EDITORIAL d'OCTOBRE 2006
(Malgré l'envie de ne point être exhaustif
sur les sujets que je traite dans mes éditos, certains dépassent
mes prévisions, sans pour autant avoir quoique ce soit d'une
grande enquète journalistique... C'est pour cela que cet édito
sera divisé en 2 parties, la suite sera bien évidemment
éditée le mois prochain...)
Lorsqu'un film étranger débarque sur les
écrans français, 2 solutions -voir 3 ou 4- s'offrent à
lui : conserver son titre original ou être traduit (pour la 3ème
solution, il s'agit d'un compromis : donner un titre anglais différent
de l'original ; la 4ème consiste à mélanger la
solution 1 et 2 !). Et si la France peut se vanter d'être sans
aucun doute l'un des meilleurs pays au monde question doublage (les
USA utilisant très majoritairement les sous-titres, par exemple),
qu'en est-il côté "titrage" ? Et bien on trouve
tout (pour le meilleur, soyons honnête) et n'importe quoi ! Voici
un petit aperçu et un classement atypique des qualités
et dommages collatéraux en question, divisés en 3 parties
distinctes : les bons titres, les titres moyens et les mauvais titres.
Au cours du siècle dernier, 98 % des films étrangers sortaient
sur les écrans français avec un titre français
(les titres en V.O. sont donc presque toujours des inédits !)
et ce jusque dans les années 70-80, époque où les
langues étrangères font leur entrée massive à
l'école, la France s'ouvre un peu plus sur le monde après
l'ère De Gaulle et l'explosion de mai 68. De nos jours, dans
une société où, par exemple, l'anglais s'est généralisé,
le constat est le suivant : sur le Top 20 voici le nombre de films ayant
conservé leur titre original (hors-mis les noms propres et les
titres anglais non-originaux type Sexy movie, que l'on
évoquait ci-dessus) ; 2001 : 41 fims, 2002 : 41 films, 2003 :
51 films, 2004 : 56 films, 2005 : 57 films (il y en a déjà
une quarantaine en 2006). C'est clair, non ?
Les bons titres : Il faut savoir qu'encore une
majorité de films étrangers connaisse une traduction,
globalement littérale ou conservant l'idée de départ
du film original. Bien souvent il est absolument nécessaire de
traduire pour cause de complexité, de longueur jugée inutile
ou à cause de la barrière linguistique (imaginez-vous
devant la réceptionniste de votre ciné préféré,
demandant un ticket pour "Anatato watashino aikotoba :
sayonara konnichiwa" ou "Landshövingens
döttrar " !!!).
Certains films se vont vu attribuer d'excellents titres, évocateurs
comme celui de "Jaws", "Les
dents de la mer" (avec la V.O. on avait trop peur
que les papys-mamys crachent leur dentier sur la caissière !),
d'autres, à la consonnance assez subtile, n'ont pu obtenir une
aussi riche traduction ("American tail" devient
"Fievel" et zappant le jeu de mot sur "tail"
et "tale" -queue et conte) alors que d'autres, au contraire,
ont enrichi le matériaux originel ("Deadly friends"
devient ainsi "L'amie mortelle" avec un jeu
de mots sur L'âme immortelle ; "Doctor in the house"
sera traduit avec finesse par "Toubib or not toubib"
! The three must get there se rira d'un L'étroit
mousquetaire). Il y a, enfin, ces films dont le titre original
risquait de faire mauvais effet dans la bouche des français :
c'aurait été le cas pour "The bandit of Zhobe"
; no comment...
Certains films ont bel et bien été traduit, alors que
le titre en V.O. était concis et aisé à prononcer,
mais ont pourtant su s'imposer comme une véritable marque de
fabrique que l'on ne retrouvait pas en anglais : la série des
"Y-a-t'il..." est en fait traduite de différents
titres tels que "Airplane !", "Naked
gun" ou "Ruthless people".
De même "The avengers", excellent titre
en lui-même, sonne merveilleusement en français, même
s'il est un peu long : "Châpeau
melon et bottes de cuir".
Très subtilement, les traducteurs français se sont appropriés
des films avec une certaine intelligence : quand la saga des Indiana
Jones débute par un "Les
aventuriers de l'arche perdue", et n'introduit le
nom d'Indiana Jones qu'à partir de ses suites (comme l'on fait
les américains), succès oblige, les français prennent
les devant avec "National treasure" qu'il
nomme officiellement "Benjamin Gates et le trésor
des templiers"... Comment les américains appelleront
sa suite déjà en préparation ?
Une spécificité nationale -ma foi surprenante dans le
pays du cinéma d'auteur- veut que l'on supprime systématiquement
le nom de l'auteur lorsqu'il est associé au titre : "Akira
Kurosawa's dreams" devient "Rêves",
les "Andy Warhol's bad" ou "...
Dracula", ne conserveront que le dernier mot du titre,
de même que "John
Carpenter's vampires". A vous d'émettre votre
propre jugement à ce propos, entre le respect de l'auteur et
la longueur inutile d'un titre.
Dans la même veine, le raccourcissement d'un titre étranger
un peu long plaide en la faveur de nos traducteurs (qui, hélas
le plus souvent, préfère rallonger des titres courts comme
on le verra !). C'est pour celà que Beyond Rangoon
deviendra Rangoon -le beyond ne parlant guère
aux français. Idem avec Crouching tiger, hidden dragon
(Tigre et dragon), How the Grinch stole Christmas
(Le Grinch).
Toujours à ce propos d'ailleurs, les titres semblent généralement
aller de plus en plus à l'essentiel : The poseidon adventure
(L'aventure du Poséidon) a été
remaké en Poseidon tout court.
Evoquons, enfin, un cas de figure pas toujours de très bonne
augure, mais qui, dans quelques cas, a fait de vrais miracles : la traduction
en anglais d'un titre... anglais ! On en parlait avec Sexy movie
(le Date movie original risquant de provoquer des confusions...
"date" = "rendez-vous galant"), mais le Eight
legged freaks (imprononçable pour qui n'a jamais fait
d'anglais), devenu Arak
attak, est une perle du genre. Un dernier exemple regroupant
les 2 cas de figures ci-dessus : un certain The rise and fall
of an all girl bookie joint se verra réduit à
une peau de chagrin... soit Dogs !!!
Signalons que les films indépendants (voir la filmo de Larry
Clark en exemple ; ainsi que The crying game, Good
night and good luck, Dancer in the dark..etc)
sont très majoritairement épargnés ; à croire
que l'on traduit les titres des films en fonction du quotien intellectuel
éventuel de ses spectateurs... Gloups !
Voilà pour ce qui est des fleurs... nous passerons
aux 2 catégories suivantes le mois prochain (si les plus impatients
le demande, je la publierais dans le courant du mois dans la section
Historique des éditos). Préparez
vos zygomatiques !!!