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Elephant man

David LYNCH
(19-20)

Deuxième film, deuxième chef-d’œuvre de l’un des plus grands. Difficile de parler de ce film sans en escamoter toute la magie…et puis vous avez déjà tout entendu. Tant pis, je me lance : la scéne d’introduction, inoubliable, inénarrable, met le ton –le film est signé- nous sommes en présence d’une œuvre dans le plus beau noir et blanc qui soit, expressionniste comme le furent des dizaines de film dans les années 30-40, à commencer par le travail de Kurt Courant pour « La bête humaine ». Un film rare, unique, étrange, inestimable et incontestablement beau, dans tous les sens du terme, par un virtuose, intelligent, de la caméra, lui-même magnifiquement servi par le montage et, c’est le principal, le sujet, porté par un scénario exemplaire. Un film noir, dramatique au point d’en être parfois insoutenable, vécut de l’intérieur par un monstre de foire auquel on finira par s'identifier. Parce que Lynch ne fait pas que montrer de beaux plans, ambigus, saugrenus et incongrus, il ne sombre jamais dans la gratuité, dans la facilité ou la fausse subtilité ; il utilise intelligemment son savoir faire à des fins certes stylistiques mais mise au service de l’émotion, atteignant une pureté et une dignité naturelle rare. Son caractère s’adapte à tous les propos : l’onirisme, la perversité, l’amour, l’ignominie et le tendresse. Elégance, exploitation de la photo et des décors, des ombres et des lumières, des contrastes, Lynch impose ses visions aux spectateurs, personnalisant la moindre parcelle d’écran, la moindre profondeur de champs, les moindres mouvements de sa caméra, et tous celà au service de son incroyable personnage principal. Bien aidé par son scénario, toute l’atmosphère victorienne à l’époque de Jack, et la mise en valeur de cet être meutri dans sa chair et dans son âme auquel est adjoint un message fabuleux de respect et, surtout, de tolérance. Anti-raciste (l’œuvre complète de Lynch ne l’est-elle pas ?), plein d’amour mais jamais naïf ou simplet, le scénario fait aimer ce monstre et détester les humains (pas tous) qui l’entourent et l’exploitent. Et puis il y a cette scène incroyable parmi tant d’autres : celle où l’on fait payer des badauds pour voir l’homme-éléphant, où des putains vont jouir d’une expérience unique, où on le saoule et le fait danser sans pudeur aucune ni peur puisqu’il ne peut rien faire d’autre qu’assister à ses moqueries… Comment ne pas serrer les poings devant une telle violence psychologique qui vaut bien toutes les scénes gores du cinéma. Enfin, n’importe quel acteur peut s’agenouiller devant la performance de Hurt… qui en fera d’ailleurs les frais. Un classique parmi les chef-d’œuvres incontestables. Un film qui ne nous tire pas les larmes des yeux… ce sont les yeux qui pleurent tout seuls.