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Videodrome

David CRONENBERG
(17-18)

Un des films les plus puissants de son auteur et des plus réussis. Une vision de l’emprise télévisuelle et une vision sado-masochiste de notre rapport avec ce média ; un choc visuel et mental. Ne serais-ce qu’au niveau visuel, la photo charnelle et étouffante, orangée et rouge, les corps sujets à toutes les métamorphoses, les mutilations (le héros qui passe sa main dans l’ouverture béante de son ventre, sa main qui « absorbe » son revolver, un type qui explose…). Cronenberg, évitant les débordements sanglants, aime à parler de viande, de chair sans âme, sa réalisation est très racée, il y a tant de signification derrière ses mouvements lents, larges et si douloureux parfois. Et ses plans fixes et contemplatifs qui rendent mal-à-l’aise. Un film visuellement violent et pénible, aggressif et jouissif. Alors la critique de notre univers télévisuel va se trouver être encore plus cinglante : votre « ami » est votre pire ennemi, nocive, sexuelle, violente, gargantuesque, elle vous détruit de l’intérieur telle une drogue, vous lui appartenez, croyez en elle. Chocantes ses scènes voyeuristes de sado-masochiste très snuff… mais vous ne détournerez jamais le regard, attiré comme une mouche… oui, le héros du film, c’est vous, spectateur ! Admirez ces métaphore de l’homme fouettant son maitre, de l’homme magnétoscope qui absorbe les images directement, de l’homme qui absorbe la violence d’une arme comme partie de lui. Décrypter c’est adoptez le point de vue de cet auteur toujours très en avance sur son temps, très réfléchi et intéressant ; son film est à l’image de notre monde : absurde, extrème, méchant, violent et complaisant. Merci à Trevor Jones et à Woods pour leur composition respective et sans faille.