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Le dernier exorcisme

Daniel STAMM
(13-14)

Le concept ? Celui de la désormais fameuse sorcières de Blair : une caméra légère à l'épaule, des acteurs parfaitement inconnus pour ne pas faire "fiction", des FX hyper-réalistes, un budget proche du néant et un aspect global très documentaire façon faux snuff movies italiens de la fin des 70's. Voilà qui va parfaitement avec le thème de l'exorcisme bien que ça sente à plein nez le film à la mode qui enrichit à mort ses producteurs, type Paranormal activity. Mais pourtant ce film n'est en rien ce qu'il parait être, ni un film d'épouvante, ni une oeuvre "in", ni un vrai-faux documentaire, plutôt un vrai-faux documentaire qui sert un propos réflexif et, lui, quasiement documentaire, presque médical : l'étude d'une région pauvre américaine, une région encore plongée dans le symbolisme religieux et les croyances moyenne-âgeuses. Et le film est réellement brillant sur ce plan : un personnage assez charismatique, prêtre qui plus est, entreprend une croisade contre le fanatisme religieux de l'Amérique profonde en allant pratiquer un faux exorcisme sur des personnes convaincues par la présence du Diable. Le prêtre incrédule, l'envoyé de Dieu en qui ils ont une confiance naïve va mettre à mal leurs croyances au seuls yeux des spectateurs, ou plutôt, dans ce cas, leurs superstitions. Mais quand l'exorcisme est pratiqué et que le démon se manifeste encore, ce sont les croyances du prêtre qui risquent de basculer... alors comment surprendre le spectateur qui a déjà assisté de son côté à tant d'exorcismes cinématographiques ? En étant plus craspec, moins cinégénique, en touchant à des sujets graves (le viol et surtout l'inceste), en mettant en doute nos propres croyances visuelles, en crachant sur une Amérique, minoritaire, profonde et au catholicisme écervelé et en réservant quelques surprises visuelles. La "science" serait-elle plus puissante que la religion, demande le film de façon sous-jacente ? Finalement dans ce film prêche contre l'intolérance et le fanatisme celui qui, par sa croyance au Démon le fait entrer dans les foyers de ces pseudo-croyants. C'est osé, brillamment exposé, violent, cru, intense et définitivement surprenant et à contre courant du genre dans le sens où ce film n'est pas ce que l'on croit qu'il est : un film sur l'Amérique de la chasse aux sorcières, cette Amérique qui oublie de se regarder en face ; une oeuvre qui traite du thème de la croyance sous toutes ses formes. En ce sens le final n'est pas à la hauteur, une scène de producteurs où une conclusion médiocre qui sacrifie son sujet à l'efficacité et n'apporte rien, voir dément la démonstration précédente. Et pour une fois le titre français, à double sens dans cette langue (le dernier en date et l'ultime) avait une vrai saveur et une authentique intelligence. Etonnant.