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EDITORIAL d'AVRIL 2011

Question provoc' pour vous faire réagir : à quoi servent les femmes au cinéma ??? Cet édito fait suite à celui d'avril 2006 (!!!) puisqu'il appartient à la série "Femmes de cinéma" et il a seulement pour ambition d'être un constat généraliste mais significatif...

Jusqu'à il y a encore peu de temps les femmes étaient profondément cantonnés dans le rôle de l'épouse ou de la princesse à sauver ou encore de la potiche de service qui enjolivait l'écran et restait dans l'ombre du héros, forcément masculin. La femme est belle, la femme est une mère, c'est elle qui doit être séduite, elle ne doit pas se sâlir les mains ou faire montre de "masculinité". Ou alors elle a le rôle de la "pute" de service (révisez vos westerns !)... Pas évident de se faire une place à côté du gun de John Wayne, des muscles de Swcharzy, des mimiques de Carey, du verbe de Depardieu, des statures d'un De Niro ou d'un Nicholson !

Quelques femmes de tête ? Il suffit de compter le nombre de femmes réalisatrices avant les années 80 pour se rendre compte du rôle qui leur étaient attribué (relire l'article cité en introduction) ; devant la caméra ce n'est guère mieux. Je citais Mary Pickford et son rôle essentiel dans l'histoire du cinéma (la fondation du studio United Artist Pictures) ; mais ses rôles n'étaient-ils pas avant tout écrit par des hommes -j'avoue ne pas avoir vu les 250 films que compte sa carrière !- et n'étaient-ils tout simplement pas représentatifs du rôle de la femme dans la société de son époque ?

Soyons honnète : les héroïnes ne sont pas légion au cinéma et quand les femmes sont en tête d'affiche à quoi les cantonne-t-on ? Remember Ripley, Lara ou Alice : des femmes sur-vitaminées qui ne sont rien de plus que des hommes déguisés !

Connaissez-vous un rôle de femme au cinéma ou l'héroïne doit sauver son amoureux ? Si peu... Combien par rapport au nombre de film où le nom du mâle trône tout en haut de l'affiche ? Faudrait-il s'amuser à compter dans chaque film les minutes où apparaissent les femmes du casting et de l'autre côté les hommes pour se rendre compte du fossé qui les sépare encore ? Amusez-vous à lire les résumés de vos films préférés et notez qu'il est quasi systématiquement question d'un "il", d'un "un" ou d'un prénom masculin. Les listes d'interprètes débutent majoritairement par le nom de l'acteur mâle, surtout si celui-ci est une star (cherchez donc un film où Willis ou Cruise ne sont que les deuxièmes cités derrière une actrice !) ; il est par exemple assez étrange et significatif de voir que le casting de Lolita, et de son remake, ne débute pas par le nom de la... lolita ! Même Julia Roberts arrive après B. Pitt, M. Damon et G. Clooney dans le cast de la saga des "Ocean's" (le "and Julia Roberts" en fin de liste en dit long)... Ouvrez un dico des acteurs et vous verrez que les femmes ne représentent que 25-30 % des effectifs.

Phénomène extrêmement marqué dans les films de genre par ailleurs... films de guerre (les hommes font la guerre), d'horreur ou d'épouvante (avec l'invention des scream queens), les thrillers souvent (comptez le nombre de psychokillers poursuivant une femelle fragile), films de super-héros (les producteurs hollywoodiens ont toutes les peines du monde à monter des projets de super-héroïnes depuis les bides de Super girl, Catwoman, Elektra ou Ma super ex ; même les groupes de super-héros sont fortement masculinisés... trop risqué sinon ???) ou de science-fiction (Star trek par exemple, mais, hors mis Leia et Amidala, les femmes ne sont pas en force dans Star wars non plus).

Pire : les femmes vieillissent mal au cinéma, en général : les "vieux" sont encore capables de séduire de jeunes actrices, de se recycler dans des films d'auteur, des séries B (parfois Z) ou de faire des come backs héroïques (Space cowboys), mais les femmes ? Reléguée une fois de plus en arrière de la scène, dans des seconds rôles, de grand-mères, de voisines, d'amie où mise à la retraite forcée (phénomène peut-être plus américain que français d'ailleurs... quoique Annie Girardot ne serait pas d'accord...) ! Que deviennent Whoopy Goldberg, Mireille Darc ou Brigitte Fossey (à la télé !), Mia Farrow (elle bosse en France pour Besson), Glenn Close (narratrice de docu ou voix pour des cartoons), Claudia Cardinale, Sophia Loren ou Angelica Huston (cantonnée dans des seconds rôles, au mieux) ; est-ce la cinquantaine qui refuse à Demi Moore, Sharon Stone ou Meg Ryan des rôles d'envergure ?

Pourquoi les grands comiques ne se conjuguent pas au féminin : Charlot, Laurel & Hardy, B. Keaton, J. Lewis, De Funès, Hill / Spencer, Bourvil, Fernandel, Marielle, M. Serrault, Lhermitte, Jugnot, J. Pesci , R. Williams, J. Garcia, J. Carey, A. Sandler...etc pour quelques Whoopy ou Josianne. Pourquoi les grandes figues des éternels bad guys au ciné sont essentiellement masculines (ce n'est peut-être qu'un juste retour de flamme...) : R. Hauer, G. Oldman, Von Sydow, D. Pleasance, J. Palance, A. Perkins, K. Kinski, J. Irons, Karyo, Y. Brynner...etc. Pourquoi les costauds du 7ème art sont testéronés : Van Damme, Stallone, Schwarzenegger, Gibson, The Rock, N. Cage et avant eux J. Wayne, S. McQueen, C. Heston, Eastwood, Bronson...etc. Quels grands rôles ont marqués les femmes ? Femmes fatales, beautés hollywoodienne et immortelles, amoureuses éperdues, faire-valoir...

Inutile d'évoquer les cachets et leurs différences quand il s'agit d'un acteur ou d'une actrice...

On retrouverait un semblant de parité lors des grandes cérémonies (Oscar, César et j'en passe) puisqu'il existe les catégories féminines et masculines ; sauf qu'à y regarder de plus près, dans les autres catégories, ce sont une nouvelle fois les hommes qui dominent, les Oscar d'honneur sont très largement attribués à des hommes, idem pour les César (7 sur 10 sur la décennie 2000). Logique, hélas, et simple conséquence de tout ce que je viens de vous dire plus haut...

Bien sûr me direz-vous : il y a les réalisateurs qui aiment les femmes (Allen, Almodovar... et ?), une foultitude de beaux rôles écrit pour (parfois par) des femmes, des actrices renommées (Deneuve, Bergman et j'en passe) ; les exceptions qui confirment la règle ? Plutôt une façon positive de terminer cet article assez déprimant... n'est-ce pas mesdames ?

Je vous embrasse.