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Cria cuervos

Carlos SAURA
(19-20)

L’intrusion du passé et du futur dans des évènements présent avec tant de réalisme et de crudité justifie à elles seules les tendances inavouées de ce film. Certainement l’une des œuvres les plus émouvantes qui est été faite ; cette impression, à travers le regard d’une fillette, de la mort et du remord est proprement bouleversante. Il suffit que la délicate musique s’installe (un chef-d’œuvre à elle seule !) et notre cœur fini de souffrir. Il y a dans cette œuvre tout un pan de cinéma vérité sud-européen, toute la cruauté du monde artistique ibérique, cette façon de parler de la mort comme d’une compagne qui nous tient par le main… un cinéma pure et dure aux couleurs fades, à l’atmosphère froide, un cinéma d’auteur loin des blockbusters. L’histoire de cette fillette perdue et lunatique est troublante : perdue dans un présent qui n’est plus le sien, tiraillée par l’amour fou de sa mère, décédée, et la haine de son père. Une fillette adulte qui et parle avec la mort, la mort de sa mère. En fait ce film évoque une sorte de dérangement mental : celui qui fait vivre un être appartenant au passé dans notre propre présent de façon bien réel, comme un trait que l'on aurait ou que l'on ne voudrait pas tirer. Grandiose et ceci sans emprunter les chemins larmoyants du mélodrame. De plus la réalisation participe à nos émotions de par ses cadrages et ses mouvements très directs, son étude de l’espace filmique monodimentionnel (présent-passé-futur). Simple, subtil, froid et implacable. Ces visages, ces sons, cette musique (elle nous hantera jusqu’à la mort). Une étude psychiatrique et sociologique… mais je ne suis pas assez qualifié.