Editorial
Filmographies
Le coin fantastique
Mail
Liens

 

Assassin's creed

Justin KURZEL
(8-9)

Un film qui s'effondre comme un beau château de cartes. Je suis le premier -vous le savez très bien- à jeter mon dévolu sur ces films qui, l'air de rien, développent un second niveau de lecture, au-delà de ce qu'ils semblent avancer innocemment : Assassin's creed semblait être de cette trempe là. Sauf que... Sauf que pour une fois j'aurais souhaité une oeuvre bien plus simple, qui ne se mord pas la queue et s'assume pleinement en tant que blockbuster / actioner / film d'aventure sans prise de tête. Car pour se prendre la tête avec d'intelligentes notions, encore faut-il a minima les maîtriser... Si le concept est profondément original (pour qui ne connaît pas le jeu vidéo dont le film est tiré... moi !) et ne peut qu'être salué bien bas, si nous sommes en présence d'un très beau film, qualités techniques sur lesquelles nous reviendront, le scénario est de toute évidence, et ce dès les toutes premières minutes, le talon d'Achille du projet. Tenter de mettre fin au concept du péché originel, concept catholique s'il en est, ne suffisait sans doute pas, alors les scribouillards y ont inclut une nouvelle notion : la suppression du libre-arbitre. Eradiquer le Mal inhérent à l'homme aurait sans doute été trop "simple", alors il fallait approfondir... Le problème c'est que "péché" et "libre-arbitre" sont deux choses très distinctes, et que supprimer le libre-arbitre chez l'espèce humaine (d'ailleurs on ne sait trop comment ils allaient occuler ce "code génétiques") n'empêche nullement celle-ci de faire le mal : mais simplement de choisir de le faire ou de ne pas le faire. Les assassins, mûs par un destin, seraient restés des assassins, sans rémission aucune. Et là on pourrait causer théologie / philosophie durant des heures, mais nous ne sommes pas là pour ça. Deuxièment : la fameuse pomme est précieusement gardée par un musulman ; ce que les scénaristes ignorent sans doute c'est que de pêché original il n'y a pas en Islam, et la présence de ce faux trésor (relique pourrait-on dire) laissent quelques questions en suspens. Des détails dans l'histoire ? Non : il s'agit de l'assise du film, sans quoi celui-ci vascille. Et tombe.
Mais le scénario est en lui-même un terrifiant brouillon d'où rien de tellement bon ne ressort : un début trop rapide, des seconds rôles esquissés (les autres assassins / prisonniers, le père et la mère), des scènes ubuesques, soit parce qu'incompréhensibles, soit parce que farfelues (la fin est un sommet du genre), et surtout des dialogues miséreux qui réduisent parfois l'oeuvre à une vulgaire série Z. Il en ressort que l'on se pose plus de questions qu'il ne pourra y avoir de réponses (comment les assassins infiltrent aussi aisément des Templiers sur leur garde ? Pourquoi l'endroit où se trouve finalement la pomme n'a-t-il jamais été fouillé en 500 ans ?). M. Cottillard, J. Irons et C. Rampling ne sont absolument pas à l'aise avec leur personnage respectif.
Pourtant techniquement il y a de la belle matière : la réalisation assez impressionnante de J. Kurzel m'a carrément surpris (l'emploi à bon escient des contre-plongées notamment), le montage est haletant, les décors somptueux, la photographie est splendide, les cascades pas assez nombreuses car réellement étonnantes et même originales, la bande-son sort également du lot. Il en restera une oeuvre duale, qui veut faire "genre" mais qui n'est que belle pour les yeux. Je n'oserais même pas dire trop ambitieuse...


La critique des internautes
 

Cela fait longtemps qu'on n'avait pas attendu une adaptation cinématographique de jeu vidéo avec impatience. Cela fait même longtemps qu'on a arrêté de croire aux miracles concernant ce genre de projet et pourtant avec "Assassin's Creed", on y croyait. Il faut dire qu'il y avait de quoi faire saliver : Justin Kurzel, le réalisateur du furieux "Macbeth" aux commandes, Michael Fassbender impliqué à la fois en tant qu'acteur et que co-producteur et puis l'envie du film de nous offrir de nouveaux personnages plutôt que d'aller fouiller du côté d'Altaïr ou Ezio. Force est de reconnaître que le résultat, loin d'être une purge totale, n'est pas non plus une grande réussite. Saluons l'ambition de Kurzel qui rend hommage aux jeux développés par Ubisoft avec des scènes d'action au rythme parfois trop saccadé dans le montage mais aux chorégraphies impressionnantes et brutales. Saluons aussi sa volonté de tourner le plus possible dans des décors réels et de pousser les acteurs à faire le plus de cascades possibles. Mais si la forme ne manque pas d'allure, soignée aussi bien dans le passé (poussiéreux et jaunâtre) que dans le présent (froid, sombre et bleuté), le scénario vient donner du plomb dans l'aile à ce saut de la foi fait sans grande conviction. En effet, "Assassin's Creed" déroule ses personnages et sa mythologie Spoiler:
en tâchant d'embrigader son spectateur dans le délire mais il souffre d'une construction bâtarde, typique des blockbusters de ces dernières années : un début ultra-laborieux (nécessaire mais tout de même), un peu d'action et surtout une fin totalement ouverte, laissant aux suites le soin de poursuivre une histoire qui n'a jamais été pensée pour fonctionner en elle-même. Certes, il est normal de penser aux suites et de glisser des pistes dans ce sens-là mais est-ce une raison pour nous balancer une fin bâclée et ouverte en se disant que tout sera expliqué par la suite ? Plus aucun gros divertissement américain n'est pensé comme une seule histoire qui fonctionne, chaque nouveau blockbuster semble nous dire "vous avez vu, c'était pas mal mais attendez la suite". Depuis quand le cinéma n'est-il pas capable de nous conter une histoire avec un début, un milieu et une fin en deux heures ? Surtout que si le film se casse la gueule au box-office, on n'aura plus jamais aucune raison de le revoir... Cette façon de faire frustrante et assurément marketing nous place donc au cœur d'un récit qui développe des enjeux creux et des personnages auxquels on aura du mal à s'attacher. Certes, Michael Fassbender est charismatique mais on se fout que son personnage parvienne à ses fins ou non. Certes, Marion Cotillard est troublante mais on se fiche de savoir ce qui la ronge. Certes, Jeremy Irons a la classe mais il ne fait rien d'autre que d'observer des scènes avec les mains dans les poches. On a beau sentir une ambition de tous les instants avec une histoire originale mais ancrée dans un univers familiers pour les fans du jeu, à aucun moment on ne s'y attache. Pire, on s'ennuie pendant plusieurs scènes. Jusqu'au moment où Kurzel se réveille pour filmer des scènes d'action survitaminées et rythmées par une bande-originale ébouriffante. Ce qui suffit à nous tenir en haleine sur la dernière partie du film mais qui nous donne surtout envie de rejouer aux jeux vidéos... Reste à voir ce que tout ce récit un peu creux donnera par la suite...

NOTE : 12/20

Benoit G.