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Le septième sceau

Ingmar BERGMAN
(19-20)

Voici certainement l'un des plus beau film du 7ème art ; en tous les cas le plus abouti, le plus proche d’une certaine perfection, celle que l’on pourrait définir ainsi :
Esthétique : la photo en noir et blanc accentue tout les contrastes, les contre-jours, elle met en valeur les ombres et les lumières, les fumées et les visages (encore mieux que celle déjà extraordinaire de « Pépé le Moko »). Le noir et le blanc prennent des teintes si harmonieuses et « coulantes » qu’on a presque l’impression de voir un film en couleur. Bergman fait travailler sa caméra et l’esprit du spectateur avec la même force, avec la même fascination : tous les paysages sont vus et rendus de façon à étonner, à inquiéter le spectateur, son sens de l’image et du cadrage allié à des mouvements éclectiques et précisement étudiés suivant un certain symbolisme (le film me semble même très moderne de ce coté là) finissent de nous transporter et d’évoquer tant de choses en nous. Toutes les sensations des personnages sont ainsi présentes en nous avec force, chaque millimètre d’écran est d’une importance capitale pour le réalisateur. Et puis les décors et costumes, la reconstitution de l’époque (médiévale) sont d’un réalisme troublant, on a peine à croire que ce film est contemporain ; on dirait une ancienne peinture. Tout ces détails renforcent l’impression de dépaysement, d’intrusion, à la fois dans la vision de l’auteur, dans un monde fantastique et dans un époque révolue dont on serait les témoins privilégiés. Irréelle et réaliste !
Artistique : Tout d’abord les acteurs, au jeu parfait et servis par des dialogues sur mesure, qui font passer aussi bien le rire, l’inquiétude, la fascination, l’amour, la tendresse… ils sont indissociables de la réussite de l’œuvre ; et ne me dites pas, messieurs, que vous n’êtes pas tomber follement amoureux de Bibi Andersson. Ensuite le scénario, une réflexion très poussée, intellectuelle mais jamais ennuyeuse sur la croyance, la mort et la fatalité. Le tout dans un cadre mystique et un univers maladif (la peste, à l’époque), de peur, de fanatisme. Un double rôle pour le grand Max Von Sydow : celui de l’esprit qui joue aux échecs (et sa vie) avec la mort elle-même, et celui du corps qui erre et cherche, l’amour, la joie…etc. Son valet représente l’incrédulité, un personnage terre à terre, défenseur des plus faible. La femme représente la beauté, la finesse, l’amour et l’espoir (seule sa famille survivront dans l’espoir de repeupler le pays). Le mari est un réveur : il a des visions, des visions très réalistes. Le forgeron et sa femme représente une forme indélicate d’amour. La femme du chevalier est le but de toute existence : venir mourir auprès de ceux qu’on aime. Tout cela serait bien pompeux si Bergman n’avait pas apporté à son film l’humour, agréable, réussi et reposant et, quelques images après, une peur toute humaine, ancrée en nos esprit depuis la nuit des temps ; le moindre geste, le moindre signe est amené à nous transmettre une peur indéterminée et fascinante à la fois ; et le film de parler à notre âme. Ainsi la scène où les pestiférés se flagèlent pour implorer le pardon de Dieu alors qu’ils sont entourés d’hommes vétus de noir et blanc, où encore quand le chariot de la famille d’acteurs est prit dans un horrible orage dans une sombre forêt et, enfin, quand la mort vient chercher dans la chomière ces hommes et femmes ; autant de scènes intenses, terrifiantes et émouvantes que seul le cinéma semble pouvoir nous procurer. Apothéose du film : la musique ; troublant, le cœur a presque du mal à suivre ses envolées dominantes. Nous voilà dominer par une œuvre, une œuvre qui nous apporte une jouissance à 24 images / secondes jusqu’au final… inoubliable.