Editorial
Filmographies
Le coin fantastique
Mail
Liens

 

EDITORIAL d' AOUT 2009

Les bouffeurs de pop-corn...

14 h. Je viens à l'instant de pénétrer dans ma salle de cinéma favori, attendant la séance de 14h30, évitant ainsi et à tout prix la foule étouffante, l'attente extérieure et la chaleur écrasante d'un mois de juillet. Je me suis installé pile-poil au milieu de la salle, face à l'écran, ni trop près, ni trop loin, sur un siège qui a la particularité de ne pas en avoir d'autre derrière ; en tous les cas pas à moins de 3 mètres. J'hume l'air ambiant, j'écoute mon coeur qui bat à tout rompre, j'entend une musique d'ascenseur et observe les moindres recoins des lieux... que je connais bien évidemment par coeur. Je suis bien...

14 h 27. Les mangeurs de pop-corns déboulent en riant et en courant. En groupe bruyant. Ils vont changer 3 fois de place avant de venir s'installer de façon improbable à deux mètres de l'écran ou dans le fond ou dans un coin sombre et de toute manière excentré... Des bruits de mastication, de déglutition, de papier froissé, des "croquements" : ils sont jeunes et semblent être dans un diner-spectacle, ayant sans doute payé bien plus cher leur menu hyper-calorique à base de vulgaire maïs chauffé et arrosé de sucre que leur ticket pour voir un blockbuster à 200 millions de dollars... Ils ne sont définitivement pas dans une salle de cinéma mais dans leur salle à manger, leur salon, devant leur TV ; ils parlent sans cesse, de choses inconsistantes et creuses, ils rient frénétiquement pour prouver à leurs potes qu'ils sont là, qu'ils existent, ils posent leur pieds sur le siège de devant, se lèvent et se relèvent, font les beaux devant deux minettes un peu plus matures qui de doute évidence ne s'assieront pas près d'eux. Ils s'envoient des SMS.

14 h 30. La pub. Ils mangent de plus belle. Rient de plus belle. Parlent de plus belle. Se lèvent encore. La première bande-annonce ne les a pas intéressé... La seconde les laissera pantois et se concluera par quelques "On va le voir celui-là !" étonnant quand on sait qu'il s'agit du 1er trailer d'un film dont on parle depuis 1 an et demi et que les trailers 2 et 3 ainsi que 4 extraits sont en ligne sur internet depuis 2 mois...

14 h 45. Début du film. La mise en place est longue, si longue que quelques "Chut !" se font finalement entendre ; accompagnés de rires moqueurs et de quelques commentaires sur les premières images... ils sont dans leur salon... Manque de respect ou inconscience ?

Avec un peu de chance la séance se déroulera sans accroc : le film les passionnera. Sinon nous auront droit à un peu de brouhaha de la part de gamins qui auront payé leur après-midi 15 euros au bas mot, auront sans doute vu le film mais ne l'auront pas regardé et auraient de toute évidence mieux fait de le télécharger ; qu'importe, une fois le film débuté, je n'entendrais plus rien... et puis le distributeur sera content : ils auront payé pour le voir !

16 h 40. Fin de la séance. Le générique est à peine lancé, la lumière à peine revenu que voilà mes bouffeurs de pop-corn qui se lèvent, trébuchent (une carence en sucre ?) et fonce droit vers la sortie comme si la salle eut été en feu ; ils accompagnent leur geste de critique vis à vis du film ou de commentaires admiratifs à la prose toute voltairienne : "De la balle ce film !", "Trop bien les explosions !", "Tu te rappelles quand y saute sur le balcon" et de quelques extrait de dialogues spécialement conçus pour eux et dont ils sauront se souvenir une semaine durant. A-t-on vu le même film ? Les efforts du réalisateur et les placements de caméra assez osés ? Le jeu charnel des comédiens ? La musique discrète mais sensible qui accompagnait les images ? Les couleurs atypiques utilisé par le chef op' ? Le travail sur les décors en arrière plan ? Derrière les explosions...

Edito du mois d'août : je prolonge mes papiers et ma réflexion sur ma cinéphilie et les différents statuts des spectateurs ; spectateurs lambdas ou critiques avertis. Oui : le cinéma est un art populaire... mais pas forcément accessible à tous.