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Phantom of the paradise

Brian DE PALMA
(19-20)

Le film CULTE. Mais commençons par le commencement : le scénario. Si le titre fait (seulement ?) penser au livre de Gaston Leroux et ses multiples adaptations, il n’en reste pas moins que l’œuvre englobe tous les thèmes majeurs de l’histoire du cinéma fantastique et de la littérature. Tout d’abord la légende de Faust ; en rapport avec l’histoire même du compositeur, incluant celle de Phoenix et de Swan (qui vend réèllement son âme au Diable) et au thème de sa sonate. Puis l’histoire du célèbre Portrait de Dorian Gray couplé à l’histoire de Swan qui, modernisation oblige, ce doit de regarder une bande magnétique pour ne pas vieillir ; la destruction de cette même bande entrainera sa perte. Enfin, et pour en revenir au titre du film, le « fantôme » hante bien le Paradise, en y semant terreur, mort et amour. Et quel magnifique histoire d’amour dramatique… Deux dernières références directes: l’une à Frankenstein (celui de Whale) lors d’une représentation et le compte y est : découpage de cadavres, construction, orage… le tout sous forme burlesque et théatrale. L’autre à Hitchcock, le maitre spirituel de De Palma, sous forme parodique et franchement très réussi : la scène de douche de « Psycho » qui plus est ! Pour finir signalons aux petits malins un clin d’œil au film « Le cabinet du Dr Caligari » lors de la résurrection de Frankenstein et un parallèle évident que l’on peut faire entre Swan et Dracula : un homme au charisme monstrueux qui exploite et saigne les artistes, il vit dans le noir, c’est un suppot de Satan et il a un assistant. Mais le scénario n’est pas que références froides, d’abord parce qu’il réussi une symbiose parfaite entre tous ces thèmes –et ça tient franchement du miracle, une prouesse à ce jour jamais inégalée- et ensuite grâce à la force psychologique qui se dégage de tout les personnages (la détresse intense de Winslow qui perd l’œuvre de sa vie et la femme de sa vie – la naïveté terrifiante de Phoenix – l’excentricité absolu de Beef – les qualités musicales incroyable du groupe – la méchanceté sans limite de Swan pour sauver sa vie…), au mélange prodigieux de comédie musicale, de comédie tout court, de fantastique, de terreur, de romance et de délire qui rendent ce film unique. Chaque chanson pourrait être un hit, la parodie des Beach Boys est imparable tout comme les morceaux aussi variés que réussis et qui colle à l’oeuvre, ce qui constitue un atout suplémentaire à cette œuvre hors-norme ; merci Mr Williams pour cette œuvre unique mais inoubliable. Pour les plus accros : avez-vous remarqué l’erreur qui s’est glissé dans une image du film (lorsque le « fantôme ressucité » revient chercher l’assassin en caméra subjective, on ne voit que ses manches… différentes d’un plan à l’autre !).
Tout n’a surement pas été dit -une thèse universitaire s’impose- mais il reste la vision de l’auteur : le coté comic book de l’arrestation, de l’emprisonnement et de l’évasion de Winslow, le sens imparable du spectacle. Passons, donc, à la réalisation : De Palma n’a jamais, dans toute sa filmo, autant montré l’incroyable étendue de ses talents, de ses capacités et de son ingéniosité ; chaque plan est une merveille pour les yeux. Autant dans la prouesse technique de l’évasion, l’ampleur du final, le split screen, la multi-angularité choisi à bon escient pour les apparitions dansantes de Phoenix, la frénésie du fantôme avant de sauver celle qu’il aime en donnant sa vie, la mort électrique de Beef, j’en passe et des meilleurs. Bref, nous avons là un vrai éventail de technicité et de capacités de recherche visuel utilisé intelligemment. Un véritable mixeur qui permet à la sauce image de se fondre en une délicieuse nourriture pour les sens. Et pour ce film, de manière certes mais justement démonstrative, De Palma fait mieux que son maitre-à-penser.
Ajoutons les acteurs, tous chanteurs improvisés, qui prêtent leurs images à ce film, pour tous la seule trace dans les anales de leur mince carrière. Des décors à la hauteur des ambitions affichées, mais nous en avons parlé : le paradise est une parfaite symbiose entre l’opéra et la boite de nuit, le studio et le in-vivo –carton-pâte et marbre, esthétiques et pastels. On s’y sent bien dedans. La photo, sombre, est l’ultime pièce du puzzle, elle donne à notre vision cette aspect « hors des temps » et décalé.
Une dernière chose tout de même : indescriptible, invisible et inimaginable, un petit quelque chose envoutant, une recette magique bien gardée, un « truc » qui vous prend aux tripes, vous arrache les larmes, vous font l’effet d’une drogue. Un petit quelque chose sans nom qui fait de cette œuvre la … plus réussie de l’histoire du cinéma. Et si c’était tout simplement du talent.