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EDITORIAL de JUIN 2007

Je voudrais profiter de trois occasions qui fait l'actualité récémment en France (la présidentielle et les sorties de Spider-man 3 et Pirates des Caraïbes 3... et oui !) pour faire ressurgir un débat qui semble pourtant enterrer depuis longtemps et sans raisons véritables : vous le savez, dans ce beau pays, il est interdit de faire de la publicité télévisuelle pour une oeuvre qui sort sur les écrans de cinéma. Pourquoi ? Raison officielle invoquée : avec leur gros budget publicitaire, les gros films feraient encore plus d'ombre aux modestes oeuvres qui n'ont que la fragilité de leur scénario pour se défendre. A moi de vous prouver que ce raisonnement est absolument hypocrite...

- Quitte à soulever un tout autre débat, lançons-nous : est-ce que les gros films ont réellement besoin de publicité TV pour engranger (ou pas) quelques millions de dollars ou d'euros de plus (peut-être...), où tout simplement pour se faire connaitre, savoir qu'ils débarquent sur quelques 700 à 900 écrans ? Les campagnes d'affichage, plus proche de notre quotidien, font déjà ce boulot. Et puis internet est, je pense, devenu leur meilleur plateforme publicitaire de lancement (les gros sites ciné se pliant à 90 %, si ce n'est plus, aux blockbusters et autres films à budget conséquent) : de la rumeur de couloir de studio au 3ème trailer en passant par les annonces de casting, réalisateur, potins de plateau, images volées, affiches officielles et autres photos du film, et le tout en avant première ??? Bref : qu'est-ce que de la pub télé leur apporterait de plus en terme de médiatisation ? D'autant plus que la tendance le confirme : les 3/4 des gros budgets sont déjà des licences ciné, des adaptations de best-sellers, de jeux vidéos, de séries télé, bref des films reconnus par leur simple titre et ayant déjà un public d'adeptes.

- A contrario, les plus petites oeuvres ont déjà le gros handicap de ne couvrir qu'une centaine de copies (pour les plus chanceuses !), d'être bien moins présent sur les affichages ainsi que moins glamour pour internet, d'avoir le malheur d'être pour beaucoup des scénarii originaux, alors pourquoi ne pas leur ouvrir les portes de la télé afin de rentrer à coup sûr dans un plus grand nombre de foyers, leur permettre de se faire connaitre, de faire connaitre leur point fort : l'histoire, le pitch ?

- Mais voilà la véritable hypocrisie, celle que j'entend bien dénoncée ici : les grosses machines hollywoodiennes et européennes font déjà de la pub à la télé !!! Comment ? Par le biais de licences accordées à, pêle-mêle, MacDo, Kiri, Coca Cola, Quick, Danone... etc. Pour ceux qui ont la chance d'avoir des enfants, vous n'avez pas pu échapper aux phénomènes Spidey 3 ou Pirates 3 qui ont tout de même monopolisé quasiment une publicité sur deux sur les chaînes publiques à l'heure des dessins animés du matin !

- Il faudrait demander leurs avis aux producteurs et distributeurs indépendants, sans aucun doute les premiers et les principaux concernés (interrogés, ils n'ont pas daigné répondre...). Pourquoi ne pas imposer aux chaînes de télévision un échelonnage du prix de diffusion des spots publicitaires en fonction du budget du film ? Pourquoi ne pas soulever et réfléchir à nouveau à cette question ?
Dans l'interview récente que j'ai faite avec Jean-Louis Nieuwbourg (directeur de production sur L'auberge rouge) ce dernier répondait au problème avec la plus grande sagesse : "toutes les sources de financement sont bonnes lorsqu'elles sont régulées."