur.


NOTE : 18/20

UNKUT