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Au nom de la terre
Edouard BERGEON
Budget = 5,4 M€
BOX OFFICE France = 824 / 87 441 - 472 000 - (? 000) entrées
BOX OFFICE USA = - M$
BOX OFFICE Monde = - M$
 

Une fiction sortie au moment où les drames ravages tant de corps de métier...
Ce que j'ai ressenti à la vision de ce film ? C'est avant toute chose -ce que dicte sans doute le titre- un Amour pour cette terre qui nous nourrit, amour magnifié par de larges plans en "scope" et des cadrages traduisant de la part du cinéaste une véritable vision. J'ajouterais, puisque c'est encore trop rare dans le cinéma français actuel, que j'ai été absolument subjugué par la photographie et sa symbolique : les intérieurs du foyer, les moments heureux (les années 70, l'anniversaire) sont soulignés par des éclairages chaleureux, avec toujours une lumière orangée pour éclairer ce petit monde, comme une lueur d'espoir ; à l'inverse les extérieurs sont froids, baignés de gris, autant que les moments de dépit ou de drame. Le spectateur devient par la force des choses un membre de cette famille, autant qu'un témoin au plus proche de ce qu'ils vivent et, surtout, ressentent.
Mais l'oeuvre ne serait qu'une sublime enveloppe sans le récit, cette description passionnée et passionnante d'un monde que, finalement, nous connaissons assez mal, les enjeux complexes d'un métier (les normes, l'obéissance à la loi du marché, les enjeux financiers, etc...), les évolutions d'une vocation qui se trouve de plus en plus régulée, pensée par des gens loin du terrain. Le film met en fait, et en exergue, les limites d'une société et de sa folie : elle ne peut se passer d'agriculteurs, d'éleveurs, mais a transformé le métier de façon à le contrôler, le rendre moins humain, grignoter par les problèmes usurier. Les politiciens (?) l'ont transformé en une passion ingrate et dont les sacrifices dépassent de loin la raison : sacrifices professionnels (les obligation induites par la concurrence et l'économie de marché), moraux (faire manger le peuple à bas prix, coûte que coûte), personnels (la mise en danger de sa propre santé) ou familiaux (ce dramatique et bouleversant choc des générations).
C'est par la grâce de personnages tout simplement humain, d'une famille comme toutes les autres, que le film vient s'enquérir de notre émotion ; à ce titre le scénario développe intelligement le rôle des enfants). Et le film est bien aidé par le prestation d'un G. Canet qui fait froid dans le dos, vous tire la larme lorsqu'il se met à pleurer ; je ne saurais également omettre l'une des dernières scènes où A. Bajeon m'a carrément pris aux tripes.
Sans pathos aucun, Au nom de la terre se révèle être d'une puissance désespérée, d'un réalisme cru même si teinté d'espoir, comme un cri du cœur, un appel à l'aide, une voix pour faire entendre au monde celle d'une profession que l'on entend trop peu, étouffée par les difficultés. Plus largement, le film est d'une justesse incroyable quant à décrire avec amour la détresse, l'histoire d'une déchéance, celle d'un homme rongé par un système capitaliste devenu fou et absolument inhumain, quant à sonder l'âme humaine, le processus de destruction qui vous emmène de la dépression au suicide...
Au nom de la terre nous touchera tous, à notre niveau, tous ceux en tous cas qui, de par leur histoire personnelle, ont pu vivre des moments plus ou moins douloureux : et c'est sans doute cette universalité qui en font une très grande oeuvre. Le papa d'Edouard Bergeon serait extrêmement fier de son fils.

La critique des internautes
 

 

NOTE : -/20

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