Seven |
(19-20) |
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Fantastique ? Oui. Car on veut se persuader que cet
être abject ne peut exister. Et puis fantastique comme étrange,
comme thriller psychologique très dérangeant. Mais avant
tout un film qui marque les vrais débuts d’une carrière
prometteuse pour Brad Pitt (cf. l’évolution de son jeu entre
le début du film et la fin), la confirmation pour Fincher : c’est
un type bourré de talents et qui va devenir l’un des plus
grands réalisateurs de l’histoire. Et, enfin, l’étonnement
pour ce scénariste nouveau venu qui refera parler de lui.Passons
à l’analyse et mettons nous d’accord : si cette œuvre
atteint un pareil niveau c’est qu’elle est imbibée
d’une violence omniprésente (celle d’un constat social,
du quotidien des flics, celle du meurtrier, celles des images) ; mais
cette horreur n’est jamais gratuite, elle est atrocement logique
(respect quasi clinique de la visualisation du métier de flic…),
de plus elle fait naitre d’étranges sentiments, refoulée
d’habitude par un rire ou un certain recul ; ici aucun échappatoire,
le scénario nous sert le cou jusqu’à l’étouffement,
le film est vécut intensément et de l’intérieur.
Pourquoi ? Prace qu’ici tout est diégétiquement plausible,
bien plus que dans n’importe quel polar. La vie des personnages
s’anime, elle s’étoffe et nous la ressentons bouger
(une vie de couple presque banale, des flics fort bien esquissés
… le meurtrier en ressort d’autant plus irréelle).
Ensuite la photographie, fortement imprégnée de noir et
blanc, glauque, humide, qui fini de vous étouffer, force notre
regard, nous implique directement, nous attire par sa « beauté
du mal ». Elle se ressert sur nos « héros »,
participe à faire basculer leur vie pour s’aérer vers
la fin ; les ombres représentaient nos points négatifs et
la lumière vient éclairer la haine des protagonistes afin
que l’on ne sorte pas intacte du film. Les dernières images,
très, très pessimistes, sont d’ailleurs nocturnes
; on imagine cette chose atroce : la vie futur de Miller (folie, remors,
solitude dépression). Un terrifiant cercle vicieux. C’est
un film qui parle à chacun de nous, individuellement, grâce
aux caméras de Fincher, leur filmages en petites touches vicieuses
et délicates, invisibles mais qui nous vont droit au cœur,
réalistes et puissantes (la poursuite : les écoles de cinéma
la reprendront à loisir),irréelles et démentes lorsque
le film bascule en même temps que la vie du héros. La scène
finale regroupe tout cela, elle transforme la vision de ce film en cauchemar.
Le scénario est l’appat ultime de ce film : un jeu de piste
effrayant où l’ennemi peut ce trouver n’importe où,
à tout moment ; une narration qui va à l’encontre
de tout les clichés habituels, lorsque le criminel se dénonce
de lui-même au milieu du film (comme pour dire que la police ne
l’aurait jamais trouver) et rend l’intrigue encore plus pernicieuse.
La bande son rapproche les images de nous (la pluie couvrant les voies,
le grésillement des fils à haute tension,le fourmillement
de bruits familliers à peine audible mais présent…on
s’y croirait). Les décors constituent une véritable
prouesses : présents mais anonymes comme la non-identification
de la ville, étouffants, menaçants, organique, tels des
veines asséchées, maladifs, souffrants, agonisants, indélébiles.
Howard Shore fait, encore, un boulot impresionnant et quasiment subliminal.
Ajoutons les seconds rôles, les maquillages et vous obtenez un film
d’auteur tout public, osé, plus qu’efficace et loin
de ce qu’Hollywood fait habituellement. |