EDITORIAL de NOVEMBRE 2005
Vous aimez le sexe, en parler et le pratiquer ? Vous
conservez une certaine nostalgie de vos années lycée /
université ? Vos blagues lancées entre potes dépassent
rarement le niveau de la ceinture ? Les blondes aux yeux bleus sont
tout à fait votre genre de fille ? La vulgarité (pets,
rots,...) ne vous a jamais effrayé ? Allez, avouez ! Vous kiffez
les teen movies !!! N'ayez pas honte : moi aussi ! Mais est-ce que le
"teen movie" (genre divisé en deux sous-genre outre-Atlantique
: la "college comedy", le mot "college" désignant
une université aux USA, et la "high school comedy",
"high school" étant le lycée américain)
se résume seulement à celà ? Quelle est son histoire,
son évolution, sa raison d'être ? Et bien voilà...
C'est à la fin des années 70 -disons un peu après
les crises pétrolières et économiques- que le genre,
qui n'en était alors pas un, est apparu. Sans vouloir s'étendre
pas sur ses origines on peut tout de même analyser l'engouement
du public ainsi : tout d'abord un réel besoin de rire, de se
détendre et de mettre son cerveau en stand by l'espace de 1 h
30 par semaine dans un monde ou le chômage se répand, ou
les Golden Years (les années 50) sont loin et la désillusion
des 60's à peine digérée. Le public se souvient
de l'insouciance de sa jeunesse, oubliant le côté plus
sérieux des études, de la course au diplôme et à
la réussite, au profit d'un univers fêtard et loufoque...
parfois assez loin de la réalité ; quoique l'implication
des jeunes américains dans la vie scolaire font de l'éducation
un réel moment de joie. Voilà un genre à part entière
qui nous offre son lot de cancres de compétition, de sportifs
décérébrés, de bimbos chaudes comme la braise,
de "nerds" et autres neuneus arriérés au possible,
de profs dépassés, de dépucelages en règle
et de sexe tout azimut, d'humour graveleux et provocateur, de fêtes
orgiaques, de musique à tendance rock...etc. Autant de règles
tant et tant reprises qui ont à elles seules contribuées
à l'instauration du genre... surtout sur les écrans américains
; l'école française, en générale, étant
moins associée à la joie festive et au bonheur qu'aux
USA...
Depuis la sortie de American college (John
Landis) en 1978, premier véritable fleuron du genre (quoiqu'on
puisse en discuter...), il est une chose qui ne s'est quasiment jamais
démentie : le teen movie a toujours été virulemment
boudé par l'intelligentsia cinématographique, pour cause
de vulgarité (toujours très gras le teen...), de médiocrité
(il est vrai qu'on compte plus de navets formatés "tout
public" que de chef-d'oeuvre du genre... mais on y reviendra...)
et de manque d'intelligence (mais c'est un peu le but du jeu, non ?).
Oui : le genre se veut grivois, con, poussif, souvent débile
; mais tout ceci avec une telle volonté d'être grivois,
con, poussif et débile que l'on a du mal à être
surpris -peut-être le véritable problème du teen
movie- et que l'on fini par s'attacher au genre, devant une telle réussite,
une telle inventivité, heureux que nous sommes de retrouver des
personnages qui, finalement, sont toujours les mêmes, un peu comme
si chaque teen movie était la suite du précédent,
les situations évoluant à peine, au chaud dans un genre
bien carenné. Toute proportion gardée ! Bref, au-delà
du fait de retrouver la joie de notre jeunesse, quand nous n'étions
pas mariés, sans enfant et que l'on se sentait, quelque part,
un peu plus libre et volatile (pour les trentenaires), au-delà
du fait que ce qui est sur l'écran ne représente qu'un
fantasme scénaristique de ce qu'un ado a en tête (pour
les plus jeunes), le genre s'est donné une véritable existence,
une légitimité au regard du 7ème art ; n'en déplaise
aux intellos !
La preuve ? Si le genre a longtemps peiné à réfléchir
(tout court !) sur lui-même, si son moteur scénaristique,
sa raison d'être, se résumait à trouver une situation
plus extrême que la précédente, un gag plus osé
et que ce que l'on avait vu ou entendu auparavent, il aura fallut attendre
la précédente décennie pour voir un changement
notoire, l'apport d'ingrédients nouveaux (la méchanceté,
la sensibilité, la réflexion, des gags plus subtiles,
plus trash), celui d'un genre qui se mordait la queue et qui a trouvé
la force d'évoluer. Des exemples ? En 1994 sort l'intimiste Deux
garçons, une fille, trois possibilités réalisé
par Andrew Fleming, quelques années
plus tard 100 girls se veut avant tout une réflexion
sur le rapport homme / femme ; Road trip se définissant
à son tour comme le teen movie ultime et y parvient à
force de pirouettes, Retour à la fac prend le
genre à rebrousse-poil et en cherchant son essence même,
mettant en scène des adultes nostalgiques, Sex academy
réussi le pari de parodier le genre... Et ne pourrait-on pas
dire que le genre à encore évolué, au tournant
du 21ème siècle, vers le cinéma de Larry
Clark ? Et même si les teen movies ne sortent plus à
la chaine (mais on s'en plaint pas), si le genre n'est plus vraiment
à la mode, s'il se vend moins (notons au passage que d'autres
pays s'y sont essayé avec guère de succès ; la
France, l'Allemagne...), le peu de films qui atterissent sur nos écrans
ont au moins le mérite de flatter notre intelligence, d'innover
et de ne pas chercher l'escalade grotesque ; même la série
des American pie -un hit mais pas un pur chef-d'oeuvre-
a le mérite d'être sympathique et de faire évoluer
ses personnages au fil des épisodes (le 3ème étant,
à mon sens, le meilleur de tous) et, surtout, d'avoir marqué
la renaisssance, en 1999, d'un genre à l'agonie et son retour
sur le devant de la scène du succès. A sa suite, pas moins
de 18 films de ce genre verront le jour dans les années 2000
(et nous ne sommes qu'en 2005 !) et débarqueront sur les écrans
français (et on ne compte pas les inédits !) contre...
à peine 10 la décennie précédente ! Voici
d'ailleurs la liste des teen movies
sortis, ou peut-être à sortir, en France.
Allez : gardez vos âmes d'éternels ados et... bonne bourre
!