EDITORIAL d'AOUT 2006
Voici le constat : en l'an de grâce 2002 sortait
18 séquelles sur nos écrans français ainsi que
9 remakes plus ou moins avoués. Un an plus tard les chiffres
étaient les suivants : suites = 26 ; remakes =14. 2004 : le nombre
des suites s'élevent à 22 alors que les remakes sont toujours
au nombre de 13. L'an passé, la différence était
totalement inversée puisque 14 suites se débattaient contre
16 remakes. Cette année ? A l'heure de cet édito (août,
donc), 18 suites ont vu où verront le jour et 18 remakes se sont
ou s'imposeront ! C'est on ne peut plus clair maintenant : les studios
lâchent leurs franchises les moins rentables et se penchent sur
un passé plus glorieux, sur des idées qui ont déjà
fait leur preuve, des scénarios tout fait, des succès
tout écrit... Même la dernière suite des aventures
de Superman n'a plus que de suite le titre... ou presque !
Est-ce une critique de ma part ? Absolument pas ! Tout les cinéphiles
et critiques vous le diront : le remake a bien meilleur presse que la
séquelle, jugée opportuniste, moins intéressante
et un peu facile. Quoi que l'on pourrait fort bien retourner ses mêmes
compliments aux remakes ; surtout lorsque la mode l'emporte sur l'intéret
! Et puis, si un aussi immense cinéaste que Alfred
Hitchcock était capable, à 22 ans d'intervalle, de
pondre un remake de son propre L'homme qui en savait trop,
pourquoi pas ! Derrière une crise du cinéma bien palpable
(il n'a pas toujours été en crise celui-là ?),
derrière la volonté des riches producteurs de s'assurer
quelques rentes supplémentaires en prenant le moins de risque
possible (qu'est-ce que c'est malin un producteur...), il y a quand
même plusieurs désirs :
- celui de refaire en plus moderne ce qui a pris quelques rides (Poseidon
ou King Kong)
- celui de donner sa propre relecture d'une oeuvre ancrée (encrée
?) dans son temps (je pense notamment aux remakes de grands classiques
: Casanova, Oliver Twist, Orgueil
et préjugés...)
- celui de redonner toute la valeur qu'elle n'a pas eu à une
oeuvre que l'on a aimé, que l'on aurait aimé mais en changeant
ceci ou celà (ce fut, peut-être le cas pour Les
producteurs...),
- celui de lui redonner une seconde vie, un second souffle (Les
4 fantastique), une chance de plaire à un nouveau
public (les remakes US de films nippons ou français), une chance
de connaitre le succès (Charlie et la chocolaterie)...
Bref, le désir légitime et artistique d'un scénariste
ou d'un réalisateur. Et puis si la sortie d'un remake permet
d'attiser la curiosité des non-cinéphiles, de leur permettre
de se pencher sur un passé artistique ô combien important
quant à leur jugement de telle ou telle oeuvre (là, je
rêve un peu !), on ne peut qu'applaudir des deux mains !!!
Que vous raconter d'autres sur les remakes ? Qu'ils ont toujours existé...
On se souvient de ces réalisateurs français, à
une époque où les films ne traversaient pas les frontières
comme aujourd'hui, réaliser en parallèle une version française
et allemande (ou autre) de leur oeuvre (le Marius d'Alexander
Korda en 1931, avec des comédiens allemands, sorti sous le
titre Zum goldenen anker, uniquement en Allemagne).
On se souviens, une fois de plus, de ces nombreux remakes de leur propre
film réalisé par les plus grands, des remakes US de films
frenchies qui ont fleuri dans les 80's-90's (Trois hommes et
un bébé, The birdcage, Un
indien à New-York...etc), puis nippon (The grudge,
The ring, Dark water...etc) et qui
ont encore grand avenir puisqu'ils permettent à des oeuvres,
à des auteurs, de s'exporter d'une manière détournée,
plus accessibles au public local et de toutes façons rentables
une fois les droits vendus.
Et puis il y a ces livres, grands chefs-d'oeuvres de la littérature,
qui ont donné de multiples remakes et qui en donneront encore
beaucoup, à intervalles à peu près réguliers
; je pense notamment aux livres des immortels Victor Hugo (Les misérables
a connu 16 versions reconnus, Les mystères de Paris
en a eu 5) ou Alexandre Dumas (les 13 visions officielles du Comte
de Monte Cristo ou les 12 de ces Quatre Mousquetaires)
auxquels ont pourait ajouter Robinson Crusoe (8), Tom Sawyer
et Huckleberry Finn, Frankenstein, Dracula...etc.
Quel livre pourrait prétendre avoir connu son adaptation ultime
? A part Le seigneur des anneaux... De même de grands thèmes
ont bien souvent inspiré les réalisateurs avec une forte
envie de reconquérir le coeur des spectateurs (Robin des bois,
Zorro).
A l'heure où les annonces de remakes pleuvent (Sisters,
La mouche,
Le jour des morts-vivants,
Police academy, Evil
dead, Piranha...Etc
; voir l'article sur le sujet) pour cause
de haute rentabilité, à l'heure ou près de 20 %
des films apparaissant au Top 20 français ne sont que des séquelles,
remakes et autres adaptations de séries TV, le mot "remake"
a bien fait d'entrer dans le Petit Robert (de toutes façons il
y a bien des guignols qui inventent des mots à la télé,
dans leur discours prés..., qui finissent par s'y trouver...).
Petit supplément d'août : avez-vous remarqué
que ce phénomène des remakes touche absolument tout et
particulièrement la musique ? Entre la fameuse Star Ac', les
célèbres Enfoirés, les reprises qui innondent nos
radios (nouvelles versions, version DJ, dance et Cie), les samplings...etc,
les chansons nouvellement composées semblent reculées.
Alors nostalgie envahissante, signe d'une dépression dû
à la morosité ambiante ou nouvelle conscience vis à
vis d'un passé que l'on avait peut-être oublié trop
vite ? Vous avez jusqu'en septembre pour rendre vos copies !!!