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EDITORIAL d'AOUT 2010

Quoi de mieux que le support du 7ème art pour évoquer le domaine du rêve et ses imbrications avec le réel ? A l'occasion de la sortie remarquée et remarquable d'Inception, voici un petit topo sur un genre qui n'en est pas un mais nous a offert des oeuvres plutôt... charismatiques ! Et pourtant : attiré le public dans les salles obscures pour leur parler d'un sujet aussi étrange et flou que le rêve ne se fait pas aussi aisément que les pousser sur le canapé d'un quelconque psy ! Le ciné pour s'évader : oui ; pour se faire psychanalyser : non ! Et c'est en cela que la sortie d'Inception est exceptionnelle, outre la qualité du film : c'est une oeuvre qui a su rassembler le grand public autour d'un sujet difficile, voir délicat à traiter, guère rassembleur et dont la bande-annonce annonçait pourtant clairement la couleur.

Je ne reviendrai pas dans cet édito sur la signification de chacun des films évoqués ni sur leurs implications mais les évoquerai d'un manière plus généraliste, en forme de tour d'horizon afin vous donner envie de découvrir certaines oeuvres, entre deux tours à la playa.

Première remarque, la qualité des films en question. Parler de la chose la plus abstraite qui soit n'étant pas donné à tout le monde (j'en veux pour preuve l'un des seuls ratage du genre, le remake Vanilla sky d'un bijou espagnol ; avec Au-delà de nos rêves de V. Ward) ce sont bien souvent les plus grands, les plus prometteurs, souvent les plus exigeants des artistes mondiaux, en tous les cas les plus ambitieux qui s'y sont frottés : combien d'entre nous sont-ils encore hantés par les rêves de Laura Palmer (Twin Peaks) ? Ou par les scénarii casse-tête de Lost highway & Mulholland drive ? Erasurhead n'est-il pas tout simplement un rêve éveillé de 1h30 ? Et d'ailleurs toutes les oeuvres de Lynch n'ont-elles pas attrait au domaine du rêve (sauf une...) ?
Voilà pour ce qui en est du maitre absolu en la matière ; poursuivons donc notre exploration (effleuration ?) de ces auteurs un peu "couillus" : priorité mensuel à Chris Nolan qui restera pour moi l'homme d'un chef-d'oeuvre d'écriture scénaristique : Memento, une plongée abyssale dans l'esprit humain qui n'est pas très éloigné de notre sujet ; cette nouvelle incursion en 2010 prouve non seulement que cet auteur est un petit génie (Cf. les deux reboot de Batman et le sublime Le prestige) mais un véritable auteur, à part entière, capable d'imposer des projets personnels et de transformer tout ce qu'il touche en or, tel un Golden Boy de la belle époque. Tant qu'on y est n'oublions pas de citer les deux oeuvres majeures de ce sous-genre qui feront toujours partie des plus grands films de l'histoire du cinéma : Fight club -Fincher n'est-il pas un maitre ?- & L'échelle de Jacob -Lynn : on aurait tort d'oublier cet auteur...- ; les critiques parlent d'elles-même je n'en rajouterai donc pas... Par contre je complèterai la liste par une pelleté de films dont l'ambition, ou celle de leur auteur, ne vous aura pas échappé, quelques films qui sauront vous immerger dans le rêve : Big fish de Burton (66,8 M$ de recette US ; 1,173 entrées), Le secret de Terabithia (82,3 M$ ; 1,037), Max et les Maximonstres (77,2 M$ ; 0,234), Neverland (51,7 M$ ; 0,501), Nocturna, Rêves... et les français Juliette ou la clé des songes et La nuit fantastique ; avares en songes les mangeurs de grenouilles ???
Ajoutons à cette liste des oeuvres qui ont été ou risquent d'être oublié du grand public : tel que le film de T. Singh -dont la carrière évolue encore en marge d'Hollywood-, à savoir son surprenant The cell dont le succès d'estime restera une énigme pour beaucoup d'entre nous (J-Lo ???)... Sans avoir à proprement touché au sujet, Cronenberg et ses réalités alternatives nous ont offert des films oniriques à la puissance évocatrice qui mérite le détour : Existenz et Le festin nu ne devraient pas vous laisser insensibles. Un petit mot afin de (re-) découvrir des films aux sujets de toutes évidences bien ancrés dans l'édito du mois : La science des rêves de Gondry ; Eternal sunshine of the spotless mind est sans doute mieux digéré...
Terminons plus légèrement avec une personnalité presque inconnu du grand public, le bon faiseur de série B à ses heures, Joseph Ruben, qui nous a pondu 2 oeuvres du genre qui émergent d'une filmo en dents de scie (Dreamscape, Mémoire effacée) ; à voir. Il existe bien sûr d'autres oeuvres, parfois moins connues ou dont ce n'est pas le sujet principal, mais je n'en dresserai pas une liste qui n'aurait pour défaut que d'être exhaustive...

