EDITORIAL de NOVEMBRE 2008
Année des recettes records, 2008 a donc vu 2
films, de chaque côté de l'Atlantique, partir à
la chasse au Titanic ; même si aucun n'a pu seulement le faire
trembler (quelques irréductibles gaulois peu familiers des chiffres
de notre b-o national ont pu le croire...), leurs résultats respectifs
sont époustouflants et forcent le respect. Mais ces chiffres
estourbissants sont surtout surprenant à plus d'un égard
-et ceci n'a rien à voir avec la qualité de chacune de
ses oeuvres sur laquelle chacun restera seul juge- puisque nous avons
face à face les deux anti-thèses du cinéma contemporain.
Deux films fondamentalement opposés qui font la nique aux préjugés
quand à la teneur de deux cinémas nationaux souvent et
radicalement opposé et différents.
The
dark knight est une oeuvre :
1/ Viscéralement sombre, profonde à bien des égards
et d'un cynisme peu commun.
2/ Politique, sociale (Gotham est au bord d'un chaos créé
par la gestion centrale de la ville) et d'une grande complexité
dramatique.
3/ Trouble et amorale jusqu'en sa fin.
4/ Brillante et hors norme, sublime et visuellement engagée et
assez osée.
5/ Offant une vision d'artiste, voir de génie.
6/ Engagée car dépassant la triste réalité
pour y réfléchir dessus.
7/ L'histoire d'un héros qui sombre toujours plus profondément
; un anti-héros nouveau genre.
8/ Grand public mais sans concession.
9/ Désenchantée.
10/ Osée sur bien des plans (la voix de batman, le Joker anar
et charismatique, la noirceur).
11/ Qui dure 2 h 27.
12/ A la violence visuelle, thématique et idéologique.
13/ Qui n'offre de véritable happy end classique.
Bienvenue chez les Ch'tis est une oeuvre
:
1/ Extrêmement souriante, profondément légère,
d'un comique qui caresse le spectateur dans le sens du poil.
2/ Apolitique, sociale en surface, simple, limpide dès les prémisses.
3/ Claire, gentille, morale pour ne pas dire moralisatrice.
4/ Assez commune, visuellement banal, sans griffe particulière.
5/ De technicien, qui n'a pas à avoir honte de ce qu'elle est.
6/ Assez consensuelle et restant au niveau d'une évidente réalité.
7/ Où tout le monde est "le héros" ; il n'y
a de "malheur" qu'au début de l'oeuvre.
8/ Grand public et tout public.
9/ Optimiste.
10/ Rassembleur, sans risque.
11/ Qui dure 1 h 46.
12/ A la douceur sur tous les plans (sauf la météo ?).
13/ Qui offre une happy end obligatoire.
Ou quand Hollywood devient auteurisant et le cinéma
français un tantinet hollywoodien, quand le cinéma grand
public passe à l'ennemi et le cinéma intello s'immerge
dans la foule... Chacun ses goûts mais en tous les cas : c'est
le spectateur qui ressort gagnant dans les deux cas... Choisissez votre
camp !