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La piel que habito
Détails du film sur InCiné

Pedro ALMODOVAR
(12)

Un chirurgien traumatisé et idéaliste teste une nouvelle forme de peau, plus résistante, sur un cobaye humain. Ce qui parait être un pitch de série B qui aurait pu voir le jour dans les années 50-60 ou un bel hommage au sublime Les yeux sans visage est en fait un film... de Pedro Almodovar. Mais pas pour le pire cette fois ! Le sujet est complètement ailleurs et les apparences sont carrément trompeuses : ce n'est pas un idéaliste... La domestique qui en sait plus qu'elle ne veut bien le dire, le fils un peu débile et complètement obsédé, la prisonnière un peu trop douce, le docteur qui cache un lourd secret et tant d'autres personnages secondaires qui se grefferont sur la trame et prendront leur importance, les liens les unissant tous étant au centre du récit ; l'intrigue est totalement centrée autour d'eux, autour d'un drame qui n'est pas forcément celui auquel on croit. C'est un scénario très ambitieux, non chronologique, qui ménage un twist étonnant, le plus polar des Almodo, tout en traitant des thèmes qui lui sont chers, notamment le sexe, le viol et les relations compliquées parents / enfants. Un exercice scénaristique brillant mais desservi par un montage parfois inutilement brouillon, plus bordélique qu'intriguant (la volonté du scénariste de déstructurer le film est un peu poussive), rappelant les premières oeuvres du monsieur, un "Almodovar" plus centré sur le scénario et dont la réalisation est anodine, mais surtout une oeuvre qui, enfin, intègre judicieusement les obsessions de l'auteur : les déviances sexuelles découlent ici d'une véritable logique scénaristique et pas d'une pulsion gratuite et débile, signature semble-t-il obligatoire d'un espagnol sur-estimé. Le petit côté -illusoire encore une fois- syndrôme de Stockholm renforce la puissance du film (d'où la légèreté de l'acceptation...). Ce sera finalement une version moderne et libérée du mythe de Frankenstein, une version tordue où le docteur (spoilers !) crée non pas pour se prendre pour Dieu, mais pour se venger, avant de tomber amoureux de sa créature, créature qui, comme dans tout bon film de genre, se retournera contre son créateur. Un film riche, complexe et passionnant qui me réconcilierait presque avec Pedro.