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Les proies

Budget = 10,5 M$

BOX OFFICE France = 1 346 / 28 895 - 177 000 - (362 000) entrées
BOX OFFICE USA = 0,2 / 3,2 / 10,6 M$
BOX OFFICE Monde = (22,8) M$
 

Un homme parmi les femmes, en pleine guerre de Sécession. Voici un film soigné, aux décors parfaitement mis en valeur par une photo léchée, habilement réalisé par une auteure relativement sage mais usant joliment de l'espace mis à sa disposition et des regards qui se croisent ; et tout particulièrement lors des scènes dialoguées. L'histoire de ce qui reste d'un pensionnat sudiste accueillant par charité chrétienne un soldat yankee blessé : ce petit microcosme féminin, isolé, se trouvera profondément bouleversé par cette arrivée masculine, cette intrusion exacerbant nombre de désirs enfouis, allant même jusqu'à, non pas remettre en cause l'autorité, mais prendre la place centrale d'une mécanique trop bien huilée, mécanique strictement dirigée par Miss Martha. Parabole assez intéressante qui pourtant s'enlise quelque peu, effleurant son sujet avec sans doute trop de finesse, de parcimonie, avançant par de trop petites touches avant d'embrasser à son propos et, étrangement, passant trop vite sur l'essentiel (la naissance de "l'amour" entre le caporal et Edwina, par exemple) ; les intentions troubles du soldat n'étant pas toujours bien mises en valeur. Il s'agit en fait d'un film symbolique -dont le décor guerrier n'est jamais innocent-, celui d'une société perturbée par la venue d'un étranger, d'un inconnu, d'un autre que soit, seulement différent en apparence (dans le cas présent le soldat et les femmes sont tout autant privés des plaisirs de la chair, et d'autant plus troublés...), étranger suscitant les peurs aussi bien que les curiosités, la menace autant qu'une forme de désir ; de toute manière sa présence déclenche un dérèglement à la fois des règles établies et d'un quotidien un peu trop ronronnant. Le dérèglement d'un joli néant, d'une apparente pudeur qui débouchera sur un drame.
Formidablement porté par le casting le film garde pour lui ses deux (ou plus ?) niveaux de lecture et un enrobage vraiment très abouti : mais pour ma part il manque grandement d'intensité.

La critique des internautes
 

Les proies est un film sur le temps qui coule et la répression sexuelle.
En revanche, non sur une répression passive de la sexualité, c'est un film sur la castration et l'impuissance, à se réaliser, sur le désir réprimé et à affirmer son identité, de femme libre ou d'homme libre. Tout ce film est parsemé de symboles, tu l'as vu, dans le cadre, l'image, les gestes, les objets et la mise en scène. La maison est vu comme une entité vivante, cachée dans la forêt, symbole de la Mère, comme l'eau du puits. La nature est là pour cacher, préserver mais aussi pour camoufler les faux semblants.
A l'instar de la fille qui passe le film à voir avec sa longue vue, appendice sexuel masculin pour mieux voir comme un troisième œil, le film parle du manque de l'élément masculin: le père et le mari. Ces femmes vivent comme une famille selon le modèle de la société moderne patriarcale, imposée par le système puritain anglo-saxon, l’époux en domination sur sa femme et ses enfants, en l’absence, Nicole Kidman joue le rôle du père autoritaire, brutal, actif, elle prend un pistolet et chargé en plus et évidemment camoufle mal son désir de femme que sa fonction pousse à surjouer un rôle qu'elle ne supporte guère, elle passe tout le film à s'appuyer sur la Règle, le Devoir et comme une élève, demande un livre d'anatomie quand elle va opérer Colin Farrell, pareil pour le soigner.
Kirsten Dunst est la fille de la ville, du Sud, un monde révolu car si tu as vu le film Autant en emporte le vent ou lu le roman de Margaret Mitchell, derrière les corsets et le puritanisme, le Sud est un monde ou la femme pouvait administrer un domaine, vivre seul, hériter et même travailler.
Comme Nicole Kidman, son mari est mort à la guerre, on suppose, mais elle n'est pas l'éperdue romantique, oh non, elle joue l'élément maternel dans la famille, ou la fille aînée,
sur l'affiche du film, elle regarde le spectateur, elle camoufle ses désirs mais elle est la femme cérébrale, humaniste et elle est la seule qui voit et regarde avec le cœur sans calcul.
Les chroniques du cinéphile dit qu'elle est transparente, c'est totalement faux, elle nous guide dans ce monde ou personne n'est vraiment ce qu'il dit être, même elle d'ailleurs que la vie a mis dans ce pensionnat pour enseigner à des enfants à être de bonnes mères. Elles sont seules, elles sont vulnérables, elles s'ennuient mais uniquement en apparence. Elles sont fortes, mangent bien car les villes sont affamées et assiégés et se suffisent à elles même. Elles ont le feu au cul comme disent joliment les critiques du web et de la presse mais pas que cela, dans un monde qui meurt et ou l'apologie du monde moderne est la guerre à tous les niveaux, économique, familiale et sexuelle, dans une dualité ou il faut jouer son rôle de mère et d'épouse et assumer la fonction d'autorité, elles sont vivantes et libres dans leur cage dorée. Dans une société en déliquescence et qui étouffe, malgré elles, elles ont trouvé une stabilité. Instable, prêt à rompre mais l'équilibre reste, la fin du film le montre.
Les personnages des filles sont peut-être stéréotypées, la délurée attirée par l'Homme, l'amoureuse de la nature, l'intello et la naïve, elles sont les caricatures que la société masculine impose aux femmes pour les mettre dans leurs rôles à jouer. Ce que montre le film c'est que ce désir de jouir, castré par la société, finalement dans ce refoulement, se sublime et ces femmes et jeunes filles arrivé à trouver une forme de liberté, qui peut être lasse et résignée comme le couple Nicole Kidman/ Kirsten Dunst, le dernier plan montre la main de Nicole Kidman qui tient la chaise ou Kirsten est assise,dans ce monde qui s'écroule, elles ont trouvé un équilibre de transmission, de savoir.
Colin Farrell est le personnage masculin le mieux écrit de la filmo de Sofia Coppola. Comme dans les contes de fée, il est trouvé sous un arbre dans les bois par l'amoureuse de la Nature, de la forêt, donc de la Mère, il fuit la guerre, symbole de la société moderne qui se met en place, brutal et patriarcal. Il la fuit car c'est sa sensibilité féminine qui l’abîme et le ronge, à l'instar de ces femmes il est une victime et un vaincu de cette société ou il ne trouve pas sa place, c'est cela que Kirsten Dunst ressent et l'attire. Il fuit le père, brutal et autoritaire ce cette guerre qui le pousse à verser le sang et tuer, il aime la Nature et les animaux, il aime jardiner, il aime créer et donner la vie non détruire. Or, il est plein de culpabilité, de désir refoulé et inassouvi, il est beau mais délicat, poli, charmant, conciliant avec chacune, l'anti- Clint Eastwood qui joue de sa séduction masculine, chez lui elle est imperceptible, dans la nuance, l’ambiguïté. Il trouve refuge auprès le ces femmes, aimantes comme des mères et trois fois durant le film il soumet l'idée de rester avec elles pour toujours.
Or la force de Sofia Coppola dans sa mise en scène est le renversement total de la situation, il n'est pas dangereux cet homme, dés le premier jour Nicole Kidman l'a compris.
Or, ces femmes charmées par ce soldat vaincu, à leur merci, comprenne que c'est le petit garçon qui veut rester ici auprès de ses «mères». Le point culminant du film est le moment ou il dit vouloir embrasser le personnage de Kirsten Dunst et aller dans la chambre de Elle Fanning, c'est un acte manqué et raté, il voit

