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La passion du Christ

Mel GIBSON
(10-11)

Le but de toutes critiques de ce film n'étant pas d'en connaitre la réelle qualité mais bel et bien de savoir si oui ou non il est anti-sémite, on va commencer par là. A une époque où, dans certaines régions reculées, loin de Rome, le pouvoir romain était suffisamment frêle pour se plier à certaines exigences des dirigeants régionaux (ici, religieux : les grands prêtres du temple, cités dans la Bible), Gibson n'a fait que donner une interprétation plausible, à demi-personnelle, de la culpabilité, non pas du peuple juif, mais de certains juifs haut placés et décisionnaires ; une poignée d'entre eux, suivis par certains et reniés par d'autres (n'a-t-on pas trop vite oublié ces juifs qui aident Jésus ?). Car le film me semble limpide : si la décision est dictée, si Ponce Pilate plie contre son gré (mais il est clair qu'il avait tout pouvoir -risqué, certes- de relâcher le prophète ; d'ailleurs il le dit), la longue scène de flagellation, torture abusive et hautement démonstrative (la scène de la croix est presque pire...) est conduite par de pures légionnaires ROMAINS. N'a-t-on tout simplement pas effectué une "interprétation" de l'interprétation afin de polémiquer autour d'un sujet qui crée toujours de stupides polémiques infondées ? La Bible ne donne-t-elle pas le même rôle aux prêtres et aux romains ? Bien sûr que si ! Je crois que l'on confond une fois de plus un peuple avec ses représentants, grave erreur qui conduit, elle, au racisme et à la ségrégation. Gibson n'a fait que prouver sa (trop ?) grande foi.
Au fait : le film en lui-même n'est pas très bon du tout. Entre couleurs criardes que ne renierait pas un Joel Silver, et grammaire cinématographique d'un réalisateur qui s'est énormément appauvrit en l'espace d'un film (Cf. les longues minutes de métrage montées dans une ralenti faussement dramatique), on assiste à une oeuvre en rien novatrice sur le sujet, hors mis qu'il lui insuffle -caressant les cathos dans le sens du poil- lourdement sa verve sur l'agonie d'un symbole du christianisme. Au mieux un film gore light (ça choquera mémé !) pseudo-réaliste, au pire un film mythologique lourd, démonstratif, décapant, assez joli et avec de grands moments.