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EDITORIAL de JUIN 2008

Engagez-vous qu'ils disaient ! Je profite donc de quelques évènements d'actu pour cibler mon b-o sur l'engagement d'un certain cinéma (ou d'un certain engagement du cinéma... je sais plus !). En effet, avec le très récent anniversaire de Mai 68 (Happy birthday !), la sortie de Bataille à Seattle et la préparation par M. Moore de la suite de Fahrenheit 9/11, revient sur le devant de la scène une forme de civisme plus moral que légal, une forme de désobéissance salutaire au sein du 7ème art, chantre d'un souffle de liberté, qui donne à voir au grand public ce qu'ils n'ont pu être directement témoin, effectuant un véritable travail de mémoire souvent destiné à être vu par le plus grand nombre, dénonçant à l'occasion les abus de nos sociétés (sans pour autant être du journalisme -à l'exception du docu ?). L'après-1968 cinématographique a permis à nombre d'auteurs de ne plus voiler la face de leur engagement dans les méandres d'un scénario....

A quoi ça sert le "cinéma engagé" ? Il est à mon sens l'esprit critique d'une société crédule guidée par la vérité des images diffusées par de grands médias plus commerçants que philosophes, plus intéressés que libres, il est l'opposition politique d'un monde où il n'y aura sans doute bientôt plus qu'un parti unique : celui de riches corporatistes... Faire office de contre-pouvoir, de conscience, à une époque ultra-libérale, où la presse parait muselée par de grands conglomérats. Le cinéma peut-il vraiment jouer son rôle de contre-pouvoir ? Dans la mesure où les films les plus largement distribués se font sous les ordres de grosses compagnies, comme aux USA (les firmes indépendantes ont majoritairement été rachetées par les Majors), où ce sont les chaines de TV qui donnent leur aval à presque tout les projets, comme en France, cette liberté n'est-elle pas menacée ? La mode cinématographique est hélas pendue au succès des films produits : celui de Fahrenheit 9/11 libère les mains de Moore et de ses confrères (voir le nombre de films apparu sur la guerre en Irak), l'échec de Le lion et l'agneau freine la "liberté" des producteurs. Les films les plus ambitieux ne sont-ils pas les moins bien distribués dans leur grande majorité ? J'irais même plus loin : un film aussi libertaire que Fight club pourrait-il aujourd'hui voir le jour ? Si depuis peu les "terroristes" sont même passés symboliquement dans le rang des héros (V et Fight club) et non plus de façon unanime et manichéenne, tels de vulgaires méchants, quelle place reste-t-il aux hommes et aux femmes qui lèvent le poing ? Nos acteurs engagés (Clooney, Pitt, Redford, Sarandon, Robbins), les évènements qui secouent ce petit monde d'artistes (l'appel pour les sans papiers ou les intermittents), sont-ils encore du domaine de la cinématographie ou de la citoyenneté ?

On ne veut pas d'un cinéma donneur de leçon, mais un cinéma qui oublie d'être bête, qui allie grand spectacle et réflexion, qui contribue à ouvrir les yeux de ses spectateurs... J'ai envie de vous raconter l'un des moments les plus forts de ma vie de spectateur : la projection de La liste de Schindler ; lors des dernières séquences, l'émotion était telle que mes larmes ont coulé sans retenue aucune, puis vint le générique, mes yeux tout embués, les lumières se rallument un peu trop vite et, presque honteux, je regarde discrètement autour de moi afin de ne pas me faire remarquer... et pour la première et dernière fois de ma vie j'assiste à une scène extraordinaire : une salle complètement en larmes, une centaine de personnes partageant au même moment une émotion intense qui resterant certainement au fond de leur coeur et dont ils auront, je l'espère, su tirer une leçon, sans que personne ne leur demande rien...

J'aime ce cinéma-là... Spectateurs, engageons-nous ! Tout dépend de vous finallement...