Nicole Kidman comme un homme, brutale et autoritaire, Kirsten Dunst comme une mère et amie qui le comprends mais en qui il s'identifie, il ne s'aime pas et se méprise ne serait ce que par son statut de fuyard et faible et lâche car les maris sont soit morts en héros à la guerre soit en train de combattre. Il est castré, impuissant et dans un rôle inconscient de petit garçon qui veut rester à la maison maternelle pour toujours. Il rate son acte d'amour et de virilité en choisissant la pucelle d'ailleurs mais avec sa canne en prévenant toute la maisonnée qu'il va dans cette chambre provoquant le drame qu'il recherchait inconsciemment. Ce qui est paradoxal c'est en le castrant, Nicole Kidman lui donne ce qu'il veut, rester en invalide pour toujours chez elles et en affichant son impuissance aux yeux de tous là ou les brumes de la forêt pouvaient encore cacher ce qui était indicible.
Sa colère est une colère caricatural et surjouée, la tortue qu'il jette est un acte pathétique, sa colère contre le père Nicole Kidman qui envoie l'une des filles mettre un ruban bleu au portail, il lui dit qu'elle est lâche, non car elle sait qu'elle a affaire à un enfant, non un homme et qui ne s'en prendra pas aux enfants malgré la scène dans la grange.
Il joue le rôle du loup, de l'homme brutal que la société attend de lui et Kidman le sait et donc joue la maîtresse de maison en lui promettant ce qu'il désire rester ici et être le «maître».
Dunst s'offre à lui mais c'est un sacrifice expiatoire, elle a compris que il n'est pas son sauveur et que par cet acte au grand jour elle va rendre jalouse Kidman. La scène du repas ou finalement elle ne prend pas les champignons est une capitulation, elle jouait la compagne de Farell mais revient à sa famille et ses enfants, que ce soit celle qui a cueilli les champignons qui lui dit avec un regard de remerciement de tous est révélateur, elle a fauté mais elle est absoute et pardonnée par tous. Son sacrifice n'est pas vain.
Le personnage de Colin Farell meurt pathétiquement mais en posant dans son cercueil parmi la famille en photo d'époque dans le dernier plan, il meurt en héros de guerre et en rédemption, dans la mort, il est devenu pour la postérité un Homme.
Pour la part, c'est un prix de la mise en scène mérité et le film le plus abouti de Sofia Coppola.

David S.