Editorial
Filmographies
Le coin fantastique
Mail
Liens

 

Seven

David FINCHER
(19-20)

Fantastique ? Oui. Car on veut se persuader que cet être abject ne peut exister. Et puis fantastique comme étrange, comme thriller psychologique très dérangeant. Mais avant tout un film qui marque les vrais débuts d’une carrière prometteuse pour Brad Pitt (cf. l’évolution de son jeu entre le début du film et la fin), la confirmation pour Fincher : c’est un type bourré de talents et qui va devenir l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire. Et, enfin, l’étonnement pour ce scénariste nouveau venu qui refera parler de lui.Passons à l’analyse et mettons nous d’accord : si cette œuvre atteint un pareil niveau c’est qu’elle est imbibée d’une violence omniprésente (celle d’un constat social, du quotidien des flics, celle du meurtrier, celles des images) ; mais cette horreur n’est jamais gratuite, elle est atrocement logique (respect quasi clinique de la visualisation du métier de flic…), de plus elle fait naitre d’étranges sentiments, refoulée d’habitude par un rire ou un certain recul ; ici aucun échappatoire, le scénario nous sert le cou jusqu’à l’étouffement, le film est vécut intensément et de l’intérieur. Pourquoi ? Prace qu’ici tout est diégétiquement plausible, bien plus que dans n’importe quel polar. La vie des personnages s’anime, elle s’étoffe et nous la ressentons bouger (une vie de couple presque banale, des flics fort bien esquissés … le meurtrier en ressort d’autant plus irréelle). Ensuite la photographie, fortement imprégnée de noir et blanc, glauque, humide, qui fini de vous étouffer, force notre regard, nous implique directement, nous attire par sa « beauté du mal ». Elle se ressert sur nos « héros », participe à faire basculer leur vie pour s’aérer vers la fin ; les ombres représentaient nos points négatifs et la lumière vient éclairer la haine des protagonistes afin que l’on ne sorte pas intacte du film. Les dernières images, très, très pessimistes, sont d’ailleurs nocturnes ; on imagine cette chose atroce : la vie futur de Miller (folie, remors, solitude dépression). Un terrifiant cercle vicieux. C’est un film qui parle à chacun de nous, individuellement, grâce aux caméras de Fincher, leur filmages en petites touches vicieuses et délicates, invisibles mais qui nous vont droit au cœur, réalistes et puissantes (la poursuite : les écoles de cinéma la reprendront à loisir),irréelles et démentes lorsque le film bascule en même temps que la vie du héros. La scène finale regroupe tout cela, elle transforme la vision de ce film en cauchemar. Le scénario est l’appat ultime de ce film : un jeu de piste effrayant où l’ennemi peut ce trouver n’importe où, à tout moment ; une narration qui va à l’encontre de tout les clichés habituels, lorsque le criminel se dénonce de lui-même au milieu du film (comme pour dire que la police ne l’aurait jamais trouver) et rend l’intrigue encore plus pernicieuse. La bande son rapproche les images de nous (la pluie couvrant les voies, le grésillement des fils à haute tension,le fourmillement de bruits familliers à peine audible mais présent…on s’y croirait). Les décors constituent une véritable prouesses : présents mais anonymes comme la non-identification de la ville, étouffants, menaçants, organique, tels des veines asséchées, maladifs, souffrants, agonisants, indélébiles. Howard Shore fait, encore, un boulot impresionnant et quasiment subliminal. Ajoutons les seconds rôles, les maquillages et vous obtenez un film d’auteur tout public, osé, plus qu’efficace et loin de ce qu’Hollywood fait habituellement.