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The revenant (Alejandro G. INARRITU)

Adeptes d'un montage "cut", passez votre chemin : The revenant n'est pas pour vous. Comment parler de cette oeuvre sans évoquer les deux choses qui font son immense force : son visuel et sa thématique. Car n'ayons pas peur des mots : si le film ne restera peut-être pas inscrit parmi les plus grandes oeuvres du 7ème art (mais il réclame une seconde vision, assurément), sa réalisation tient tout simplement du chef-d'oeuvre incontestable, absolu, tant il s'agit d'un travail d'orfèvre et de génie. Depuis le tourbillon des premières scènes, de très longs plans, quasiment séquences, qui courent au travers de l'action (un peu comme si Inarritu faisait le lien avec son travail sur le sublime Birdman...), qui nous plongent dans le film comme rarement et dans cette sauvagerie dont on va reparler, jusqu'à des scènes qui resteront à jamais gravées dans notre mémoire (celle de l'ours, je pense fera date : j'ai jamais vu quelque chose d'aussi époustouflant, bluffant et d'une sauvagerie sans nom). Inarritu nous gratifie d'un travail magistral, écrasant comme la nature qui laisse son empreinte sur toute l'oeuvre, un travail à la géométrie parfaite (Cf. les plans en contre-plongée, montrant les combattants sous d'immenses arbres). De plus toute l'oeuvre est illuminée (d'une lumière naturelle) et renversante, d'une beauté unique : à la fois celle de la nature et sa mise en avant par le travail incroyable effectué par le directeur de la photo pour exposer cet environnement d'exception. Je perd mes mots à vouloir décrire ces images et n'ai pas assez de connaissance en peinture pour pouvoir comparer ce que j'ai vu avec quoi que ce soit d'existant. Un chef-d'oeuvre visuel entièrement dédié à la gloire d'un Far West cru et cruel autant que d'un réalisme mémorable. Beauté formelle de chaque instant, magnificence qui ne nous lâchera jamais tout au long du film : si bien que l'envie me prend de le regarder sans le son. Ce qui serait vraiment dommage étant donné que la musique et ses violons conviennent parfaitement à notre immersion dans cette sauvagerie et la bande son est telle que j'intime tous les futurs spectateurs à y être particulièrement attentifs.
Le thème ? Le film nous interroge constamment quant à savoir qui du blanc américain, du soit-disant "sauvage" indien ou de la nature elle-même est le plus sauvage. Dans ce film, au-delà de cette violence, c'est la mort qui rôde à chaque plan, dans chaque scène : les cadavres, les fantômes ; mort qui, à l'image des rêves du héros, semble finalement apaisante. En mêlant différentes influences (Délivrance, Danse avec les loups, Mission, Le convoi sauvage et, pourquoi pas Le territoire des loups) il entend démontrer que la violence est partie intégrante de l'univers : seules les motivations diffèrent... Violence pour survivre, violence vengeresque, violence animale. Un film extraordinairement puissant, allant au rythme de la nature (l'eau des ruisseaux, plan qui ouvre et ferme le film, représente clairement le temps qui passe ; dans l'une des dernières images, l'homme passe dans le temps...). C'est un survival movie extrême (les conditions climatiques, l'environnement naturel et humain hautement hostile, l'état physique du héros et sa situation psychologique), une film d'aventure à l'état pure, une espèce d'antithèse absolu de Indiana Jones où seul plane la lithurgie fantasmatique indienne. Une oeuvre à la gloire de la nature toute puissante -nature et nature humaine-, pas forcément novatrice dans le fond, pas forcément très surprenante, pas tellement émouvante, mais formellement parfaite, et par ailleurs portée par un L. Di Caprio et un T. Hardy au sommet de leur art. Une oeuvre à la puissance inouïe, impressionnante comme trop rarement le sont les oeuvres de cinéma.