Ce ne sont donc pas des oeuvres grand public, il est guère utile de chercher d'immenses succès au box office... jusqu'à Inception ! Sans, une fois de plus, vouloir analyser les chiffres de chaque oeuvre... D'ailleurs l'un des plus gros succès du genre au box office US revient au plus mauvais film d'entre tous : Vanilla sky ; et il faut bien avouer que derrière il n'y a pas grand monde sinon une poignée de succès d'estime (voir les films cités ci-dessus + Mémoire effacée : 67,1 M$ ; The cell : 61,3 M$ ; L'armée des 12 singes : 57,1 ; Au-delà de nos rêves : 55,4). Ah ! On me signale qu'il y a un certain Total recall qui a su se démarquer en 1990 : 119,4 M$ (et pas moins de 2 360 000 entrées françaises !!!)
Côté français, justement, les spectateurs ont peut-être jusqu'alors fait montre d'un peu plus de curiosité, sans pour autant déchainer les passions : Lynch s'en tire pas si mal (Mulholland drive : 846 000 entrées), comme une petite frange des films sus-cités, les français n'étant pas si cartésien qu'on veut bien le croire (Existenz : 622 000 entrées, Twin Peaks : 415 000, The cell : 524 000, La science des rêves : 570 000). Mais submerge également quelques oeuvres qui ont su se faire remarquer : ce fut le cas de L'armée des 12 singes (2 287 000 spectateurs) et de quelques petits millionnaires (Fight club, Vanilla sky). Non : ce qui est plus terrible c'est de voir l'insuccès de films que je considère comme des chef-d'oeuvres -L'échelle de Jacob = 41 000 entrées (dont moi !!!!!!), Memento (224 000)- ou d'excellents films Donnie Darko (73 000 entrées en France, 1,3 M$ de recette aux USA) ; ainsi le sort réservé au pauvre Lynch dans son propre pays... voilà ce qui me choque au plus profond de moi...

(Ouverture de parenthèses) Je voulais évoquer ici un cas très personnel : L'imaginarium du Dr Parnassus. Bon OK : il fallait peut-être un cinéphile un peu timbré pour laisser sa fille de 8 ans regarder un film aussi zarbi... mais les expériences cinéphiliques inoubliables n'ont pas d'âge pour être vécu... Et contre toutes attentes -notamment la mienne qui suit resté en marge de ce film presque trop personnel- ma fille est ressortie du film sub-ju-gé ! D'ailleurs : (attention spoiler !!!) Brazil n'est-il pas le plus beau et le pire des cauchemars cinématographique ??? (Fermeture de parenthèses)

Justement : ces films ne seraient-ils tout simplement pas trop effrayant, en tout les cas pour ceux qui les fuient ? Peut-on parler du rêve sans évoquer le cauchemar (Freddy Krueger n'est plus très loin...) ? Nous rappelleraient-ils ce côté fantastique et souvent inexplicable qui hante nos vies quotidiennes, normalisées et tellement terre à terre ? En prenant le pari de faire rentrer le spectateur non pas de force mais par le biais d'une technologie futuriste, Nolan n'a-t-il pas trouver la meilleure façon d'intéresser, en tous les cas de ne pas effrayer, le grand public ? Bien, nous sommes au mois d'août : je vous laisse à vos réflexions...