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EDITORIAL de FEVRIER 2007

EuropaCorp... Vous connaissez ? Oui ? Non ? Plus ou moins ? Bien.
C'est en fait l'histoire d'un français, un réalisateur, un producteur, un golden boy à la Spielberg, qui, après plusieurs succès fort conséquents et en raison d'une grande admiration pour le cinéma américain, sa puissance de distribution notamment, son influence sur les marchés mondiaux également, décide de prendre les choses en main. Refusant catégoriquement de passer de l'autre côté de l'Atlantique pour maintes raisons, Luc Besson (ben, oui, c'est quand même de lui qu'il s'agit !) carresse le rêve de créer un grand studio européen qui serait à même de diffuser ses films -"ses" en tant que producteur- dans le monde entier et, surtout, sur le territoire hautement protectionniste des Etats-Unis d'Amérique. Alors pourquoi ne pas avoir dans un premier temps écouté les sirènes hollywoodiennes Mr Besson ? Il vous répondrait à n'en point douter que de mauvaises expériences en mauvaises expériences, les siennes (Le grand bleu s'était vu remonté avec une fin moins tragique par des distributeurs plus mercantiles qu'intelligents), celles de ses compatriotes (nous ne reviendrons pas sur les réussites aléatoires des réalisateurs français à Hollywood et encore moins sur leur durée de vie, bien que celle-ci soit en expansion...), il préfère s'en remettre à lui-même et utiliser les mêmes armes que ces "adversaires" commerciaux plutôt que de ronronner contre leurs jambes pour obtenir leurs ferveurs. Car s'il est un point que chaque réalisateur français peut envier à chacun de leur collègue outre-atlantique c'est bien la distribution de leur oeuvre : faire des films est une chose, les montrer aux spectateurs en est une autre... et un marché de 300 millions d'âmes principalement aguerries au cinéma local, ça ne se refuse pas ! Luc Besson comme les américains ? Oui... et alors ? Puisque ça fonctionne et que le paysage cinématographique français s'en est vu bouleversé...
Faisons fi des dates officielles de sa naissance (sur les forums d'Allomachin, Raphael, Ragounet, le Boss et moi on s'est pas mal chamaillés !!!) -disons qu'on l'estime entre 1992 et 2000 !!!- : EuropaCorp nait véritablement dans les salles de cinéma en 1997 -même si le court-métrage Peinard date de 1995- après le succès du 5ème élément et avec la sortie Ne pas avaler (G. Oldman), que la société produit et distribue tout en affichant on ne peut plus clairement ses intentions internationales ainsi que ses ambitions de drainer à elle les talents
Première facette de la société : une vocation à l'internationale ; EuropaCorp poursuivra dans cette voix (l'importation de noms vendeurs à accrocher sur ces films) avec l'engagement de Jet Li pour 2 films (Le baiser mortel du dragon et Danny the dog) ainsi que les projets de Guy Ritchie (Revolver), Tommy Lee Jones (Trois enterrements), S. Hayek et P. Cruz (Bandidas) ainsi que d'autres projets à venir notamment avec Jodie Foster (Flora Plum) ainsi qu'avec divers artistes anglophones (John Maybury -The jacket- et son Come like shadow, Liam Neeson invité dans le prochain film de Pierre Morel, auteur de Banlieue 13-...). Les américains savent attirer les talents ? Pourquoi les français ne le sauraient-ils pas ! C'est ainsi la carrure et la réputation de la firme française est devenue telle qu'elle a pu donner naissance à de véritables blockbusters internationaux comme Arthur et les Minimoys (65 M€), au casting excitant, sans courir beaucoup de risque (toute proportion gardée...) ; et Mr Besson de pouvoir effectivement construire un projet aussi essentiel que pharaonique : un studio à la française. SON studio !!!
Autre facette d'EuropaCorp : lancer des artistes français à travers le monde. Pour ce faire il faut d'abord pénétrer le marché U.S. (et même mondial) avec des produits d'origine française mais quelques peu formatés pour le public local. Et "pénétrer" le marché américain ne signifie pas réaliser un succès critique ou même d'estime sur le territoire (ce que les films français savaient déjà très bien faire depuis longtemps... mais à hauteur de quelques milliers de dollars de recette et jusqu'à 5, 6 voir 7 patates ; guère mieux). Bref : faire aussi bien que J-J. Annaud (voir le b-o des meilleurs films français aux USA) mais de façon plus régulière et basée sur la réputation non pas d'un homme (quoique...) mais d'une société. Avec des réussites (la licence Le transporteur, les films de Jet Li ou les propres oeuvres de Luc) et quelques échecs (Banlieue 13). Ultime aboutissement de cette politique, le réalisateur Louis Leterrier (dont tous les films sont sortis aux USA et ont rapporté plus de 90 millions de $ !), poulain né dans l'écurie "EuropaCorp", se retrouve ainsi à la tête de ce qui sera certainement le plus lourd projet jamais porté par un réalisateur frenchie : L'incroyable Hulk (rappelons que Hulk avait coûté 120 M$...).
Dernier aspect essentiel d'EuropaCorp : ne pas jouer les gros studios aveugles et dire non aux talents. Ainsi Besson donne corps à des projets plus personnels, plus inaccessibles au grand public, des premiers films plus risqués en terme commercial ; Luc joue à la loterie entre échecs cuisants et pas toujours mérités (La turbulence des fluides, Le souffleur, Appelez-moi Kubrick), des succès d'estime (Dikkenek ou , Les filles du botaniste) ou de très beaux succès (Trois enterrements : 604 000 entrées)... Un bilan pas forcément positif mais une politique louable.
Résultat, sur près de 50 films produits, distribués et sortis sur nos écrans, on retrouve 15 oeuvres ayant atteint le millions de spectateurs en France (dont 5 plafonnent à plus de 3 millions) ainsi que 28 films au-delà des 500 000 billets vendus (+ La boite noire : 484 000 entrées) ; 5 de ces films ont réalisé plus de 2 millions de $ de recette aux USA, dont 4 plus de 10 M$, 3 plus de 20 M$ et 1 plus de 40 (Le transporteur 2). Après 10 ans d'existence, le bilan est plus que positif.
Que manque-t-il à Besson ? Etre le commanditaire du 1er film français à atteindre les 100 millions de $ de recette sur le sol américain ? Il va falloir attendre un peu vu les maigres résultats des Minimoys... Un grand film césarisable, voir oscarisable ? Peut-être dans un avenir assez proche avec Ne le dis à personne ou Quand j'étais chanteur (meilleur film 2007 ???)...

Bon allez : bon anniversaire Luc !