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Non, ce film n'a pas la vocation de soulever le débat
sur l'homosexualité... Parce qu'il est ancré dans le temps
et parce que le fait est acquis. Par contre c'est un portrait juste, touchant
et à la fois repoussant, extrêmement réaliste et sensible,
pour ne pas dire vivace, non édulcoré et quasiment palpable
de l'Amérique profonde des années 70-80, par un réalisateur
taïwannais qui a vécu sa scolarité en Illinois. Car
tout le mérite lui revient : sa réalisation est intelligente
(la mise en parallèle du mouton laissé seul et éventré
et celle de cet homme abandonné et assassiné), elle puise
sa force dans les paysages (la montagne de Brokeback est à la fois
un endroit de liberté, sans autres êtres humains, et une
métaphore des limites de la vie, les hauts monts brisant les regards,
empêchant de voir au-delà...), la photo est un peu sâle,
délavée et pourtant sublime, bien équilibrée
; et, enfin, la musique est une partition qui tient franchement du chef-d'oeuvre,
parlant directement à nos esprits. L'histoire ? Celle de 2 personnes
qui n'ont pu aller au bout de leur rêve, qui n'ont pu vivre la vie
qu'ils désiraient au plus profond d'eux-mêmes, à cause
du regard d'autrui, d'une société conservatrice et liberticide,
à cause d'une auto-censure que s'inflige l'un des héros.
Le plus bouleversant (pour l'hétéro que je suis, sans doute...)
restera la douleur que cette situation sociale fait vivre aux personnages
secondaires. |