Elephant
man |
(19-20) |
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Deuxième film, deuxième chef-d’œuvre
de l’un des plus grands. Difficile de parler de ce film sans en
escamoter toute la magie…et puis vous avez déjà tout
entendu. Tant pis, je me lance : la scéne d’introduction,
inoubliable, inénarrable, met le ton –le film est signé-
nous sommes en présence d’une œuvre dans le plus beau
noir et blanc qui soit, expressionniste comme le furent des dizaines de
film dans les années 30-40, à commencer par le travail de
Kurt Courant pour « La bête humaine ». Un film rare,
unique, étrange, inestimable et incontestablement beau, dans tous
les sens du terme, par un virtuose, intelligent, de la caméra,
lui-même magnifiquement servi par le montage et, c’est le
principal, le sujet, porté par un scénario exemplaire. Un
film noir, dramatique au point d’en être parfois insoutenable,
vécut de l’intérieur par un monstre de foire auquel
on finira par s'identifier. Parce que Lynch ne fait pas que montrer de
beaux plans, ambigus, saugrenus et incongrus, il ne sombre jamais dans
la gratuité, dans la facilité ou la fausse subtilité
; il utilise intelligemment son savoir faire à des fins certes
stylistiques mais mise au service de l’émotion, atteignant
une pureté et une dignité naturelle rare. Son caractère
s’adapte à tous les propos : l’onirisme, la perversité,
l’amour, l’ignominie et le tendresse. Elégance, exploitation
de la photo et des décors, des ombres et des lumières, des
contrastes, Lynch impose ses visions aux spectateurs, personnalisant la
moindre parcelle d’écran, la moindre profondeur de champs,
les moindres mouvements de sa caméra, et tous celà au service
de son incroyable personnage principal. Bien aidé par son scénario,
toute l’atmosphère victorienne à l’époque
de Jack, et la mise en valeur de cet être meutri dans sa chair et
dans son âme auquel est adjoint un message fabuleux de respect et,
surtout, de tolérance. Anti-raciste (l’œuvre complète
de Lynch ne l’est-elle pas ?), plein d’amour mais jamais naïf
ou simplet, le scénario fait aimer ce monstre et détester
les humains (pas tous) qui l’entourent et l’exploitent. Et
puis il y a cette scène incroyable parmi tant d’autres :
celle où l’on fait payer des badauds pour voir l’homme-éléphant,
où des putains vont jouir d’une expérience unique,
où on le saoule et le fait danser sans pudeur aucune ni peur puisqu’il
ne peut rien faire d’autre qu’assister à ses moqueries…
Comment ne pas serrer les poings devant une telle violence psychologique
qui vaut bien toutes les scénes gores du cinéma. Enfin,
n’importe quel acteur peut s’agenouiller devant la performance
de Hurt… qui en fera d’ailleurs les frais. Un classique parmi
les chef-d’œuvres incontestables. Un film qui ne nous tire
pas les larmes des yeux… ce sont les yeux qui pleurent tout seuls.
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