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Blade runner 2049
Budget = 150 M$
BOX OFFICE France = 3 030 / 63 881 - 545 000 - (1 224 000) entrées
BOX OFFICE USA = 32,8 / (91,3) M$
BOX OFFICE Monde = (256,8) M$
 

Total recall. Blade runner 2049 fait partie de ces films dont il suffit de voir deux plans, deux simples mais terriblement effaces plans, pour être happé sans rémission aucune jusqu'à la toute dernière image. Et il conviendra avant toute chose de saluer le travail esthétique et technique absolument irréprochable, presque divin, de cette "suite" qui tient du prodige. Car combien de chef-d'oeuvres ont-ils accouchés d'un autre chef-d'oeuvre dans toute l'histoire du cinéma ?? Pour faire simple : j'ai retrouvé l'âme du spectateur que je fus et qui, il y a tant d'années, découvris avec admiration, stupéfaction, une oeuvre qui allait le marquer à jamais. Et pour être plus précis : on y retrouve les mêmes lumières blâfardes, brumeuses, baveuses d'un monde rongé par la pollution atmosphérique et où seuls subsistent les rebus de l'humanité. Nos yeux détectent la même photographie tenant d'une espèce de Noir & Blanc légèrement colorisé ; exception faite pour l'antre de Wallace dont les couleurs chaudes nous rappellent que nous nous trouvons dans la nouvelle matrice du créateur, celui qui donne la vie. Vous ne ressortirez toujours pas indemne de l'ambiance sonore somptueusement retrouvée : entre le bruit d'une ville agonisante et surpeuplée et la musique électronique et glaciale qui semble devoir vous mettre en trance, il n'y a pas ici de place pour le silence, le repos de notre esprit. Et enfin, si les décors ont un rien évolué, ils restent ce labyrinthe de béton sans l'ombre d'un ciel et où le seul signe humanité parait être les publicités intrusives, colorées à l'excès et agressive ; des flashs au mileu de la misère, au milieu d'un dédalle inquiétant que, pourtant, l'on crève d'envie d'aller explorer. Un chef-d'oeuvre visuel incontestable, une réussite dans les moindres détails pour une oeuvre bluffante qui semble se connecter à vous 2h45 durant.
La puissance du scénario est englobée dans le développement de l'univers créé par R. Scott, et notamment de par les très nombreuses et terriblement excitantes innovations techniques qui nous sont présentés : de la naissance des répliquants jusqu'à la créeuse de rêves en passant par une multitudes de détails qui contribuent grandement à fonder un univers tangible et solide ; palpable. J'ai volontairement omis la plus importante de ces innovations puisqu'elle est au coeur de l'oeuvre et que nous y reviendrons plus bas. Le film de Scott y est également magnifié : en lui rendant hommage de par un rythme retrouvé, tout particulier, langoureux mais certainement pas lent, auquel Villeneuve et ses scénaristes ajoutent une touche personnelle prodigieuse et définitivement géniale : l'oeuvre reste parfaitement moderne, vive et merveilleusement évolutive.
Alors plongeons au coeur de ses thématiques. Car elles y sont doubles : thématique historique et thématique humaine -ou presque. La première réside dans ce fait nouveau : les répliquants ont tenté de prendre le pouvoir par la force -insurrection connue sous le nom de Black out- mais sans pour autant réussir à supplanter l'espèce humaine. La nouvelle révolution est cependant en route puisqu'on y apprend que ces mêmes répliquants sont à même d'enfanter, et donc de se hisser à la hauteur de leurs créateurs ; libérés de celui-ci, ils pourront ainsi se développer en parallèle, à volonté, et prendre le pouvoir si l'on considère leur puissance intrinsèque. En découle une enquête abyssale, pas très loin d'être messiaque étant donné que la recherche de cet enfant sera le salut de l'espèce
Il y a également une seconde thématique, moins globale et plus recentrée sur les personnages mais qui, à mon sens, fait définitivement basculer ce grand film parmi les chefs-d'oeuvres du 7ème art. Si cette fois il n'y a aucun doute sur l'identité du Blade Runner -c'est un répliquant de la nouvelle génération- son regard, et par conséquent notre propre regard sur le monde s'en trouve littérallement bouleversé. Tout d'abord bouleversé par l'apparition d'un éblouissante innovation : la conjointe virtuelle et numérique. Car cette mise en abîme du "robot" -il possède un ADN mais n'est pas tout à fait homme puisqu'il ne peut pas engendrer- avec cette personne irréelle donne tout son sens à l'existence même du répliquant en tant que personne. En singeant l'humanité, en épousant une créature encore moins réelle que lui, il se rapproche de ce statut suprême d'espèce humaine, d'être capable d'aimer, voir d'avoir une âme (?). L'apport de ce personnage, qui plus est sensible, touchant au plus haut point (on en tomberait presque amoureux... surtout sur la fin) est absolument ingénieux et d'une force sans commune mesure. Leur symbiose "physique" les transformant, lui, en homme sexué, elle en femme de chair et de sang. Mais ce n'est pas tout. Le film est irrémédiablement vu à travers les yeux de ce nouveau répliquant ; pas que par les yeux d'ailleurs. Car si le scénario nous fait quelques frayeurs à un moment donné, si les origines de cet androïde ne font guère de doute dans l'esprit du spectateur, on se rend compte, quand le fin mot de l'histoire nous est révélé, que le répliquant avait épousé la même théorie que la nôtre. Il en rêvait et y croyait tout comme nous le croyions (n'oublions pas que le film est inspiré d'un roman intitulé : "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques") et c'est à ce moment que l'identification est en parfaite symbiose. Nous sommes K !!! Enfin, le thème de la mémoire contribue -à tisser un lien ténu avec le film de 1982- à donner une dernière touche d'humanisme à K, thème dans le juste prolongement du film de Scott. Le doute induit par ces souvenirs, dont on ne sait trop s'ils sont réels, induit lui-même le doute sur la véritable nature de leur humanité. Et toute la profondeur de l'oeuvre réside ici.
D'ailleurs les personnages sont réellement tous attachants et les acteurs les transcendent à la perfection : R. Gosling endosse le rôle avec grâce et son jeu est d'une immense subtilité, J. Leto se rêvant en envoyé de Dieu est d'une grande justesse, H. Ford entre dans son rôle comme dans un gant, A. De Armas (l'épouse virtuelle) est la révélation féminine du film, et les seconds rôles -que ne sont pas tous des seconds rôles- restent exceptionnels (Luv est vraiment flippante, Mariette touchante à souhait).

Idylliquement respecteuse sans pour autant singer bêtement et fadement son instigateur, Blace runner 2049 est un balai cinématographique qui développe intelligemment son sujet, un poème qui répond parfaitement à l'original de par sa construction strictement parallèle / en miroir, de par l'évolution de sa réflexion et grâce au lien brillant qui nous est révélé. Réflexion sur l'humanité, sa fragilité, qui débouche sur une méditation sur l'âme tout en subtilité, refusant catégoriquement le didactisme. Le genre du film qui excerce une fascination immédiate et dont on ne ressort pas vraiment...
Voilà toutes les raisons pour lesquelles Blace runner 2049 entre dans la cour des grands. Des très, très grands.

NOTE : 19-20 / 20

La critique des internautes
 

 

NOTE : - / 20

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