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Eraserhead

David LYNCH
(19-20)

C’est vrai : ce film peut paraître longuet aux amateurs de navets speed et chiants, alors je leur dirais, pour peut qu’ils comprennent, que c’est une œuvre d’auteur, expérimentale et emphatique et qu’il faut donner beaucoup de soit pour l’apprécier, s’y plonger dedans et n’en plus sortir ; une étude pointilleuse des comportements extra- et intra-humains. En clair Lynch a su parfaire une créativité débordante au travers de personnages loufoques, dont on aimerait bien qu’ils ne ressemblent qu’au voisin, et de situations incompréhensibles que l’on ne fait que ressentir profondément. Oui, vous avez bien lu : INCOMPREHENSIBLE ! Et c’est ce qui fait toute la force du film : on est totalement immergé dans un monde inconnu qui, pourtant, par bien des aspects, rappelle les peurs que nous inspire le notre, urbain, pollué, manufacturé, difforme. Comment oublier les images du poulet cuit qui crache du sang en gros plan, la vieille qui fume clopes sur clopes dans un rocking-chair, l’histoire d’amour déplacée et maladive et, surtout, le bébé lombric dont on se demande encore s’il n’est pas vrai…
Le noir et blanc s’impose pour décrire cette ville proche d’une métropolis glauque. Les acteurs sont parfaits dans leur rôle respectif : caricatural et blême pour le couple, malades et déjantés pour les parents, saugrenue pour la voisine. Une œuvre complète et fascinante de part son ambiguité et son incongruité. Lynch prend déjà partie pour les monstres humains, métaphore de nous-même, et les place dans un univers adéquate, le sien. Et la folie de l’auteur éclate de part en part, au moindre texte, dans la moindre parcelle du scénario et de l’écran. Et c’est une main experte qui manie la caméra avec attention afin de mieux balader notre esprit sur les sentiers chaotiques du cinéma lynchien. Sordide et magnifique ? Sombre et tordu. Affreux et attirant. La langue française manque de mots pour décrire la perturbation qui s’est installée dans nos âmes à la vue de cette perle du 7ème art.