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L'odyssée de Pi
Détails du film sur InCiné

Ang LEE
(13-14)

Le livre de Yann Martel aurait peut-être dû être adapté par J-P. Jeunet, l'un des premier réalisateur sur les rangs... Je m'explique : si la réalisation nous emporte immédiatement de par son mouvement perpétuel, ses petites recherches visuelles toutes en transitions et en petits traits fins et soulignants, si les images sont totalement magnifiques (avec une petite tendance excessive, très indouiste d'ailleurs), si l'histoire est vraiment incroyable et nous sort merveilleusement de l'ordinaire, Lee n'a peut-être pas eu assez de personnalité pour creuser plus profondément le sillon. Symboliquement ma principale critique négative de cette oeuvre se trouve dans sa 2ème partie : on y évoque tout d'abord la recherche spirituelle d'un enfant, par delà les traditions de son pays : il découvrira 3 grandes religions -et l'athéisme de son père- et les embrassera ; cela se nomme le syncrétisme, mot que le scénariste se refuse à employer comme pour signifier que le film est destiné à un large public. Et ce sentiment ne me quittera pas : on y amorce de sages réflexions sur la croyance / science mais sans avoir le temps de les développer un tant soit peu ; le film perd sans doute la saveur intellectuelle du livre que je ne l'ai PAS lu : c'est une simple impression) de par sa transposition moins littéraire, ôtant précisions et sombrant dans le "résumé". Pourtant le film est une complète réussite : je m'attendais tout simplement à mieux. La troisième partie traite du respect de la vie et de la survie, elle est sans aucun doute la plus passionnante, virant délicatement de bord pour aborder le fantastique sous la forme d'une île (qui possède la forme d'une femme) qui pourrait bien être une représentation de Dieu : ce qu'il donne le jour (des parents, un foyer, des biens), il le reprend la nuit (la mort, la perte). Et même si l'on est pas en accord avec cette interprétation (pour ma part Dieu nous laisse libre et n'a pas droit de citer dans notre destin ; il est notre canne pour affronter les épreuves de la vie), si l'on peut également se rappeler -pour les non croyants sans doute- qu'il est dit que le personnage confond le rêve et la réalité, ce moment du film permet enfin de laisser plus libre le spectateur à toutes interprétations du récit. La 1ère partie, celle où le personnage raconte son histoire à l'écrivain sans lui imposer d'y croire, n'est qu'un fil d'Arianne, une tactique scénaristique pour laisser souffler le spectateur. Cette odyssée est à prendre au sens premier du terme : il nous est conté une aventure monumentale, visuellement éclatante (quoique les effets ne m'aient qu'à moitié bluffé, le numérique restant "saccadé" : tous ne sont pas aussi parfaits que ceux autour du tigre) qui nous collera le nez à l'écran. Mais à la fin du film j'ai personnellement été décontenancé, imaginant n'en avoir vu qu'une moitié (le temps passe très, très vite, effectivement) et restant un peu sur ma faim, ne sachant que conserver de cette petite fable humaine qui passe trop rapidement sur l'étude des religions, ne laisse que l'ombre de Dieu planer sur l'histoire, nous laissant une impression d'inachevé, de manque de profondeur, d'oeuvre où il ne reste, à la fin, que de superbes images et un fantastique timide. Pas vain, mais pas assez profond : est-ce que le sens visuel de Jeunet couplé à son exigeance artistique n'aurait pas permis au film de dépasser ses limites et... durer une heure de plus ? Devenir une "Odyssée de la mer" un peu plus moderne au niveau du rythme ? On ne le saura jamais.

 

La critique des internautes