Eraserhead |
(19-20) |
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C’est vrai : ce film peut paraître longuet
aux amateurs de navets speed et chiants, alors je leur dirais, pour peut
qu’ils comprennent, que c’est une œuvre d’auteur,
expérimentale et emphatique et qu’il faut donner beaucoup
de soit pour l’apprécier, s’y plonger dedans et n’en
plus sortir ; une étude pointilleuse des comportements extra- et
intra-humains. En clair Lynch a su parfaire une créativité
débordante au travers de personnages loufoques, dont on aimerait
bien qu’ils ne ressemblent qu’au voisin, et de situations
incompréhensibles que l’on ne fait que ressentir profondément.
Oui, vous avez bien lu : INCOMPREHENSIBLE ! Et c’est ce qui fait
toute la force du film : on est totalement immergé dans un monde
inconnu qui, pourtant, par bien des aspects, rappelle les peurs que nous
inspire le notre, urbain, pollué, manufacturé, difforme.
Comment oublier les images du poulet cuit qui crache du sang en gros plan,
la vieille qui fume clopes sur clopes dans un rocking-chair, l’histoire
d’amour déplacée et maladive et, surtout, le bébé
lombric dont on se demande encore s’il n’est pas vrai… Le noir et blanc s’impose pour décrire cette ville proche d’une métropolis glauque. Les acteurs sont parfaits dans leur rôle respectif : caricatural et blême pour le couple, malades et déjantés pour les parents, saugrenue pour la voisine. Une œuvre complète et fascinante de part son ambiguité et son incongruité. Lynch prend déjà partie pour les monstres humains, métaphore de nous-même, et les place dans un univers adéquate, le sien. Et la folie de l’auteur éclate de part en part, au moindre texte, dans la moindre parcelle du scénario et de l’écran. Et c’est une main experte qui manie la caméra avec attention afin de mieux balader notre esprit sur les sentiers chaotiques du cinéma lynchien. Sordide et magnifique ? Sombre et tordu. Affreux et attirant. La langue française manque de mots pour décrire la perturbation qui s’est installée dans nos âmes à la vue de cette perle du 7ème art. |