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EDITORIAL de DECEMBRE 2009 - "Et si on se faisait une toile ce soir" Cet extrait de dialogue, pris sur le vif, dans l'intimité d'un couple trentenaire qui a pu confié leurs enfants à la nounou le temps d'une soirée en amoureux, ouvre en fait sur bien des questions que moi, nous, simples pronostiqueurs ou docteurs ès Box Office, nous intéressent plus particulièrement. Pourquoi ? Parce que ce choix, les raisons intimes et profondes de ce choix, déterminent toute la carrière d'un film en salle ; tout part de là : "On va voir quoi ?". Et il existe de nombreuses "espèces" de spectateurs de cinéma. Explications... - Les spectateurs lunaires : ce sont ceux qui se trouvent devant leur multiplexe favori, qui matent les affiches une à une ("Il a l'air bien lui, non ?" - "Elle est moche cette affiche !" - "C'est qui cet acteur ?" - "Bof..."), écoutent attentivement les conversations alentours ("Eux, ils vont voir celui-là : ils ont l'air de s'y connaitre !") ou n'écoutent que leur envie de films funs, rafraichissants et bêtes (c'est avec le moral dans les chaussettes que je suis allé voir coup sur coup Destination finale 4 et Ultimate game, dans le but de me vider la tête et me défouler sur leur critique ; putain ça fait du bien ! Et ça coûte 10 fois moins cher qu'un psy !!). - Les spectateurs à la mode : Où ceux qui se rassurent : ce film est la suite de cet autre qu'on a adoré ? J'y coure ! Celui-là est avec Machin Bidule qui me fait trop rire ? J'y fonce ! Cet autre film fait un carton au "boxe au fils" et il faut impérativement le voir puisque tout le monde y va (je n'ai pas employé le mot "Ch'tis", on est d'accord ?) ? Je m'y rue ! - Les spectateurs guidés : D'autres se fieront à une espèce de vague impression liée à l'interview de l'acteur / du réalisateur (c'est quoi un "réalisateur" ???) sur TF1 ou au Grand Journal, sur quelques sites internet généralistes ou dans un magazine. Le type a sorti 3 vannes sympas, la meuf est belle, ils ont bien vendu leur produit. A moins que le trailer explosif est absolument tout déterminé dans un déluge d'effets, un montage fin, un pitch décapant. - Les spectateurs à l'ancienne : Il y a ce bon vieux spectateur qui va tout miser sur l'histoire : il va ouvrir son magazine préféré, lire le pitch de toutes les sorties et se déterminer pour ce film là car le sujet le touche, ne le laisse pas insensible ; ce qui est tout à fait louable. Il risque cependant de rejeter d'autres oeuvres un peu arbitrairement (combien de personnes vont refuser d'aller voir un film parce qu'il est "fantastique" et que ça ne les intéresse pas ?!?!) et omettre qu'une oeuvre n'est pas composée uniquement d'un scénario ; je suis personnellement près à voir n'importe quelle oeuvre de Fincher, même si le sujet me rebute ! - Les spectateurs à l'écoute : Eux, ce sont les adeptes du système du bouche-à-oreille, parfois pernicieux ("Le fils du copain de la tante d'un ami à mon frère a dit que ce film c'était d'la bombe"), mais souvent logique et réfléchi ("Mon pote, qui a à peu près les même goûts que moi, m'a dit d'aller voir ce film !") ; ces derniers se trompent rarement et choisissent leur programme sans considération de succès, de budget ou d'effet ; seule la qualité compte. Ce sont eux qui feront rebondir l'info auprès de leurs amis ou famille ! - Les cinéphiles : Justement, de façon encore plus fine : le cinéphile qui se déplacera sur le seul nom O combien magique de Soderbergh, Allen, ...etc. Fidélité, mesure de la température d'une carrière, etc. Cet autre spectateur sait très bien qu'il ira voir ce film et celui-là en janvier, ces trois autres en février, un seul en mars...etc, car il sait exactement ce qu'il attend au cinéma, il sait exactement ce qu'il veut ; par exemple ne rater aucun film de super-héros... Je dis ça au hasard, bien sur !!! - Les techniciens : Les plus pointus : j'en ai connu qui regardaient les noms du générique avant de déterminer leur choix final ; si tel musicien s'y trouvait, si tel directeur de la photo y avait travaillé, si tel second rôle y figure, c'est la garanti qu'une partie du film serait de qualité. Et puis de toutes façons on ne rate pas un film où a bossé untel ou untel ! Reste à déterminer quels sont les pourcentages de spectateurs appartenant à chacune des catégories, si certains ne passent pas d'une catégorie à l'autre suivant les humeurs... en tous les cas je reste persuadé qu'un très grand nombre de personne va au cinéma les yeux fermés, ou presque (les 4 premières catégories, en partie), un nombre plus ou moins importants qui entretiennent le bouche-à-oreille, spectateurs souvent issus des autres catégories, et trop peu qui effectue un choix réfléchi et fin, basé avant tout sur la notion de qualité. Et oui : la carrière d'un film est quand même en très grande partie dû au seul hasard... aidé d'une bonne promo et de son nombre de copies ; mais ça, c'est une autre histoire. |