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Captain Fantastic (Matt ROSS)

On part avec Walden et on croise Sal Paradise et quelques autres... Ce film absolument brillant est la preuve incarnée que l'on peut très bien ne pas être en accord à 100 % avec l'idéologie d'une oeuvre mais la respectée au plus haut point tant ses qualités intrinsèques en font un objet unique et à part.
Tout d'abord, à la vision des premières images, je me suis dit qu'un tel film ne pouvait pas parler à une majorité de personnes ; cette population américano-mondiale se faisant caresser à rebrousse-poil, bien assise dans son confort aussi bourgeois qu'inutile et pesant, asservis d'objets aussi nombreux qu'inutiles, avachis idiotement et se nourissant, pire s'instruisant littéralement devant leurs pseudos divinités télévisuelles. Tout ça pour dire que ce film part en guerre avec justesse et sans compromis contre notre abrutissante société de consommation, civilisation O combien absurde qui fait de nous des assistés désarmés, "faibles contre les puissants". Et ce film a même le culot d'être réflexif, intelligent et de parler de... littérature, de philosophie, de science !
Il est traversé de scènes magiques (le concert nocturne par exemple), renouant avec l'esprit des beatniks (et non pas celui moribond et vide des hippies), cherchant à nouveau la place de l'homme dans la nature, se confrontant intellectuellement avec la civilisation moderne, celle éduquée par des écoles conformistes qui préfèrent assimiler plutôt qu'intégrer, celle des émissions TV avilissantes et bêtifiantes, la société du paraître. C'est un regard sur notre monde moderne et nombriliste par le prisme d'une famille différente ; un autre regard sur la "normalité" qui en devient comique par la force des choses. Mais le film ne s'arrête pas en route, bêtement idyllique et naïvement intelligent : il nous fait également part de ses doutes, celui des enfants, du père, évoque les limites de toutes idéologies, philosophies de vie. Mais il garde espoir avec comme seul et unique but : le respect, la recherche du libre arbitre.
Les personnages sont d'une puissance sans équivoque et le film est tout simplement traversé d'un souffle de liberté -pour ne pas dire libertaire, au sens noble du terme-, et de tolérance : le regard de ces gens sur notre monde est, certe, critique, mais il n'est jamais destructeur, ni celui de personnes essayant de changer les autres, il reste toujours positiviste ; et d'une grande ouverture d'esprit. Mais je le répète, même si l'on peut émettre des réserves sur tel ou tel point de détail tant l'oeuvre est riche d'idées et de pistes à explorer, son âme est fondamentalement bonne et c'est assurément un film qui restera.