Le
village |
(17-18) |
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Ne vous attendez à rien... seulement à
avoir peur ! Pas de révélations inutiles dans ces quelques
lignes (elles ne vous serviraient à rien de toutes façons...),
seulement l'analyse très technique d'un film également très
technique qui va merveilleusement à contre-courant des grosses
productions actuelles, le réalisateur-scénariste se concentrant
plus sur des personnages qui seront, eux, la vraie révélation
du film. Tout d'abord le sujet : une communauté repliée,
isolée et en danger (le propre du film d'épouvante), une
oeuvre où la nuit à grande importance, où l'on nous
parle d'inconnu et d'inconnus - l'autre étant celui dont on ne
veut rien apprendre. Le cadre idéal. Et le film est lancé
: une intro qui aborde d'abord la dramaturgie du film (le danger) et,
ensuite, présente les personnages, afin de plonger le spectateur
dans le vif du sujet sans lui épargner la psychologie nécessaire
à son adhésion. Car Shamalyan est avant tout un scénariste
de génie : il sait comme personne déplacer notre centre
d'intéret et nous berner, il crée la surprise là
où on l'attend le moins, élague l'héroïsme à
la manière d'un Hitchcock,
trouve le parfait équilibre entre la description (la dure vie de
la communauté) et l'action (l'effroi), crée la peur cinématographique
la plus épurée qui soit, sait être stressant et hautement
intense. Il brode des personnages forts, toujours au bord d'une certaine
folie inhérente à leur mode de vie, sans doute, des personnages
campé par des acteurs investit, ayant foi. Shamalyan est également un prodige derrière la caméra ; un sens du cadrage foudroyant (comment ne pas le voir !) qui vous colle le nez à l'écran en multipliant les plans intrigants mais jamais grossiers (la découverte des animaux morts), en innovant pour mieux rebondir dramatiquement (la scène de crime est une leçon de cinéma), en abordant ses contre-plongées avec prudence et ingéniosité (dans les bois, il laisse le spectateur les yeux rivés au sol, sans échappatoire). A ceci s'ajoute une musique (Newton) qui explore le cadre à la manière des personnages, brise les a priori musicaux du genre, se plait à innover et à rompre des rythmes donnés pour y intégrer d'infimes bruits environnementaux. Et on ne passera pas sous silence le montage carrément brillant qui, au moins à 2 reprises, devient le moteur du suspens en inversant malicieusement l'histoire sans le laisser paraître... Notons, enfin, les couleurs et les lumières du film, thématiquement jaunes, qui participent à ce sentiment mélé de claustrophobie et de panique invisible. Une oeuvre à l'atmosphère poisseuse qui, finallement, parle beaucoup plus de mensonge que d'autre chose et qui a le seul défaut de se conclure, moralement, 3 minutes trop tard. Mais je sais que d'autre ne manqueront pas d'être déçus bien avant celà ; dommage, je pense qu'ils ratent quelque chose d'important. |